‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 156 sur 346 · Brousson avait dit d'abord 1,000 livres seulement · texte numérisé non relu

Brousson avait dit d'abord 1,000 livres seulement

264 LES PRÉDICAMS l'ROTESTAN TS

insistance poignante le côté essentiellement religieux et pacifique de son œuvre. Il achève par une supplication à la fois ardente et résignée :

Après tout cela, Sire, il ose espérer de la clémence de V. M. qu'elle ne voudra pas, s'il lui plaît, exercer contre lui sa sévérité. Il est disposé, Sire, à soulMr la mort pour le service de Dieu, si telle est sa volonté, et la volonté de V. M. . . .Si c'est le l)on plaisir de V. M. de lui accorder [des témoignages de sa bonté royale et paternellej et de mettre fln à ses misères, il n'oubliera jamais ce bienfait, et il fera sans cesse des vœux pour la conservation et la gloire de la sacrée personne de V. M. et de toute la famille royale, et pour la prospérité

de ses Etats.

BuoussoN, ministre de l'Evangile.

Il faut faire la part, dans l'humililé et la soumission que marque cette Requête, au langage que le protocole exigeait alors de ceux qui s'adressaientau roi, Ilreste cependant, que nous eussions aimé entendre des accents plus virils. Brousson aurait voulu rayer de son existence sa collaboration avec Vivent, et sa lettre aux officiers du roi d'Angleterre. Nous préférerions qu'il les eût avouées hautement, au moment de mourir. Nous regrettons par-dessus tout de le voir renier son ancien compagnon de luttes, dont en 1G94 il proclamait, à la face de l'Europe, « la piété angélique ».

Comment, d'autre part, ne pas se sentir le cœur serré, devant cet avocat de Parlement devenu pasteur, qui, pendant quinze ans, a cherché obstinément, et sans y parvenir, à allier deux sentiments opposés : l'indignation contre Louis XIY persécuteur, instrument de l'Eglise romaine, et le respect pour le roi de France, souverain légitime d'une jDatrie aimée?

L'habileté dont Brousson fait preuve, en plaidant le mauvais cas de son procès, est, pour dire le moins, équivoque. Mais ce qui l'emporte cependant dans sa Requête, c'est encore la candeur. Penser, quand on est depuis tant d'années l'un des plus violents protagonistes de la résistance à Louis XIV, que Louis XIV pourra faire grâce, supposer seulement qu'un Bâville voudra peut-être transmettre à la Cour la supplique dernière qu'on rédige dans sa prison, c'est une idée d'enfant.

Seulement la naïveté, ici, était de la foi. Le pasteur n'admettait pas que la vérité dût être à jamais méconnue, ni le protestantisme toujours honni. Depuis quinze ans. il s'adressait à la sagesse, à la droiture, à la pitié du roi, espérant, contre toute

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