‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 2)Chapitre 83 sur 334 · BROUSSON ENTRE EN VIVARAIS · texte numérisé non relu

BROUSSON ENTRE EN VIVARAIS

la donner au public. Nous ne possédons plus les cahiers saisis sur lui quelques mois plus tard, et que sans doute lia ville communiqua à Fléchier. Seul un résumé l'ait à Montpellier à la fin de 1698, et qui y fut enrichi de quelques détails provenant de diverses procédures, nous fournit des renseignements précis sur les routes que parcourut le ministre, ou sur les personnes qu'il vit et interrogea '.

Brousson entra dans le Vivarais le 4 novembre. Il s'était fait certainement donner par le Sr de Mure un mot d'introduction pour « la femme de considération, riche et fort pieuse, en vénération dans le pays plus qu'une autre », qui le reçut d'abord. Certains indices permirent de reconnaître en elle la DIle Judith de l'Espinasse de Suzeulx, dont le mari, le S1' Raymond, originaire d'Annonay, après avoir paru bon catholique, était mort retombé dans l'hérésie2. La noble veuve avait vu, depuis 1088, de nombreux prophètes, dont elle parla à son hôte3. Celui-ci célébra la Cène chez elle, probablement à Annonay ou aux environs ; puis successivement, les (5, 7, 8 et 9 novembre, il changea de quartiers, sans que nous puissions le suivre dans ses premières étapes, au cours desquelles il eut déjà l'occasion de rencontrer quelques-uns des personnage qu'il était venu observer. Il fut bientôt mis en rapport avec un prophète, qui était plutôt un prédicant, et qui l'accompagna dans ses courses.

I. Résultat des Mémoires écrits de la main de Brousson, ministre, et de tout ce qu'il a fait, oeu et eogneu en Vivarès et en Dauphiné depuis le commencement de novembre xôqj. G. 191. Dossier Brousson. L'inventaire des papier-, de Brousson (L. Nègre, 198) mentionne « un cayer de minute divisé en i cayers écrits de s.) main, lut'» pa^es en tout et commençant : Yoiages il,- Vnnteur en Vivarès, el Unissant par ces mots : Estant eneore dans la maison de /*/ mère de S. R. a. Brueys parle de lj eahiers, formant 130 pages. Il faut noter, en effet, que l'inventaire mentionne aussi « deux petits cayers qui sont une suite d'un autre, dont Le commencement manque, le premier des cayers commençant : Pourvu qu'ils lui fussent fidèles, et Unissant, le -J cayer, par : ne sont pas de vrais prophètes ». Le R •■nltal d<-s Mémoires semble distinguer aussi deux relations diverses de Brousson : Chemins de l'auteur en Vivarès9e\ Brouillon de son enrage en Vivarès. Peut-être s'agitil, d'une part, du début retouché de la relation projetée, de l'autre, des m originales de Brousson.

-2. L'Extrait porte : Judich de Lespinas de Suzes. Jean Antoine Raymond, S de Begud, épousa le V novembre 1670 Judith de L'Espinasse (fille et héritière de N. Jacques de l'Espinasse, S' de Landoal,et de Jeanne de Robiac de Suzeulx). qui lui apporta en fief les châteaux, terres et liefs de Suzeux. de Robiac, de Landoal et Magier. (Florentin Benoit d'Enlrevaux : Armoriai du Vivarais. Privas, 1908).

3. « Elle lui dit, entre autres, qu'une tille voulant prophétiser dans la maison du nommé Besson, de Gluyras pies Saint-Pierreville], elle lui prédit qu'à cause de son refus, sa maison croulerait, ce qui arriva en effet, Besson et un maçon ayant été écrases sous les ruines ».

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« Frère Laroche ». comme il le désigne, de son vrai nom Mathieu Douy dit Bastianoux, de La Selle (Le Chambon de Tence) en Velay, avait eu déjà ses aventures'. Il s'était d'abord exilé à Genève, avec un armurier de Saint-Agrève nomme Cachard. Revenu dans les Routières, arrêté pour avoir suivi des assemblées, peut-être même pour en avoir convoqué, il avait échappé à ses juges. A quelques lieues de Montpellier, où le conduisaient les soldats, il avait profité du sommeil de ses gardiens pour détacher ses liens. Par une fenêtre il s'était laissé tomber sur un couvert [un toit], et de là dans un jardin; et malgré une blessure aux reins, s'était traîné jusqu'au Yivarais, tandis que ses geôliers maladroits allaient prendre sa place à la Citadelle. De tous les hommes que Brousson vit dans le Yivarais, Frère Laroche lui parut « avoir reçu le plus excellent don, avoir le plus de lumière et de capacité » ; mais le pasteur s'étonna que ni lui ni ses compagnons a ne s'étudiassent » à donner la Cène. Le souvenir des prédicants Cévenols , qui avaient restauré le culte dans son intégralité, lui revint à l'esprit, et sur sa Relation, écrivant le nom du prédicant qui avait depuis peu traversé le Yivarais, il nota que «Roman, au contraire, était très habile, et qu'il administrait les sacrements »".

Le 15 novembre, avec Duny, Brousson était dans la paroisse de Saint-Jean Chambre [près de Vernoux], chez Jean Reboul. Dans la grange que celui-ci possédait à un quart de lieue du village, il tint une assemblée, et donna la Cène à trois cents personnes. Un nouveau prédicant prophète, Isaac Chapon, de Fontréal (Saint-Jean Chambre) se trouva dans l'auditoire. Quelques jours plus tard, Brousson et Duny avaient poussé plus au nord, vers Lamastre. Dans la paroisse de Mounens \ au lieu des Badons, ils furent reçus chez la « Dlle Sara Leydier, veuve de Grignan». La Cène y fut distribuée à soixante personnes.

1. Le nom est écrit quelquefois Dunis ou Daunis. Le fait que Duny étail des environs de Tence, ne prouve pas que Brousson soit venu d'Annonay a Vernoux en passant par le Velay protestant. On va voir qu'il ne put pas au contraire visiter cette région. La famille Raymond possédait dans la paroisse de Peaugres, aux environs d'Annonay, un mas nommé Bégud, au pied de la montagne de Saint- Julien en Goye. Peut-être est-ce la que Brousson fut reçu le 4 novembre. Il semble qu'il soit ensuite allé à Valence.

-1. Peut-être faut-il penser que Brousson a noté cette indication d'après les dires des protestants du Yivarais. 11 faudrait en conclure, dans ce cas, qu'à cette date il n'avait jamais entendu prêcher lloman.

3. Actuellement Saint-Basile. L'église catholique était à Mounens. Le temple actuel est a La Pra.

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