LE NOUVEAU BROUSSON
vengeance dont plusieurs serviteurs de Dieu et autres fidèles seraient enflammés, comme il a déjà paru dans les vallées du Piémont, en France et ailleurs, et comme il pourrait paraître encore dans la suite. Mais que ce ne serait pas non plus par cette voie que Dieu convertirait les hommes et qu'il établirait son règne. Et qu'enfin ce feu mystique serait suivi d'un son coi et subtil, c'est-à-dire de la prédication de l'Evangile faite avec un esprit de douceur et de charité, et que ce sera par cette voie que Dieu convertira les peuples et qu'il achèvera d'établir son règne par toute la terre.
Fidèle désormais à son idéal, Brousson y consacre sa vie et celle de ses disciples. Le jour où. Vivent disparu, il demeure la seule autorité spirituelle des prédicants, une nouvelle période religieuse commence dans les Cévennes. Vivent avait été le « lion » qui rugit et déchire. Brousson ne sera plus que « la colombe mystique qui se cache aux fentes des rochers ' ». Ses confrères se soumirent à ses exigences. Ils ne cheminèrent plus le fusil au col. Tout à leur œuvre de réveil des consciences et de reconstruction de l'Eglise, s'ils attendirent encore le secours des armées étrangères qui luttaient toujours contre le roi oppresseur, ce fut sans verser le sang, et sans même préparer l'insurrection sur laquelle comptaient les troupes alliées du Piémont.
Il faut noter ici que du jour où les prédicants, avec leur maître, n'attisèrent plus « le feu d'indignation et de vengeance », et ne firent plus entendre que « le son coi et subtil » de la parole évangélique, le passé violent des années 1689, ltî90 et 1691 fut pour eux aboli. Ils ne voulurent plus avoir jamais commis d'actes séditieux ou criminels. Ils les oublièrent, et leur souci angoissé fut d'en éteindre le souvenir. Ni Brousson ni Roman, dans les Relations qu'ils écrivirent de leur vie, ne parlèrent des projets d'insurrection auxquels il avaient collaboré ; ni les autres prédicants, dans leurs interrogatoires, ne consentirent à avouer la part qu'ils avaient prise aux meurtres de Gautier, du curé Vernède ou de Bagars, et lorsqu'en 1698, à Montpellier, Bàville plaça sous les yeux de Brousson la preuve irrécusable qu'il avait joué son rôle dans une œuvre de guerre civile, le pasteur, sans vouloir ni avouer ni nier, se retrancha juridiquement derrière une amnistie proclamée par la paix de Ryswyk.