‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 228 sur 334 · Voir nos Pièce» Justificatives · texte numérisé non relu

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COLOGNAC ET MERLAT 423

faute de rien, et tu ne connais point que tu es malheureux et misérable. . . Je te conseille que tu achètes de moi de l'or éprouvé par le feu... afin que tu deviennes riche..., Merlat s'était assigné le programme suivant' :

L'exorde sera pris de la raison des trois économies fédérales, qui sont : la nature, la loi, et l'Evangile. La première fait voir l'Eglise dans sa misère, destituée de sentiments, et d'autant plus malheureuse qu'elle se croyait riche dans sa pauvreté ; l'orgueil des philosophes en est une preuve. La seconde fait voir l'Eglise dans la douleur par le sentiment de sa misère, étant réveillée par son devoir et par les menaces que la loi contient. La troisième, apporte le remède à tout et engendre la sécurité spirituelle par l'extinction de la malédiction et de la sécurité charnelle de la nature. Et est ici remontré par J.-C. à l'ange de l'Eglise de Laodicée, etc. On commencera par la comparaison des trois états des malades : 1°, le mal ; 2», la douleur ; 3°. l'application du remède.

Il y aura donc trois points, selon les trois degrés de l'état de l'homme, répondant aux trois économies : lo. l'état naturel ; 2°, l'état légal ; 3°, l'état évangélique.

L'autre analyse, en ses premières lignes du moins, transportait le lecteur à îles hauteurs plus modestes : Voici, je me tiens à la porte, et Jrappe . . ., si quelqu'un oït ma voix, et m'ouvre la porte, j'entrerai vers lui, et souperai avec lui, et lui avec moi. (Apoc.,111, 20) 2 :

L'exorde sera pris de la différence qu'il y a entre les conquêtes temporelles des hommes guerriers et les conquêtes spirituelles de J.-C. 1°: Les conquérants du monde se servent de la violence; ils emportent les villes sans se soucier des cœurs ; ils ont pour but l'assouvissement de leur ambition, et non pas le bien de ceux qu'ils vainquent, etc. Mais 2° : J.-C. ne procède que par douceur. 11 veut un peuple de franc vouloir. Il demande le cœur; il veut qu'on se donne en même temps qu'il prend, etc. C'est ce qui est dit dans ce texte.

1. Analyse sur Apocal., 3, i? et iS. Pour le vendredi 22' jour de juin i663, pour préparation à la Sainte-Cene, \ pages, du même format que les sermons. En tète, de la main de Merlat, les deux lettres L.-R. (?) et un renvoi en caractères grecs A la fin : Récité le çendredr 20 juin 1663, à Saintes. A Xieuil [Xieul] le - juillet

-2. Analyse sur Apoc. V. 20. i pages, du même format in-16. Pour le dimanche matin, i" jour de juillet I&63, pour la Sainte-Cène. En tète, les mêmes lettre L.-R., que sur l'analyse précédente. A la tin : Récité à Saintes, le i" juillet 16H2 ; 2. à Xieuil [XieuP, le -juillet ih'63.

11 y a trois points à examiner : 1°: L'avance que fait J.-C. pour gagner les hommes. 2" : Ce qu'il veut que les hommes fassent pour répondre à son avance. 3° : Ce qui résulte de l'obéissance que les hommes rendent à sa voix.

Colognac s'essaya cette fois à amplifier un thème dont les détails étaient à sa portée, et voici ce qu'il écrivit :

F[rères] b[ien] a[imés] en notre Seigneur J.-C.

Lorsque nous considérons les cruautés qui s'exercent dans la guerre, nous voyons qu'elles surpassent toutes les cruautés du monde. Les combattants ne combattent à autre but que pour soumettre ceux qu'ils combattent à leur pouvoir. Non pour leur procurer des biens, mais pour les soumettre à eux, leur prenant leurs villes, et faisant bien souvent une si terrible conquête qu'ils massacrent le peuple des villes entières, jusques aux femmes et aux petits enfants, sans regarder leur âge ni leur sexe, les faisant tous passer au fil de l'épée, ne demandant point le bien de ceux qui tombent entre leurs mains, mais seulement à contenter leur ambition. Se servent ainsi de la violence et de la puissance qu'ils ont en mains pour se rendre victorieux. Ils ne demandent pas le cœur de ces conquis, mais ils demandent leur obéissance et soumission.

Les conquêtes de J.-C. ne sont point de celte manière, car il veut un peuple de franc vouloir. 11 vient par la voie de la douceur, disant : Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai. 11 demande le cœur et le corps tout ensemble. Il veut tout, ou il ne veut rien. Il veut que nous lui soyons un peuple péculier, adonné à bonnes œuvres, et veut nous persuader à venir à lui (nous montrant sa bonté et sa grâce) en nous otroyant et nous appliquant les promesses qu'il nous fait dans l'Evangile, nous promettant aussi des couronnes incorrulibles, à savoir la couronne de vie à ceux qui demeureront sous ses étendards. Il veut aussi que nous l'aimons et que nous gardons ses saints Commandements, comme aussi sa Parole. C'est pour [entendez : par] la voie de la douceur qu'il nous vient cercher, ainsi qui nous est montré dans les paroles de notre leste, nous disant ainsi : Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un oit ma voix et ouvre, j'entrerai chez lui et souperai avec lui, et lui avec moi.

Dans ces paroles, mes frères, nous avons 3 points à considérer : I. l'arrivée (sic) de notre Seigneur J.-C. envers nous, et en second lieu ce qu'il veut que nous fassions pour répondre à son arrivée. En 3e lieu, ce qui résulte de l'obéissance que les hommes rendent à sa voix.

Dieu nous fasse la grâce de bien méditer ces choses avec une sainte application, afin que nous regardions. ..

COLOGN'AC ET MERLAT 425

Le développement s'arrête là brusquement. Colognac pensaitil le poursuivre ?I1 se heurtait à des difficultés nouvelles. Merlat, appelé à expliquer le sens qu'il convenait d'attacher au mot : porte, avait repris ses dissertations, et dans son analyse, qui n'avait eu besoin d'abord d'être compréhensible que pour luimême, il usait maintenant du latin :

Il ne s'agit point ici d'une entrée corporelle, car c'est J.-C. qui dit qu'il se tient à la porte et qu'il frappe. 11 faut donc que la porte soit ce qui donne entrée dans l'âme. Or, l'aine ayant plusieurs facultés. par lesquelles elle reçoit ce qui est dehors, exstimo \?] quœque sunt

port(V intim [arum?]1 les sens externes de la phantasie-, la

phantasie de l'intellect, l'intellect de la volonté, etc., selon la sousordination dans laquelle elles agissent. En effet, nihil est in intellectn quod non fuerit in sensu, etc. et voluntas sequitur dictamen intellectùs et sensûs etc. Voyons donc à laquelle de nos portes J.-C. se tient et à laquelle il frappe.

Les auditeurs de Merlat l'avaient-ils compris à Saintes et à Nieul en 1663? Colognac et les protestants du Bas-Languedoc, en 1(5!)3, avaient en tout cas besoin d'une autre pâture spirituelle. Colognac, après avoir emprunté au pasteur un texte, un exorde, et une division, se réservait sans doute d'exposer de lui-même, selon ses faibles forces, avec la seule éloquence de sa foi. les idées qu'il avait pu saisir. La division d'un discours, pour lui comme pour Rocher, n'était que l'énumération, facile à retenir, de quelques pensées qui se rattachaient à une parole biblique. L'essentiel, pour le prédicant du Désert, était qu'il sût commencer son exhortation. L'assurance lui venait en parlant, et les idées s'appelaient l'une l'autre lorsque une première avait été nettement énoncée3.

Livré à lui-même, et à son inspiration, Colognac, comme Rocher et Bringuier, laissait sortir de ses lèvres, avec abondance, les citations bibliques et les instructions évangéliques. Une Lettre qu'il avait composée pour l'envoyer à un certain M. Moynier, de Cros, et qui rappelle étrangement la lettre

I. Les mots sont à peine lisibles, par suite de l'effacement île l'encre.

ï. C'était alors le mot technique, on le sait, pour dire : l'imagination.

:t. Une autre feuille- de son dossier porte, également écrit de sa main, Pexorde et la division seuls d'un autre sermon (sur Les ang-es Je Dieu qui gardent les fidèles : Psaume XXXIV, 8) qui semblent provenir également d'une analyse [de Merlat ?]. Quelques mots et quelques exemples d'un ordre plus relevé y parsèment des phrases très inhabiles. Voir nos Pièces Justificatives.

i26 LES PRÉDICANTS PROTESTANTS

I qu'on a lue déjà) de Vivent à Thérond, de Yalleraugue, montre avec quelle verve indignée il savait attaquer l'Eglise romaine et fustiger les lâches et les apostats'.

Tout le grand regret que j'ai, est de voir qu'autrefois on vous aurait regardé comme un pilier de la Religion, niais aujourd'hui vous avez bien changé de nom, malheureusement. Permettez-moi de vous dire ces choses, que je m'étonne grandement comment vous, qui avez commencé par l'esprit, voulez-vous finir par la chair ? Comment pouvez-vous croire un autre purgatoire que le sang de Notre Seigneur J.-C? et comment pouvez-vous croire un limbes et adorer le bois et la pierre ? Comment pouvez-vous prendre les Saints bienheureux pour vos intercesseurs ? contre ce que nous voyons m expiés dans la Parole de Dieu : Un seul Dieu iu adoreras, et tu ne tejeras aucune image taillée, ni ressemblance aucune des choses qui sont là-haut aux deux ni ici-bas en la terre ; tu ne te prosterneras point devant elles et ne les serviras, car je suis le Seigneur ton Dieu. Reconnaissez, je vous prie, que Dieu est jaloux de sa gloire. // ne donnera point sa gloire à un autre, ni sa louange aux images taillées. Donc il ne veut pas que nous prenions d'autres intercesseurs que son Fils bien-aimé, car comme dit l'Apôtre : Nous avons un seul moyenneur, et encore : Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat envers le père, à savoir Jésus-Christ le juste, qui est la propitiation pour nos péchés. Et comment pouvez-vous croire que J.-C. soit dans une hostie, si grand et si gros [c.-à-d. aussi] comme était sur l'arbre de la croix ? Contre ce qui nous est dit dans la Parole de Dieu qui [c.-à-d. qu'il] est monté an Ciel, à la destre de Dieu son Père, et qu'il ne viendra que pour juger les vivants et les morts. Lequel, comme dit Saint Pierre aux Actes III, 21, il faut que le ciel le contienne jusques au temps du rétablissement de toutes les choses que Dieu a prédites par ses saints Prophètes. Au reste, mon cher Monsieur, je vous prie de faire quelques réflexions sur ces choses, et sur vous-même. Pensez bien que ce n'est rien de gagner tout le bien du monde si on fait perte de son àme.

Considérez que la religion que vous avez embrassée est la religion du diable, comme vous le pouvez voir dans le chap. IV de la lre à Timothée, où il est dit proprement que dans cette religion il défend de se marier, et commande de s'abstenir de viandes que Dieu a créées pour les fidèles ; et contre l'ordonnance de l'Apôtre, aux Corinthiens : Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous en enquérir

I. Elle est dans son dossier. L'abbé Rouquette (II, p. 2!>) l'a publiée in extenso. avec l'orthographe originale, qui est fantaisiste. Il la trouve caractéristique : i Bile noue permettre, dit-il, de pénétrer le cerveau d'un protestant [nous dirons, nous, d'un prédicant], d'y voir sa mentalité, d'y toucher même du doigt la nourriture dont il le bourre (sic) tous les jours ».

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