‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 181 sur 346 · Rouquette, I · texte numérisé non relu

Rouquette, I

« Les hommes, disait Bâville, ne peuvent vivre naturellement sans religion et sans culte. Les N. C. n'en ont plus, et il est à croire qu'à la fin ils s'ennuieront de cet état, qui ne peut pas durer». Les expériences qu'il faisait journellement, auraient dû le convaincre cependant que les générations instruites par les pasteurs, conservaient inviolée la mémoire de leur tradition particulière, et que le protestantisme, sans le culte public, pouvail vivre et se propager par la prière domestique. La disparition des prédicants ne devait pas plus tuer l'Eglise huguenote que l'exil des pasteurs quatorze ans auparavant.

Les religionnaires des Cévennes et du Bas-Languedoc se retrouvaient, en 1700, dans la même situation morale, en somme, qu'en 1086, après les Conversions Générales. La méthode de Bàville et de ses prêtres, était plus raffinée que celle des dragons, mais elle aboutissait toujours au catholicisme obligatoire, sous peine de la ruine et de la désolation. D'autre part, les âmes violentées étaient convaincues — et bien plus qu'en 168G — que la communion romaine était la Synagogue de Satan, l'hostie le Basilic, et le pape l'Antéchrist. Non seulement les prédicants, de Faucher à Vivent et de Roman à Brousson, avaient répété sans trêve ces affirmations, mais elles étaient maintenant écrites sur le sol, par les larmes et le sang qui y avaient coulé. A Montpellier et à Nîmes, dans les plaines de Marsillargues, dans les garrigues d'Uzès, de Lédignan, de Sonmiières ou de Gournonterral, au Vigan, à Anduze, à Alais, le long des hautes vallées des Gardons, jusqu'au Pont de Montvert, à Florac et à Meyrueis, pas un Nouveau Converti qui ne pût nommer une connaissance, un voisin, un ami, un parent, que l'Eglise catholique avait jeté hors du royaume, enfermé à Aigues-Mortes, à Sommières, à Saint-Hippolyte; ou envoyé aux galères, ou déporté dans ces îles mystérieuses d'où l'on ne revenait pas, ou pendu, ou roué! Pas un Nouveau Converti qui n'eût entendu le récit de ces emprisonnements provoqués par le chant d'un Psaume ou la lecture d'un livre pieux, ou de ces fusillades interrompant la prédication publique de l'Evangile.

Ni l'intendant, ni le clergé, ni le roi, ne pouvaient faire que la religion romaine ne fût abominable. Si Dieu n'avait point encore rétabli ses enfants dans la paix, la dignité et la liberté, la faute en était certainement à ceux-ci. Les souffrances de l'Eglise étaient imputables à son infidélité. Tant que les réformés se souilleraient dans les temples des idoles, l'ire céleste resterait allumée. La foi huguenote, à nouveau, se ramassa sur elle-même.

Page 1