‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 191 sur 346 · Fonbrune Berbinau, Daniel de Supei-ville, 1886, p · texte numérisé non relu

Fonbrune Berbinau, Daniel de Supei-ville, 1886, p

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. . . Dieu a rejeté nos prières, parce que nous avons rejeté ses remontrances, et que le plus grand nombre de nos réformés ne se sont point véritablement amendés. En vain chercherions-nous la cause de nos maux ailleurs qu'en nous-mêmes... Sachons que la durée de la colère de Dieu ne vient que de notre impénitence, et que nous avons tout lieu de cramdre que la première ne cessera point, que l'autre n'ait pins fin.

Le devoir des persécutés est de se souvenir de leur cliute humiliante de I680, d'examiner les causes qui y ont contribué, d'éviter aujourd'hui une seconde apostasie. Les circonstances présentes imposent des obligations pratiques. Garantissez vos enfants de la séduction (Lettre VI). Ayez vous-mêmes une foi éclairée, instruisez-vous de plus en plus dans la vérité (Lettre YII). Sentez la privation du Ministère et de l'exercice public, et faites tout ce que vous pouvez pour réparer une telle perte (Lettre VIII). Ici Superville rejoint Jurieu, et se souvient de Brousson, dont, comme nous le dirons plus loin, il a déjà pai-lé. Il recommande les cultes secrets (Lettre IX). « Qui ne sait que l'Eglise est souvent la femme qui fuit au désert, et la colombe qui se cache dans les trous de la roche ? ». « On s'est un peu partagé, poursuit-il prudemment, sur la question des assemblées nombreuses et publiques. Quelques-uns ont blâmé celles qui ont été telles. D'autres les ont conseillées, approuvées, et regardées comme les plus utiles dans les circonstances où se trouvaient nos peuples, au moins avant la paix». Superville ne prétend point juger du passé ; il se contente de conseiller a des assemblées petites, loin à loin, faites en secret à l'écart, la nuit, avec toutes sortes de précautions». Qui les présidera? il n'ose pas le dire. S'il parle des pasteurs qui pourront aller prêcher sous la croix (Lettre IX), il a soin d'observer: a Vous êtes plus que jamais hors d'état d'espérer de pareils secours (Lettre VIII) ». Il n'a pas l'audace de recommander ouvertement l'établissement de ministres extraordinaires. Il est encore possédé de l'esprit clérical de ses collègues du refuge, et garde une rancune aux fidèles qui ont essayé de se passer d'eux. Dans sa huitième Lettre, déjà, il s'est plaint que les ministres chassés par la Révocation n'aient pas été suffisamment regrettés par leurs infidèles troupeaux, et que certains protestants, dans leurs espérances de 1097, « aient eu la mine de se contenter de la liberté du culte privé ». La conclusion de Superville est donc la même que celle de Basnage : « Il faut sortir. Car il est moralement impossible que passé une génération, c'est-à-dire un espace de 25 ou

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30 ans, un peuple puisse se conserver sans ministère ordinaire et sans pasteurs, et qu'on ne le voie tomber dans l'ignorance ou dans l'indifterence pour la vérité »'.

Superville ne rendait pas une justice suffisante à l'œuvre accomplie par les prédieants. Jurieu avait été autrement équitable et clairvoyant. Les deux hommes, cependant, s'accordaient en 1G98, pour exalter l'œuvre et la personne du plus grand des ministres irrcguliers, de Brousson.

Chacun des deux, à vrai dire, se faisait du pasteur une image particulière. Celle de Jurieu était la seule qui fût exacte. Il avait eu entre les mains, par M. de IMirmand, et il avait envoyé à Londres, la lettre de Brousson écrite des Cévennes le 2G août 1689, où celui-ci se révélait le second de Vivent, dans la préparation d'une insurrection protestante. Il est extrêmement probable qu'il avait connu également les rapports que M. de Schomberg entretenait avec les prédieants du Languedoc. Lorsqu'il lut, par conséquent, la sentence de Bàville, condamnant le pasteur comme l'auteur « d'un projet écrit de sa main pour faire entrer les troupes étrangères dans la province, et par lui envoyé au Piémont », il n'est pas douteux qu'il n'ait été intimement convaincu du bien fondé légal de l'accusation. Elle ne dépréciait d'ailleurs en rien à ses yeux le caractère et la dignité du prédicateur. Lui-même avait travaillé à une descente de la flotte anglaise sur les côtes de Saintonge. Constatons seulement qu'il garda pour lui ses secrets, et qu'il demeura muet, quand les écrivains de Hollande, et Superville le premier, traitèrent Bàville d'abominable calomniateur.

Superville, avec la presque unanimité des réfugiés, conservait de Brousson le souvenir que celui-ci avait voulu laisser de

I. En 1698, le ministre An t. Le Pag'e, dans ses Sermons et prières pour aider à la consolation des fidèles de France persécutés (RoUerdum. in-18) leur dit aussi que « le plus sûr pour eux, et le plus conforme à leur devoir », serait de quitter le royaume. Mais il concède qu'il n'est pas possible à tout le monde d'exécuter ce bon dessein, et recommande aux lidèles de se trouver « le plus souvent qu'il leur sera possible dans les saintes assemblées, sans appréhender les périls qui les accompagnent ordinairement ». Il entend par assemblées le culte de famille, qu'il veut « aussi semblable qu'il se pourra au service qui était en usage parmi nous avant cette dernière persécution, et que nous pratiquons encore dans les pays où nous jouissons de la liberté ». Il dresse, en conséquence, pour ce culte, une manière de liturgie, mais il n'ose pas prendre parti sur la question de la Cène. « L'on ne parle point de la Sainte Communion, ni de ce qu'on doit faire à cet égard dans les cojijonctures présentes. Cela mènerait trop loin, et grossirait trop ce volume, qui, pour être de quelque usage, doit être petit. Peut-être trouvera-t-on l'occasion de s'expliquer là-dessus dans ([uehiu'autre temps ». (.Vverlissement). Bibl. Mat. Lelièvre.

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lui. Tous les manuscints que le ministre avait répandus, toutes ses pièces imprimées, sa Relation des Merveilles en particulier, le dépeignaient tel qu'il était devenu en 1692 après la disparition de Vivent : missionnaire évangélique, ennemi de toute sédition, armé uniquement de la Parole de Dieu. Sous cet aspect, qui d'ailleurs était celui qui répondait le plus sincèrement à sa nature, le prédicant si longtemps discuté, avait fini par s'imposer aux admirations rebelles. Sa mort marqua son triomphe définitif. Les seuls esprits exaltés et fumeux l'avaient d'abord soutenu et défendu : il devenait la gloire de tout le protestantisme exilé. Quantité de gens, en apprenant sa fin, avaient sans doute encore « raisonné à ce propos d'une manière qui n'était nullement édifiante' » ; un enthousiasme qui alla croissant, les fit taire. On ne put croire que l'homme qui trois fois avait passé la frontière par amour pour ses frères, dont la piété était si fervente — si outrée, au dire des uns — avait trempé dans des manœuvres séditieuses, et la colère éclata.

Les premières relations venues de France prétendaient déjà que Brousson avait nié être l'auteur du billet incriminé ". Supei'ville se contenta des preuves morales que lui fournissait la Aie entière de l'ancien avocat. La deuxième lettre des Devoirs de V Eglise affligée (15 déc. 1698) présenta au public des Réflexions sur le martyre de M. Brousson. Superville y donnait libre cours à son indignation ^

. . .Si l'on met nos martyrs en montre sous des formes odieuses ; si l'on a l'impudence de faire publier aujourd'hui que celui dont nous parlons a été convaincu d'avoir voulu porter des sujets à la rébellion contre leur Souverain, de si noires calomnies font connaître de plus en plus l'audace, la malice, la fureur de nos ennemis, et retomberont sur leurs têtes. Mais elles n'obscurciront point la gloire de nos martyrs, et particulièrement de cet excellent et fidèle pasteur, né pour ces malheureux temps, illustre par sa vie et encore plus par sa mort ; rongé dès sa jeunesse du zèle delà Maison de Dieu ; défenseur intrépide et incorruptible de la cause de nos Eglises, lorsqu'il était avocat au Parlement de Toulouse avant notre ruine; héraut fidèle et infatigable de la vérité, lorsqu'il a été ministre ; enfin martyr glorieux de Jésus-Christ, lorsqu'il a fallu sceller son Ministère par sa mort.

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