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cle o, montre, en effet, à l'égard de la faiblesse humaine, une condescendance que Brousson aurait trouvée scandaleuse :
i. Demeurant fermes et unis dans la sainte foi, ceux d'un même lieu qui se connaîtront zélés se communiqueront le temps des voyages d'Orange avant que de les faire, pour y aller avec ordre. Les récits qu'ils se feront au retour leur serviront de consolation mutuelle, en attendant que la liberté puisse être publique.
5. Ils s'abstiendront tous également d'assister aux exercices des papistes. Que si néanmoins ou venait exercer rigueur sur ce sujet, ils pourront y envoyer alternativement quelqu'un de la f cunille ; mais au retour de celui qui y aura assisté, le père de famille ou le plus capable de la conduire, lui expliquera l'horreur de cette idolâtrie et de ces profanations, si contraires à l'Ecriture Sainte, et lui marquera que pourvu qu'il ait jait une renonciation intérieure, il n'a point encouru l'ire île Dieu, puisqu'il n'y a assisté que pour éviter une condition plus malheureuse que celle oit il se trouve.
Si opposés que fussent les auteurs du Projet à toute résistance séditieuse, et même, au fond, simplement à toute assemblée publique, ils commandaient aux Nouveaux Convertis, des démarches que Bàville n'entendait tolérer en aucune manière. L'intendant n'avait pas attendu des informations pareilles pour dire à ses administrés, de façon catégorique, ce qu'il exigerait d'eux à l'avenir. Catholiques ils étaient devenus aux Conversions générales, catholiques ils vivraient désormais. Le 18 novembre, il avait adressé aux Communautés un véritable ultimatum '.
Il est bon, Monsieur, que vous fassiez connaître aux N. C. de votre canton une chose de la dernière importance pour eux, qui est que j'ai demandé au roi qu'il n'y ait point de troupes pendant quelque temps dans les Cévennes, pour examiner si les N. C. sont capables d'être sages et de se contenir dans leur devoir. Mais s'il arrive la moindre assemblée ou contravention aux ordres du roi, je leur déclare que je demanderai deux régiments de dragons qui vivront uniquement à leurs dépens pendant plus de six ans, sans que la province y entre pour quoi que ce soit, n'étant pas juste que les anciens catholiques payent la folie des N. Convertis. Il dépend d'eux d'être heureux ou malheureux dans la suite. Mais s'ils veulent être
t. Lettre de Bàville à Chazel de Nîmes, du 18 novembre 1GS7, enregistrée le 1" décembre par le Conseil de la Communauté de Marsillargûes. C 'est évidemment
une circulaire générale qui a été envoyée aussi dans les Cévennes. C'est nous qui soulignons. (Papiers Praissinet).
212 LES PRUDIGANTS PROTESTANTS
heureux, il faut qu'ils pensent sérieusement pour la religion, et à [se] sortir de l'esprit toutes les fausses et ridicules impressions que l'on a affecté de leur donner du pays étranger, pour les perdre.
Je puis les assurer que bien loin de se relâcher en aucune manière, le roi veut qu'ils vivent en bons catholiques, et qu'on n'oubliera rien, pour leur faire suivre le parti qu'ils ont pris de se convertir. Je ne vous mande rien qui ne soit vrai et qui ne soit exécuté à leur égard.
Les Haules-Cévennes répondirent à cette lettre par l'assemblée de Monlcuq. Bâville confirma ses menaces par les logements dont il écrasa les communautés qui l'avaient soufferte, et il poursuivit ce qui était chez lui un dessein inébranlable.
Dès 168o, au lendemain des dragonnades auxquelles il avait présidé en personne, il avait dit : « Il est question de gagner les cœurs, et de faire comprendre à ce grand nombre de convertis qu'ils ont bien fait de prendre ce parti ». La guerre européenne, à son sens, avait eu pour conséquence de rendre à peu près stériles à cet égard ses efforts et ceux du clergé. Pendant onze ans, il avait fallu songer avant tout non pas à persuader des néophytes, mais à contenir des séditieux, excités sans relâche par les réfugiés, les prédicants, les émissaires du prince d'Orange. Le 21 juillet 1690, en réponse à un pieux Mémoire qui proposait de mieux organiser les missions des Cévennes, l'intendant avait écrit : « Les victoires que les armées du roi remportent sur terre et sur mer, feront plus d'effet auprès des Nouveaux Convertis, que toutes les missions »'. La paix de Ryswyk qui ôtait aux Réunis de 1683 toute espérance politique d'un rétablissement du protestantisme en France, les mettait en état désormais de recevoir ou de subir des suggestions catholiques d'ordre religieux. Dans sa province en apparence pacifiée, Bâville cessait de devenir gendarme, et devenait apôtre. Il pensait de nouveau, dit-il (Mémoire de 1698), à « attaquer les cœurs. C'est là où la religion réside ».
Mais pour attaquer les cœurs, convaincre les esprits, façonner les âmes, Bâville ne connaissait qu'un moyen, celui dont le roi avait usé en I680 : la violence. Il en vint à recommencer la dragonnade.
Sur son ordre, les réparations aux églises et aux écoles que l'évêque d'Alais, dans sa tournée pastorale de 1696, avait jugées nécessaires, furent imposées d'office aux communautés du dio-
\. Bull. III, 17"2.
l'ordonnance sun les ucoëbb 213
cèse. La ville d'Anduzc fut tenue de construire un couvent, pour abriter des jeunes filles protestantes, remises par lettre de cachet aux religieuses du Verbe Incarné. Des régions peuplées d'anciens réformés durent ainsi payer de nouvelles contributions pour des édifices qu'ils abhorraient.
Pendant les Etats du Languedoc (nov. iG97 — fin janv. 1698), l'intendant avait lié partie avec les évêques de la province (tous gagnés — sauf un seul — à la cause de la « contrainte salutaire 5 f, en fournissant aux prélats, pour les écoles et pour les instructions catholiques, les armes que ceux-ci lui demandèrent'. Une « Ordonnance sur les Ecoles » parut le 22 décembre )(i!>7. Elle obligeait les N. G. à envoyer leurs enfants jusqu'à l'âge de 14 ans, aux maîtres catholiques, et au-dessus de cet âge, s'il y avait lieu, auxiustructionsquise faisaient dans les églises, « à peine d'y être contraints par toutes voies ». La première absence de l'enfant donnait lieu à une amende de cinq sols, la seconde, à une amende du double. En cas d'obstination, le logement effectif d'un soldat de milice, à 15 sols par jour, rappellerait les parents à leur devoir. Les enfants des écoles devaient être conduits à la messe chaque jour. « Les jours de fête et dimanches, portait l'ordonnance, les pères et mères seront tenus de lesjy mener avec eux, soit qu'ils soient aux écoles, soit quils en soient sortis, à peine de 20 sols d'amende après une ou deux admonestations du curé »!.
Les procès aux N. G. morts relaps se multiplièrent, non plus toujours suivis de l'exhumation du cadavre, mais accompagnés de la confiscation des biens du mort.