‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 105 sur 346 · La traduction catholique · texte numérisé non relu

La traduction catholique

2. Bas ajoute que Donzel sortit de France et se retira du côté de Cassel, où se retira également Téron. Ce dernier « revint encore en France pour y quérir son père et sa mère, âgés chacun de quatre-vingts ans passés ».

BAS DANS LE ROUEROUE 19o

d'une prudence consommée. « J'avais des espions partoul, et je mettais des sentinelles avancées qui étaient aux écoutes des gouverneurs, des commandants, des capitaines, afin, s'ils donnaient des ordres pour des détachements, d'en être averti et par là se transporter ou se retirer ailleurs, etle lendemain, les gens se retiraient comme revenant de leur campagne ». Grâce à ses précautions, il se flattait plus tard que personne n'avait été pris dans ses assemblées. Mais il courut lui-même, et sans doute vers cette époque, un nouveau danger. Au sortir d'une réunion fort nombreuse (il prétend qu'elle avait été de dix mille âmes ! ) il fut mené chez un malade qui demandait ses prières. « Comme j'étais dedans, le curé vint dans la maison, ferma la porte, mit le clef dans sa poche et me sauta au collet ». Bas repoussa rudement le prêtre, et pendant que celui-ci, par la fenêtre, appelait à l'aide, le prédicant franchit la porte qu'il avait fait sauter dune violente secousse \

Les poursuites devenant plus sévères, Bas fut contraint de chercher un asile plus éloigné. Par Meyrueis il passa dans le Rouergue. Il visita iMillau, Saint- AfTrique, le pont de Gamarès, Brusque. Le même succès couronna ses efforts . Bien qu'il y eût de la cavalerie partout, de nombreux cultes se tinrent. Il trouva « tant de fidèles, de braves gens, que ceux qui étaient mondains et joueurs quittèrent leur train criminel, et il y avait de la joie de voir des gens de qualité s'exposer de nuit, assez loin, pour écouter la voix de Dieu. Il [cela] ne se fit point tout d'un coup, mais peu à peu. Les Puissances mirent tout en campagne, pour se saisir du prédicateur». Bas ne perdit passa présence d'esprit. Un certain M. Grebassac, de Saint-Rome de Tarn, c un homme qui par sa piété avait quitté son père, et de grands biens », l'avait mené à Saint-Afliùque, dans la maison d'un de ses parents. Le prédicant, quelques heures avant une assemblée, s'y trouva en même temps que des officiers qui commandèrent d'aller la surprendre. Bas fit simplement changer le lieu du rendez-vous, et le culte fut célébré heureusement. Au Pont de Gamarès, il usa du même subterfuge qui lui avait j'éussi à Alais, et à côté d'un M. Valette, qu'il avait fait chercher, il passa en plein jour devant quelques cavaliers qui surveillaient le bourg. Il poussa même la ruse et l'audace jusqu'à entrer, un peu plus loin, chez le curé de Montlaur, comme un vovageur.

i. Il y avait là une D"' Bonnet, qu'il lit plus lard sortir du royaume, eu lui fournissant un !?uide.

afin d'y attendre le crépuscule, qui lui permettrait de gagner une maison sûre.

Bas n'a rien dit, dans les quelques pages qu'il a rédigées, des espérances qu'il fondait alors, aussi bien que ses frères, sur la paix prochaine. Ce furent cependant les négociations de Hollande, qui lui inspirèrent certainement un projet qu'il mit à exécution pendant son séjour au Rouergue.

Il arriva que, voyant la piété, le zèle et la confiance que [les protestants! avaient en Dieu, je fis une Exhortation, que je fis répandre par plusieurs copies à cent lieues presque à la ronde. . ., pour faire un jeûne. ., où les ouvriers cessèrent leurs travaux, les marchands fermèrent leurs boutiques, qui surprit nos ennemis, et qui allant de maison en maison pour savoir leur procédé (?) on leur répondit comme les Exhortations leur enseignaient de dire cela : « Hélas ! nous jeûnons et prions Dieu qu'il soit apaisé envers nous et nous pardonne nos grands péchés, et que Dieu conserve notre roi et la maison royale, et lui donne pour nous des sentiments de père, et de pouvoir prier Dieu suivant les lumières de notre conscience. Ce furent les réponses que firent les fidèles aux juges, aux consuls, aux officiers, qui en firent leurs verbaux et les envoyèrent, les uns à de Bàville, les autres à Lisgout de la Berchère, [l'un] intendant du Languedoc et l'autre de la Guyenne [dont dépendait le Rouergue], qui ayant même des copies de mon Exhortation, furent contraints de dire qu'il n'y avait là aucun sujet contre ce peuple. Cela lit un si bon effet, qu'un grand nombre de fidèles prit la résolution de tout quitter pour suivre Jésus-Christ.

Les exhortations qu'avait rédigées le prédicant, et dont les copies furent faites par Grébassac, et un M. Roccat, de Millau, n'allèrent peut-être pas jusqu'à « cent lieues » du Rouergue ; mais elles parvinrent jusqu'aux environs d'Uzès. Bas se souvenait que le jeûne avait été fixé par lui « pour un jeudi du mois d'août », et plaçait dans ses souvenirs l'événement en 1696. Il se trompait sur l'année, mais sa mémoire était fidèle pour le reste. Le jeudi 29 août 1697 les Nouveaux Convertis de Montaren observèrent un jeûne absolu. Ils ne sortirent pas de leurs maisons, où ils chantèrent les Psaumes*. Or, si l'on se souvient que le 31 août était la limite extrême accordée par les plénipotentiaires français pour la discussion de leur premier projet de paix du 20 juillet, on reconnaîtra que Daniel Bas n'avait pas fixé arbitrairement la date de cette journée de recueillement et

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