BROUSSON DANS LE VIVARAIS ET DANS LE DAUPHINÉ
(Novembre 1697 — Janvier 1698)
Les massacres de 1G89 avaient arrêté dans ses manifestations collectives le propliétisme Vivarois, mais il s'était conservé sporadiquement dans les montagnes des Boutières et sur les bords du Rhône, et c'était de là qu'il devait, quelques années plus tard, se propager jusque dans les Cévennes et le Bas-Languedoc. Le Théâtre sacré des Cévennes, ce livre composé à Londres en 1707, et qui ne contient que des dépositions de témoins oculaires relatives aux prophètes, mentionne la présence de quelquesinspirésdansle Vivarais, à l'époque où Brousson y entra'. Le pasteur allait, dit Brueys, traîner dans la province « son admiration et sa crédulité ». Les catholiq ues , qui voyaient dans ces phénomènes surprenants des opérations du diable, n'étaient ni moins stupéfaits ni moins crédules que Brousson; et leshommes pondérés qui, à la manière de Bàville, n'y voulaient constater qu'une pure supercherie, étaient plus loin encore que les naïfs, d'une explication exacte des faits. En un temps où la psychologie débutait à peine, personne n'était capable de reconnaître dans le « propliétisme » une de ces maladies du sentiment religieux que notre temps seulement commence à étudier, et dont le caractère épidémique n'est pas l'une des particularités les moins intéressantes.
Les faits qui furent rapportés à Brousson, ou dont il fut le témoin, lui parurent d'une telle gravité, qu'il les nota aussitôt, avec l'intention arrêtée de retoucher ensuite sa relation, et de
1. Par Maximilien Misson. Réimpression A. Bost, 1847 : Isabeau Charras, des Ruelles, près de Saint-Agrève, a vu des prophètes depuis 1689 jusqu'en 1690 (p. 1(37) ; Jean Vernet, de Beauehastel a vu prophétiser sa mère et ses deux sœurs vers 1694 (p. 139) : Matthieu Boissier, de Loriot (l)rôme), a vu une prophétesse à Loriol «peu après la paix de Ryswick >> (p. 134).