Dans Rouquelte, L'Abbé du Charla..., pp. 40, il
3. Sur cette question de la conliscation, et le parti qu'en tira Bàville, voir P. Gachon, Reo. Hist., LXXXVI, 230.
eux directement à l'autorité civile'. Ce n'est pas dans les archives des évêchés qu'on les retrouve. Ils sont conservés parmi les papiers de l'intendance du Languedoc. Le clergé devient, officiellement, le maître de la situation matérielle des Nouveaux Convertis. Brousson avait constaté dès 1G98 le changement qui s'opérait. En 1700 le système est établi.
Comme, parmi les prêtres de la province, au témoignage même de Bâville, il se trouvait «. de fort mauvais sujets », que d'autres n'étaient pas toujours inaccessibles à des questions d'intérêt ou de rancune personnelle, qu'ils manquaient en général d'instruction ou d'éducation'' ; quand ils se sentirent les agents même du pouvoir, on imagine ce que devint, en certaines régions, la situation des protestants obstinés. Le curé ne se contentait pas de faire l'oflice de policier, il proposait même des pénalités. Le 20 juin 1699, le vicaire Bombonnous, des Plans (près d'Alais) écrivait, par exemple, au major d'Alais, une lettre qui révèle à la fois son ignorance, et la manière dont il comprenait ses devoirs ecclésiastiques'.
J'eus le bien de vous parler lundy dernier 15 de ce mois touchant l'impiété qui mérite une rude punition, à l'égard de deux valets anciens catholiques qui demeurent dans ma paroisse, que les Nouveaux et méchants Convertis m'ont perverti, et qui n'ont pas fait son devoir pasclaal, et qui pis est, ils ne veulent pas y satisfaire, ny venir à la messe dimanches et testes... , jusque là que l'on sort de me dire qu'ils tiennent des discours dilïamatoires contre l'église, ce qui mérite la galère pour toute la vie : ainsi je suis forcé d'avoir recours à votre personne. Je vous prie d'avoir la bonté de porter un remède convenable à cette infidélité criminelle, et le Seigneur sera votre récompense.
Lorsque en 1701 ou 1702, en vue de la guerre de la Succession d'Espagne, des levées d'hommes furent ordonnées dans les
1. C. 270. (Rouqiicttc, UAhhé du Charla.... p. 18, "21). Voir C. 273 : « Etat de la tournée du diocèse de Béziers (31 mai-11 juin 1701) contenant les INIémoires pour Mgr l'Intendant au l'ait de la religion ».
2. Bâville est revenu souvent sur ce point : « Il arrive très souvent qu'il y a dans les paroisses, principalement des Cévennes et du Vivarais, des curés... qui sont si ignorants, qu'ils ne peuvent en aucune manière instruire les N. C. dont ils sont chargés... Ils donnent même souvent de mauvais exemples par leurs mœurs ». (Mémoire sur la province du Languedoc, lt>98). Voir plus haut, sur la vénalité de l'abbé du Ghayla ; et surtout P. Gachon (Rev. Hist., LX.VXVI, 237) sur les spéculations véreuses (soupçonnées par Bossuet) et les opérations financières combinées par les évèques et les ordres religieux, dans le Midi.
3. Ribard, p. 10'k (Orth. orig.). Voir une lettre analogue d'un vicaire d'Uzès, dans Frosterus, Les insurgés protestants sons Louis .Y/F, p. 43.
LU CLERGK MAITUE DES BIENS DES UELIGIONNAIRES 29i>
Cévennes^ Bâville eut encore recours aux ecclésiastiques pour l'en rôle ment forcé des soldats. Les rapports officiels de curés mentionnèrent « des jeunes gens entêtés, propres pour le service du roi », « une jeunesse nouvelle convertie opiniâtre, et de qualité requise pour servir Sa Majesté' )>.
On peut penser si les services que l'intendant réclama et obtint du clergé, furent de nature à lui acquérir, chez les Nouveaux Catholiques, ce que Bàville souhaitait ardemment : « le même ascendant et la même autorité que les nùnistres avaient eus sur les esprits et les cœurs des religionnaires ». La haine; d'ailleurs, se porta sur tous les catholiques qui, sous le régime nouveau, se firent complices des délations ecclésiastiques, ou qui en profitèrent : soldats de milices bourgeoises, subdélégués, juges, informateurs bénévoles ou salariés, quelquefois, hélas, héritiers cupides. Des centaines de confiscations furent prononcées dès 1099. « Pour longtemps, sur des lieues de pays, l'œuvre du retour à l'unité catholique prit, entre autres formes, celle d'un vaste transfert de biens ». Au pays cévenol, région de petite culture, où la vie est dure, où le champ est d'autant plus aimé, qu'il a coûté plus d'efi'orts à établir et à conserver, des colères furieuses s'amassaient contre les prêtres et leurs agents. Pour combler la mesure, sur les fonds de la régie des biens confisqués, de nouveaux missionnaires furent rétribués, qui prétendirent ajouter des exhortations et des instructions morales à des agissements d'iine répugnante brutalité".
Ce n'était que pour faire approuver les rigoureuses mesures de l'intendant, que Fléchier annonçait à la Cour la disparition presque complète des opiniâtres déclarés, et peignait ses paroissiens récalcitrants « parvenus du moins à n'avoir plus d'aversion pour la religion catholique ^ ». Dans le diocèse de Mende, en 1700, à peine un dixième des N. G., et sous la pression que nous venons de dire, avaient consenti à faire leurs Pâques *.
1. Ribard, p. JOi. Parmi les meurtriers de l'abbé diiChayla en 1702, se trouvaient un certain nombre de jeunes gens qu'il avait lait enrôler de force {Hist. du Languedoc, XIV, i:m). Voir Bull. LVIII, -250.
2. Voir A. Issarte, p. 70, la mention de sept nouveaux missionnaires établis dans le diocèse de Mende. qui sont ensuite établis curés dans des paroisses. Une Instruction pour les Prélats (7 janvier 1G9'J ; J. Lemoine, p. iUt) indit[iKiil cependant l'aversion et l'éloignement dans lequel les N. C. avaient été nourris, à l'égard des ordres religieux.