‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 231 sur 334 · DOSSIER DAVID GAZAN · texte numérisé non relu

DOSSIER DAVID GAZAN

on dit que tous les hommes meurent, cela signifie les singuliers des genres et tous les hommes sans exception. Mais lorsqu'on dit que tous les animaux étaient dans l'arche de Noé, cela signilie les genres des singuliers, c'est à dire toutes les sortes d'animaux sans exception, et non tous les animaux singuliers. On demande donc en quel sens c'est que ce mot de tous doit ici se prendre, et s'il faut dire, ou que la mort de Jésus-Christ attire tous les hommes singuliers, ou que cette mort attire toute sorte d'hommes, de quelque qualité qu'ils soient.

Viennent ensuite deux autres sermons, copiés par une même main. Le texte de l'un (Psaume XLV, 14, lo), est emprunté au chant nuptial qui figure dans le recueil des Psaumes. Le costume de la « fille du Roi » y est considéré naturellement comme <r regardant mystiquement l'Eglise, épouse du Seigneur ». C'étaient là des mots familiers à Brousson, mais la composition n'est sûrement pas de lui1. Certains traits y rappellent le langage pittoresque de Pierre Du Moulin '.

L'autre composition, sur La fin de toutes choses </ui est proche (I, Pierre. IV, 7), est plus savante. Elle cite YOctacius de Minueius Félix, Lactauce, Saint Augustin ; mais elle est plus pratique et plus directe que les dissertations de Merlat. L'inconnu qui a transcrit les deux pièces, a écrit après l'amen qui termine la seconde, les syllabes : fipinupus, souvenir barbare, évidemment, de la formule : Finis coronat opns .

Une feuille du Dossier, enfin, est d'une écriture fine, très exercée. Xous y avons reconnu la copie. >ans titre ni signature, de quelques pages du Commentaire de Calvin sur VEpttre de Saint Jacques, aux versets 7 à 9 du chapitre IV . La phrase :

1. Le copiste s'est souvenu cependant, à ce qu'il semble, <le Brousson. Il a ècril par erreur: « L'Eglise est la lumière du monde, la colombe {sir, pour colonne) de la vérité ». Un sermon de Brousson, on le sait, était sur la Colombe Mystique (l'Eglise du Désert) qui se cache aux fentes des rochers. Certaines bévues orthographiques attestent lu prononciation méridionale du copiste : santification, appropier.

2. « Devant qu'Esther lût présentée devant le roi Assuerus, il lui fut donné un an pour s'y préparer, six moisavec choses aromatiques. Que si un tel respect est rendu à un homme mortel duquel la carcasse doit bientôt être la proie des vers, quelle révérence devons-nous a notre céleste époux n (Exorde). Le sermon débute ainsi : « Comme l"Ei angile esi odeur de vie lux uns. et odeur de mort aux autres, aussi le sacrement de la Sainte-Cène de N. S. J. C. est aux uns un pain de vie pour les nourrir en vie éternelle, et aux autres un arrêt de condamnation ».

3. La couverture du second sermon porte les lettres o. o.c. (ou d.)o. n. d. En voici le début: « Tous mouvements sont mesurés par le temps passé, présent ou avenir. Toutes les actions des hommes doivent être mises en cette mesure... »

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Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de cous, était alléguée par les docteurs catholiques comme légitimant le mérite des œuvres. Un pasteur du refuge aura voulu fournir sur le sujet, aux prédicateurs du Désert, un petit supplément manuscrit à leurs livres de controverse.

Ces quatre premières pièces mises à part, tout ce qui demeure de la liasse est, comme nous lavons dit, de la main de David Gazan. Nous retrouvons là les mêmes éléments que dans le Dossier de Colognac, et par un rare bonheur, toute une composition originale.

Gazan eut la bonne fortune de posséder quelques Décades des sermons de Du Moulin, l'un des pasteurs d'autrefois dont le langage était assurément le plus simple, et dont la piété, dans sa vigueur populaire — qui fleure bon encore le xvi" siècle — s'embarrassait le moins de philosophie ou de rhétorique. Le prédicant des Cévennes n'avait qu'à recopier les phrases du vieil auteur, sans retouches, pour y trouver immédiatement sa propre édification, et à les répéter telles quelles pour en nourrir substantiellement son troupeau. Il a seulement bronché, par instants, contre des mots qui ne lui étaient pas familiers, et çà et là soumis le style à des tournures que lui dictait son habitude du patois languedocien.

Qu'est-ce que la vraie noblesse?1 Il y a une noblesse qu'on appelle civile, qui distingue ceux qui sont de grande maison, de ceux qu'on appelle droituriers |pour : roturiers]... [et une autre, dont parle le texte]. Les choses étant telles, ceux qui craignent Dieu qui selon le inonde sont de condition abjette, ne doivent s'attrister, ains se réjouir en Dieu qui les aime et honore, et ne dépendre point de l'opinion des hommes, niais du conseil de Dieu. Nous sommes assez grands et assez riches, pourvu que nous reçoive au nombre de ses entants, et que nous soyons frères du Seigneur Jésus. . .

La plus grande [des merveilles qui aient accompagné la mort de Jésus-Christ] est la conversion du brigand crucifié2. . . [Dieu], par la même vertu par laquelle il a tiré d'un rocher des ruisseaux clairs, pour montrer que, quand il lui plait. il fait des cœurs les plus durs découler la repentance, ainsi il a l'ail que la verge sèche et aride qu'Aaron portait dans sa main produisît des moultons [pour :

I, Sermon sur le Psaume XVI, S3 (3* sermon de la III' Décade). Du Moulin développe les mois : Je prends plaisir... aux gens notables...

.' Sermon SUT Le brigand converti (Luc XXIII, 42, 43). (9e Sermon de la III* Décade).

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