I. Dossier Pourtal, C. 17:i
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assemblées il a toujours exhorté les assistants à la fidélité qu'ils doivent au roi, et ayant détesté la conduite de ceux qui portaient des armes. Par le ministère de qui il convoquait lesd. assemblées?
— Il était reconnu dans le pays pour un de ceux qui portaient la consolation aux personnes aflligées pour leur religion. Le premier qu'il rencontrait et qui lui demandait lad. consolation, prenait le soin d'avertir les autres qui en voulaient profiter. Quand on l'avertissait qu'il y avait quelqu'un de ses frères malades, il allait le voir et le consoler. . . Que cette conduite ne doit pas nous étonner, que nous avons pu la voir depuis le changement, de religion, que nous la verrons encore dans la suite. Dieu ayant dit, dans son Evangile, que si les ministres de sa Parole manquaient, il susciterait des personnes faibles aux yeux de la chair pour prêcher la vérité, ou pour dire les choses magnifiques de Dieu.
— Quelle fonction il faisait dans ces assemblées? — 11 chantait les Psaumes avec les assistants, lisait les commandements de Dieu, quelques chapitres de l'Evangile, et faisait la prière. — S'il ne prêchait pas ? — 11 ne prêchait pas, parce qu'il ne se sentait pas assez de lumières pour le faire. . . — Qui lui a suggéré le dessein de former des assemblées contre les ordres publiés du roi ? — Ce ne sont pas les hommes qui le lui ont suggéré, mais il l'a fait par la volonté de Dieu.
— S'il est seul dans ces quartiers, faisant ces fonctions ? — 11 y en a plusieurs, mais il ne les connaît pas. . . . — ... Où il se retirait ? — Il a toujours demeuré dans les bois, et depuis onze ans il n'a pas couché à couvert six mois. — D'où il lirait sa subsistance? — Les bonnes gens pourvoyaient à ses nécessités, parce que tout ouvrier est digne de son salaire.
On vient de voir que Pourtal prétendit n'avoir jamais porté les armes dans les assemblées. 11 couvrit encore la vérité en ce qui concernait îles faits dangereux pour ses hôtes ou ses amis. Il ignora les lieux où il avait célébré le culte, voulut s'être trouvé par hasard chez Jonquet, comme étant entré au matin dans la première maison venue, avoir rencontré fortuitement sur le chemin d'Uzès à Nîmes une fille de Saint-Sébastien qui lui avait remis la lettre de Brousson, trop soigneusement conservée par lui. Il reconnut d'ailleurs comme étant de sa main deux copies, dont l'une inachevée, du Sermon contre les Tièdes1 , la minute de la lettre qu'il avait écrite à Brousson le 1er janvier 1090 et qu'il avait gardée, enfin les deux Lettres de consolation pour de fidèles femmes enfermées dans des couvents.
I. Il dit les avoir tirées «d'un livre imprimé» dont il ne sait pas l'auteur. Brousson aurait-il envoyé au Languedoc quelques exemplaires de sa Manne Mystique'.' Le sermon est le n° m du recueil.
POURTAL DKVANT HAVIM.E 1 W
Bàville réclama le prisonnier. Un premier interrogatoire, à Montpellier, du o juin1, ne visa qu'à identifier l'accusé. L'intendant tenait bien le valet de Brousson, demeuré en correspondance avec son maître. Il essaya vainement de savoir d'où provenait exactement la lettre qui prouvait que ce dernier était rentré en France. Pourtal ne connaissait pas lui-même la province d'où elle lui avait été expédiée.
Bàville liquida d'abord l'affaire du prédicant inconnu que Mandajors avait inutilement cherché à Alais un an plus tôt. Henri avoua les laits, que racontait d'ailleurs sa lettre à Brousson. Un interrogatoire de Tribes, une confrontation de ce dernier avec l'accusé, ne révélèrent rien de nouveau. Le 14 juin enfin, le juge poussa son coup décisif. Il interrogea le prisonnier sur les relations qu'il avait entretenues avec Vivent et Brousson dans le bois de l'Aigoual, au moment de l'assassinat du curé Vernède. Les réponses de Pourtal s'obscurcirent, et le 20 juin, en reparaissant sur la sellette, il refusa de prêter serment. Bàville, usant des informations du 18 juin 1691, l'accusa cette fois formellement d'avoir été du meurtre, « lui cinquième [il laut dire quatrième], avec Vivent », persuadé d'ailleurs que c'était Vivent lui-même qui avait tué le curé. A toutes les questions. Henri opposa des dénégations résolues; mais confronté avec trois des personnages qui accompagnaient Vernède, dont l'un Jean Combes fils, du moulin de la Tourette (Saumane) était un de ses camarades d'enfance, il fut nettement reconnu par tous les trois comme celui des assassins qui avait tiré le dernier sur le prêtre, déjà étendu mort à terre.
L'intendant était fixé. Dans un dernier interrogatoire du 22 juin, il ne discuta plus que pour la forme, l'activité du prédicant. Pourtal, pour alléger sa conscience, et se permettre un dernier désaveu des faits, non seulement refusa encore de prêter serment, mais « se repentit d'avoir prêté serment pendant le cours de son procès ». Le souvenir de ses années de colère troublait maintenant sa première assurance :
Pourquoi étant de la R. P. R. il est demeuré dans le royaume contre les défenses du roi? — Il n'a pas bien compris qu'il fallait sortir du royaume. — Combien il a l'ait d'assemblées '.' — Beaucoup, ayant commencé depuis trois ans seulement [depuis le départ de Brousson], — S'il ne sait pas les défenses du roi '.' el pourquoi il y a contrevenu, sachant les exemples faits des autres ? — Qu'il n'a pas cru taire mal.
1. L'interrogatoire, très court, est conserve dans te Dossier Brousson, C. 191.
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d'autant plus que l'on imputait aux autres prédicateurs des actions dont il n'est pas coupable. — Pourquoi il a prêché, et par quelle mission ? — A dit que c'a été par inspiration de Dieu. — Bien loin d'être inspiré de Dieu il a prêché la sédition et excité les sujets du roi à sortir du royaume ? — Qu'il n'a eu en vue que de les exciter à sortir du péché et à se sanctifier. — A lui remontré qu'il est non seulement prédicant. mais assassin, ayant été à l'assassinat du curé de [Saint-Marcel de| Fonfoulhouse, auquel il a tiré un coup de pistolet?
— A dit qu'étant sur l'Aigoual avec Vivens et Brousson au commencement du printemps, avant que led. Vernède fut tué. et que Brousson, quittant Vivens, lui dit qu'il était un homme de sang et qu'il ne devait porter d'autres armes que la Parole de Dieu ; que sur cela Brousson descendit dans le diocèse d'L'zès, où lui qui répond descendit avec lui, et qu'étant à douze lieues de l'Aigoual, ils entendirent dire que led. Vernède avait été tué, mais qu'il n'y était nullement.
— A lui remontré que Brousson tint un discours à Vivens. mais que le Sr Vernède était déjà tué ? — A répondu que c'était au commencement du printemps, et qu'ils étaient alors séparés de Vivens.
L'intendant, sans avoir pu obtenir un renseignement sur le retour de Brousson en France, condamna Henric, le 22 juin, à être roué vif. après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire. Pas plus qu'à Colognac ni à Papus, la torture n'arracha à Pourtal les mots qu'il ne voulait pas dire.
Le jour même, Bàville écrivait à Fléchier :
11 est juste, Monsieur, que je vous rende compte de la destinée d'Henry. Elle n'a pas été bonne pour lui, puisqu'il a été roué aujourd'hui, après avoir été convaincu par une preuve très certaine d'avoir assassiné avec Vivens, en 1691, le Sr Vernède, curé de Saint-Marcel de Fonfoulhouse. . . Ce pauvre prêtre avait trois hommes avec lui lorsqu'il fut assassiné. Ils ont reconnu sans hésiter Henry. J'ai même l'ait avouer à Henry qu'il avait été avec Vivens dans le temps du meurtre et sur le lieu. Il a dénié le reste et je n'ai jamais espéré qu'il l'avouât. Il est mort avec une fermeté pleine d'orgueil et ne voulant ni écouter aucun prêtre, ni faire aucun acte de religion, disant qu'il avait fait la paix avec son Dieu. C'est par une permission toute particulière de la Providence que j'ai démêlé la vérité du crime. Je n'y pensais pas au commencement. J'ai été averti, par une lettre des Cévennes. qu'Henry avait fait cet assassinat. J'ai cherché mes anciennes procédures, j'ai trouvé la déposition de ces quatre témoins qui avaient accompagné le curé. Un d'eux est mort. A force de chercher les trois autres je les ai trouvés, et ils ont reconnu sans hésiter ce malheureux.
Il est utile pour la religion que ce faux prophète ait été connu tel qu'il est, et très honteux pour les X. C. de se laisser abuser par des
BROUSSON CHERCHÉ DANS LES PROVINCES l.'.l
meurtriers et des scélérats. Nous avons de quoi répondre à l'histoire de leurs martyrs '.
Dix jours plus tard, Bàville écrivait encore à Fléchiër : a Je ferai quelque cliose à part pour celui qui m'a apporté [procuré] la prise d'Henry, il sera content de moi » ''. L'évêque de Nîmes, sans doute, aussi bien que l'intendant, connaissait le nom du traître.
Pour comprendre la violence, la ténacité d'hommes comme Pourtal, et le respect qu'inspirait leur activité missionnaire, il eût fallu à Bàville un autre sens que celui du légalisme monarchique. C'était juger en observateur et en magistrat superficiel des âmes de cette sorte, que de les croire possédées par un esprit de scélératesse ou de simple rébellion contre le roi, dont une répression implacable finirait par venir à bout, et dont un jugement motivé éteindrait la mémoire.
Bàville avait eu soin d'aviser immédiatement la (Jour du billet de Brousson découvert sur sa nouvelle victime. Dès le 20 juin, Pontcharlrain envoyait aux divers intendants le « portrait » du prédicant, tel qu'il avait été affiché dans le Languedoc, afin de faire arrêter s'il était possible, dans la région inconnue qu'il parcourait, cet homme dangereux « qui exhortait les Nouveaux Convertis à se pervertir » \ Les intendants firent leur devoir. Celui de Sedan envoya même à Bàville le résumé des procédures faites dans sa généralité contre un nommé Le Brumel, soupçonné d'être le guide de quelques pasteurs rentrés dans le royaume, et qui se trouvait bien, en fait, avoir conduit Brousson lui-même *. Les autorités allaient bientôt suivre à la trace le pasteur, dont l'ami fidèle venait de mourir à Montpellier.
Des premiers prédicants, il ne demeurait plus dans le Bas Languedoc que Roman (qui malgré ses projets n'était pas parti pour Genève, et que nous allons retrouver à Meyrueis) et Pierre Plan. A côté d'eux agissaient « le Frère David» (Rey, de Massevaque), Olivier, qui prenait peu à peu plus d'assurance, et qui
I. Bàville à Fléchiër, 22 juin 1696. (Pap. Coqucrcl). Voir Douon, II. 18;). corriger la date. On peut se demander si. par cette histoire des martyrs, l'intendant ne fait pas allusion a la Relation des Merveilles ?
-2. 1,1. -2-2 juillet.