MOUNIBR DIT LA CROIX
de ses juges'. Ces détails proviennent sans doute de quelque etti'e, que le galérien lui-même, ou l'un de ses compagnons de chaîne, écrivit plus tard en Suisse.
Mounier (ou Moynier, ou Mognier), qui avait été berger, allait bientôt « faire tomber dans l'admiration », les forçats protestants de Marseille, par sa piété, son sang-froid, ses connaissances pieuses. « Ses pensées si élevées, ses expressions si nettes et si pleines d'érudition [biblique, naturellement] », étaient celles « d'un très habile proposant ». « Sa constance, sa patience, et sa résignation, avaient quelque chose d'exemplaire, jointes a son humilité ». « C'est évidemment, le doigt de Dieu, écrivait le galérien Serres l'aîné, qu'un homme sans éducation, ayant fait un métier très vil, parle en théologien et en homme éclairé, avec des sentiments qui expriment l'heureux état de son àme et la sincérité de ses mouvements » '. Les auditeurs des prédicants, et Brousson, lui aussi, avaient souvent déjà contemple des « Merveilles s de cet ordre.
Pendant que les Cévennes étaient agitées comme nous venons de le voir, dans le bas pays, plus tranquille en apparence, les espérances persistaient, encouragées par les moindres événements. En juillet, un dimanche, trente personnes étaient assemblées, l'après-midi, dans une maison de Montpellier. Un locataire catholique, nommé Toulouze, qui avait longtemps supporté le voisinage de ces cultes clandestins, jugea bon cette fois de dénoncer le scandale. Avec un certain Bonnier, son ami, secrétaire de l'ëvêque, il ferma à clef la porte de la maison où les coupables étaient entrés, et courut chez l'intendant. «Ne l'ayant point trouvé, ils parlèrent à son (ils, qui ne les voulut point écouter, et les menaçant, il leur dit d'aller ouvrir vite à ces gens-là, et de ne parler point même de cette affaire à qui que ce soit. Sur cela ils vinrent ouvrir les portes. Mais il faut remarquer que l'action pour laquelle nous étions assemblés se fit, malgré la rage de nos ennemis, le peuple n'ayant jamais voulu sortir avant d'avoir entendu la Parole de Dieu. Si vous me demandez comment est-ce que j'ai pu savoir cela, je vous répondrai que la personne même à qui le fils de l'intendant la raconta, m'en lit à moi-même le récit le lendemain »'.
1. Notes Bertrand sur les galériens protestants. (Comm. Fonbrune Berbinau).
2. Lettre d'avril 1699, Bull. XVIII, 36. Voir encore Bail. XVII, it7 et Dit et M. Lelièvre. Delà Kéeocation..., pp. 2~1, 318.