LES PLAINTES DE FLÉCIIIER
mélancolique'. Les N. C. se sont flattés, sur ce qu'on ne les pressait plus d'assister à la messe, qu'on les laisserait dans une entière liberté. La plupart de ceux qui venaient à la messe n'y viennent plus. Les écoles se sont remplies, mais ce n'a pas été sans beaucoup de peine. On a vu, chez les parents, plus d'application que jamais, à empêcher leurs enfants d'entrer dans les églises. A Nîmes, un jeune garçon de 14 à lo ans, et une jeune fille du même âge, étant fort malades, « ont répondu aux curés qui venaient leur proposer les sacrements, qu'ils voulaient mourir de la R. P. R., quoiqu'ils eussent été à l'école, et qu'ils eussent souvent répondu au catéchisme ». Les N. G., à leur dernière heure, disent aux curés ou aux juges, « qu'on n'a pas plus de raison de les contraindre à la mort que pendant leur vie, et que puisque on craint qu'ils ne profanent les mystères en y assistant, il est encore plus à craindre qu'ils ne fassent des sacrilèges en recevant les sacrements à l'extrémité ». On fait sans doute des procès aux cadavres ; il y a dix ou douze affaires de cette nature à juger. Mais les procédures sont fort longues, « et le mal croît et se multiplie, avant qu'on y ait apporté le châtiment et l'exemple qu'on en veut faire ». Les gentilshommes, et surtout leurs femmes, donnent de très mauvais exemples dans les villages. Les juges qu'ils établissent sont aussi mal disposés qu'eux. Plusieurs, qui jouissent des biens des fugitifs, « font aussi peu de cas de la R. C. que s'ils étaient à Genève ou en Hollande ». « A Dieu ne plaise, ajoutait évangéliquement l'évêque, que je veuille attirer des peines sur qui que ce soit. La douceur et la charité doivent adoucir notre zèle. Je ne fais que vous représenter l'état où se trouve mon diocèse, et où sont à peu près tous les autres que je connais ».
i . Lettres choisies, p. 130.