Opusc
LA MESSE OBLIGATOIKE 235
est à propos d'aller ailleurs, où je suis bien souhaité. Ce bon Dieu qui m'a toujours conduit et fortifié, m'accordera toujours, s'il lui plaît, les mêmes grâces. Prions-le toujours, vivons en sa crainte, édifions son Eglise, ayons à cœur les intérêts de sa gloire, le salut et la consolation de son peuple ; et il ne nous abandonnera point. Il fera même enfin luire sa face sur nous, et il dissipera toutes nos ténèbres. Ecrivez à votre beau-fils, je lui recommande toujours de vivre en la crainte du Seigneur, afin que Dieu le bénisse, comme je le lui demande sans cesse. Saluez mon frère, toute la parenté, et tous les amis et amies'.
Arrivé dans le Roijergue, il ajouta, en post-scriptum, quelques lignes à sa lettre, pour dire que les ennemis de la vérité n'y étaient pas aussi furieux que dans le Languedoc.
Brousson était sorti enfin d'un pays fort dangereux, où il avait souffert pendant « environ trois mois et même davantage », « des fatigues et des misères extraordinaires ». Bàville avait prorais pour sa tète 600 louis d'or de quatorze francs pièce. Il ne suivait pas la trace du pasteur aussi exactement que le craignaient certains N. G., car celui-ci était dans les Gévennes, et sur le point d'entrer dans le Rouergue, quand l'intendant le crut aux bords du Rhône. Fléchier ayant émis lavis que le passage (?) du gouverneur d'Orange, attirerait sans doute Brousson dans la principauté, Bàville jugea la prévision bonne, et proposa (le 3 mai) d'envoyer à Orange un homme exprès pour découvrir le prédicant et ne plus le perdre de vue. « Il est certain, disait il à l'évêque, que cet homme fait des maux infinis" ».
Le conflit devenait chaque jour plus aigu entre l'intendant et les religionnaires de sa province. Les lettres de Brousson n'exagèrent rien, quand elles dépeignent la ténacité avec laquelle Bàville poussait les enfants aux écoles catholiques et les parents aux églises. Un officier de milices d'Alais retrouvait plus tard dans sa mémoire le souvenir d'un « édit » de 1G98 (il faut dire une ordonnance), « qui obligeait les protestants à aller à la messe les dimanches et fêtes sur peine de l'amende la première lois,
1. Brousson avait été marié deux fois: son fils Barthélémy était né de sa première femme. Les lettres que Brousson venait de recevoir dans les Gévennes, lui annonçaient sans doute l'entrée du jeune homme dans les troupes de la Hollande. Il disait le H mai à son correspondant (inconnu) : « Je vous prie de vous souvenir toujours de mon fils, et de lui départir vos pieuses remontrances ».