P. Gachon, p. "2G3. J. Lemoine, pp
2. Si la date donnée par J. Lemoine n'est pas fautive, l'ordonnance a été précédée d'une autre, pareille, antérieure au 27 mai 1697. A celte date, le père Paul de ÎSIaubcl, capucin et missionnaire, et le S' Ant. Garcin, prêtre et secondaire de Valleraugue, exposent dans un procès-verbal sig'né du vicaire, du réj^ent et de la régente des écoles, «que voyant un très grand relâchement pour les écoles et les inslruclions, après avoir souvent exhorté les pères et mères inutilement d'envoyer leurs enfants et leurs filles, ils ont été obligés, pour la décharge de leur conscience, et pour ne trahir leur ministère, d'envoyer des soldats aux plus coupables pour leur faire payer l'amende selon la dernière ordonnance de Mgr. de Bàville. Et pour cet effet ils ont eu recours à Saint-André de Magencoules. et ont prié M. de la Roque Chamfort, capitaine, de leur envoyer deux ou trois soldats de sa compagnie». Quelques habitants ont violemment protesté, et parmi eux «le S"' Salomon Méjanel (60 ans), mari d'une des sœurs de Vivant prédicant, laquelle a été souvent reléguée et qui n'en est pas meilleure catholique, y ayant plus d'un an qu'elle n'est pas entrée dans l'église. Jacques, autre Méjanel, greffier (39 ans), mari d'une sœur de Vivant prédicant, donne également un mauvais exemple. David Méjanel, maire (60 ans) est pareil ». Bàville ordonna une enquête. Les trois hommes, et un nommé Caries, furent enfermés à Sainl-IIippolyte, et condamnés à 130 livres d'amende chacun. G. 176.
Au début de 1G98, ces diverses mesures sont appliquées, et se renforcent Tune l'autre.
Un vieillard, Paul Portalès, meurt à Lasalle le 19 mars, sans avoir reçu les sacrements. Un conseiller au présidial procède à une enquête. Un catholique témoigne que « depuis quinze ans il n'a jamais vu le défunt à l'église, ni confesser ni communier ». Celui-ci a cependant abjuré en 1688. Le prêtre de Lasalle, que le fils Jean Portalès, pour éviter le procès, a prié de venir inhumer le corps, lui a répondu « que son père ne l'ayant pas reconnu pour son pasteur pendant sa vie, il ne voulait pas le reconnaître pour sa brebis après sa mort ». Le curé, qui témoigne à son tour, parle moins du relaps que de la fille de celui-ci, Jaquette, femme Bastide. Il a signifié à cette dernière l'ordonnance sur les écoles ; elle a répondu que ni elle ni ses enfants n'iraient à l'église, « et que ceux qui vont à la messe sont des hypocrites ». Menacée d'une amende de 20 livies, elle a dit : « Je sais que la R, catholique est une religion d'intérêt. Si on me condamne, je payerai ». Elle paya, et les biens de Portâtes furent saisis \
Pour faire exécuter ses ordres, Bà ville avait en Languedoc les 52 régiments de ses milices. Composées presque uniquement d'anciens catholiques, commandées par d'anciens oiliciers, par des gentilshommes, ou par de riches bourgeois du pays, « elles connaissaient mieux le pays que les autres troupes, disait Brousson, et ayant autant ou plus de malice, faisaient plus de mal qu'elles ».
Dans un voyage qu'il fit aux Cévennes et dans le Haut-Languedoc, Bàville constata que son ordonnance, que les harangues qu'il tint « aux principaux du parti », que ses discours d'ami, de dépositaire des ordres du roi et même de théologien, que ses considérations à la fois politiques et religieuses, obtenaient d'heureux résultats. « Tout cela produisit, au dire de l'évêque de Viviers, un effet si prompt et si heureux et si abondant, que presque tout d'un coup les églises furent pleines de Réunis, dans tous les lieux du Languedoc » ".
1. C. 178. Dossier Portalès. Une tille du défunt, Suzanne, veuve de François Durand, était sortie de France avec Vivent en 1687. Le fils, Jean (dit Paul dans une liste de l'intendance C. 313) était noté en 1699 comme « ne valant rien pour la religion, sa femme non plus ».
2. J. Lemoine, p. 242. Voir une lettre pareille de levêque d'Alais, datée de Saint- Hippolyte, 7 janv. 1698. Ibid., p. 212. Il y eut cependant des résistances collectives. Jurieu cite dans sa Relation de tout ce qui s'est fait... p. 60, une lettre venue de