LA PREDICATION
§ 1. — Caractères généraux.
Lorsque en 1689, Vivent et Brousson voulurent restaurer le protestantisme, la tâche s'imposa à eux de rétablir la prédication dans sa forme normale. Le rôle de Brousson, à cet égard, fut prépondérant. L'avocat au Parlement île Toulouse, méthodique et fécond, habitué à la discussion oratoire, et familiarisé avec les questions débattues dans l'Eglise, ne fut point embarrassé quand il dut écrire et prononcer son premier sermon (décembre 1(189). Sentant le poids d'une responsabilité nouvelle, il le rédigea avec un soin minutieux, et le déroula selon l'ordonnance des prédications du temps, entendant, le jour où il devenait pasteur, « traiter à fond » les « matières de théologie », auxquelles Rocher s'était déclaré inhabile. L'Eglise du Désert voyait ainsi se poursuivre les traditions d'autrefois, non plus seulement dans ses pasteurs, ses anciens, dans la liturgie de ses cultes, mais dans les discours mêmes qui lui gardaient la vérité. Les appels véhéments, les reproches, ne trouvaient plus guère leur place que dans 1' « application » par laquelle s'achevait le sermon, ou dans les « exhortations familières » qui suivaient la prédication, et en demeuraient indépendantes.
Nous ne connaissons rien, malheureusement, de la façon dont Vivent prêchait lui-même. Les lettres que nous avons citées de lui, montrent du moins qu'il savait clairement ordonner ses idées, et qu'une lecture assidue de la Bible avait orné sa mémoire d'images saisissantes dont il usait avec un instinct sûr. Il ne serait pas devenu un chef aussi incontesté, s'il n'avait eu pour lui que son courage, et si sa parole n'avait pas également révélé sa supériorité.
Cependant il subit et accepta la suprématie de Brousson. Celui-ci devint le pourvoyeur en titre de tous les compagnons. Anne Baudoin disait: « C'est Brousson qui compose les sermons