‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 2 sur 346 · Bull. XXXIX, 330, LUI · texte numérisé non relu

Bull. XXXIX, 330, LUI

2. Chanterenne réclama directement à Châteauneuf ce qu'il estimait son dû (i?a/^ XLIV, 328). Le lieutenant de milices Jourdan, qui avait tué le prédicant, reçut 500 écus. Jourdan, qui était originaire de Bagard (entre Anduze et Alais) fut plus tard une des premières victimes des Camisards. (Fr. Prot. Art. Bagard).

3. Peut-être à un certain Pierre Michel du mas de Drigas (?) des environs de Lasalle, qu'Avesque et son frère accusent à leur tour d'avoir tué Claparède.

4. C'est le cas de Pierre Dalgue de Lasalle, accusé d'avoir jjoussé trois dragons à déserter, et d'avoir acheté leurs habits et leurs armes qu'il aurait donnés aux prédicants. Dalgue était parent de Grevou. (C. 17-2). Les patrouilles mirent la main sur quelques fugitifs. Marc Amblard, de la Coste (Générargues) interr. 16 nov. 1C91, a quitté sa maison depuis quatre ans ou environ. Il a abjuré aux Conver-

8 LES rnivlUCANTS PROTESTANTS

Les renseignements circonstanciés des compagnons de ^'ivent complétèrent ceux d'Anne Baudoin ou de ses amies. Vaideyron. qui suivait le prédicant depuis le mois de juillet précédent, se rappela, avec une minutie (jui confond, le détail de ses voyages. Le 26 février, dans le fort d"Alais,il fit devant Daudé la longue déposition qui nous a permis de raconter les derniers mois de la vie de Vivent. A l'interrogatoire de \'aldeyron s'ajouta, pour en confirmer la véracité, celui de son camarade AbraJiam Ducros, dit Chrétien, que Vivent, en octobre, avait emmené au Vigan. Nous ignorons quand, où, et comment Duci-os. qui s'était enrôlé, fut reconnu et ai rété. Interrogé à A lais le mente jour que Vaideyron. cl par Daudé également, il échappa comme Languedoc aux rigueurs de l'intendant. Un Hlat des [3jf] personnes accusées par Languedoc et le cadet JJncros, outre ceux qu'ils avaient dénoncés à M . de Bàrille, dressé par les soins de Daudé après de nouveaux aveux «lont nous ne possédons plus le procès-verbal, nous confirme le rùle considérable que les deux prisonniers, conservés pour les confrontations possibles, jouèrent désormais dans le procès des prédicants'.

Le nom du jeune Louis de Bagars ne paraît pas dans les dépositions de Vaideyron et de Ducros. Son père, subdélégué de Bàville à Lasalle, avait donné déjà, et continuait à fournir

sions, mais ne veut pas se laisser instruire dans la H. C. Il n'est jamais entré dans une éj^lise « el n"y veut point entrer, à moins que Dieu ne lui chauf^-eât son intention ». Sou fils aîné a été envoyé aux lies. Sa femme et deux jeunes enfants sont restés dans sa maison (C 171). Guillaume Fraissinet. de Caderles. avait été jirrèté à la fin de novembre, avee sa femme Jeanne Ho(pies. la sœur de Jean pendu en 1G87. Sa femme, enfermée aux prisons de Lasalle avait pu s'évader. Lu mois j)lus tard elle était reprise el eonduite à Saint-Hippolyte avec son mari. Les soldats l'avaient arrêtée dans les bois, en même temps que sa mère Anne Teyssonniére, veuve d'Anl. Roques. La veuve, âgée tie 8ii ans. errait depuis IGKG. l'ne de ses tilles. .Marguerite, qui l'avait suivit- d'abord, « la menarant de l'abandonner si elle chaugeail de religion ». avait ('-té prise à Bussas (Saint-Mari in de Corconac) en août lti'.)l et menée au château de Somniiéres. La vieille (À-venole. intraitable, déclare « qu'elle ne veut pas se faire calliolique ni se laisser instruire car elle tient sa religion pour bonne, son tils[Jean] leur ayant servi d'exemple à toute la famille ». (!• janv. lCl)-2. G. 172).

1. luterr. Vaideyron et Ducros G. l'i. Etat des personnes dénoncées... C. 172. (Dossier Etienne et Paul Tlau). Vaideyron, Ducros et Anne Baudoin, personnellement ou ])ar leurs dépositions, tt-moignent aux procès d'IUienne et de l'aul Plan (169-2), de P. Golognac dit Dauphiné (1(>93). de Papus (1()9j). de Laporle (1696). de Henri Pourtal (1696) et de Brousson (169,Si. » On mit Vaideyron dans les troupes, dit le Mémoire de Gauberl (Pap. Court, 17. B.), il se maria eu Auvergne. Au bout d'un temps il abandonna ce pays et sa femme et revint à sa maison [de Vallerauguej, et un malin ses gens le trouvèrent mort sous un pommier, dans une terre d'un voisin. On n'a jamais su s'il s'était tué eu tombant du pommier où il volait des pommes, ou si le maître de la maison l'avait assommé de quelque coup de pierre ».

DEXONCIATIONS DE VALDEYROX ET DUCROS 9

de son zèle administratif d'excellentes preuves, malgré la crise qui l'avait secoué à la mort de son frère. 11 put sans doute excuser son fils, et grâce à Daudéet à Broglie le soustraire aux conséquences de sa témérité'. D'autres, moins compromis que le lieutenant de milice bourgeoise, payèrent durement leur complicité avec les prédicateurs.

Un jugement de Broglie, du 13 mars, condamna aux galères dix-huit hommes dénoncés par Valdeyron ou Ducros comme ayant donné retraite à Vivent et à ses complices, ou s'étant trouvés en relations séditieuses avec lui : le cardeur Dalgues, de Lasalle, Puech père, des Combes, le S"" de FalgueroUes, du plateau de Golognac, Pouget, de Lascours, Gapellier, du mas du Fouet, Martin, du mas des Ondes, Séverac, de la Terrisse, les deux frères Granier, du mas des Plantiers, Puechmary et Servel, du Vigan, les deux frères Mallié, de Ganges, Alibert, du mas de Rouveirac, Roques, du Pontel, Astruc, meunier de Beaucours, Barafort, du Mazelet, Thérond, le rentier de Rouville ". Le magasin de poudre établi par Etienne Arnal dans sa terre de Palherols fut découvert grâce aux renseignements fournis par Valdeyron, et Arnal arrêté à Milhau en Rouergues, condamné aux galères par Broglie le 5 avril ^ Leé deux dragons Liron et Viala, qui avaient fourni de la poudre au prédicant étaient dans un cas plus grave. Bàville les jugea dignes de la potence (16 avril), mais ils avaient contribué à la prise de Vivent, le roi commua leur peine en celle des galères perpétuelles *. Il convient de noter que nous n'avons pas tous les jugements rendus par Bàville ou par Broglie, et que des mesures de police aggravèrent souvent celles que nous connaissons. G'est ainsi que la femme du S'' de FalgueroUes fut enfermée dans un couvent, les biens de son mari et les siens confisqués au profit du roi, et par là leurs trois enfants « laissés à l'abandon » ^

1. Louis de Bagars était encore à Lasalle eu 1693. Le 9 mai 1699 il était lieutenant de dragons : en 1706 capitaine de dragons de Pezoux. En 1718 il meurt à Lasalle, capitaine de dragons au régiment de Bauttreiuonl (Actes notariés).

2. Pap. Prade/. (Bibl. du Prol.) Sur FalgueroUes et Barafort, \oir Bull. 111,294; sur Séverac, Bull. XXXVIII, 150. La liste des galériens de la Fr. Prot. 2' lid. porte les noms de Lasalle et de Baunier, qui pourraient être ceux de deux des accusés de la même procédure.

3. Inform. et Inlerrogat., 17, 28 mars, C. 172. Jugement, C. 191.

4. C. 172. Interrogés à Alais 27 février. Jugement de mort 14 aA'ril. Commutation de peine 16 juin 1692.

5. Bull. IIL 294. Joseph d'Albenas, capitaine au régiment de Villevieille, à Golognac, reçut par ordonnance du 23 avril, 200 livres à prendre sur les biens du galérien (J. de Bagars, notaire à Lasalle).

10 LES PRKDICANTS PROTESTANTS

Un certain nombre de décrets de prise de corps étant demeurés inefficaces, furent suivis de « l'annotation des biens » des fugitifs insaisissables. La mesure, prélude d'une confiscation définitive, amena quelques réfractaires devant Daudé. Contre les autres, Broglie prononça le 5 avril un jugement par contumace qui fut a exécuté figurativement » àLasalle. Dix hommes, dont Rocher, Martin de Rieumal, Soubeiran de Simonet, et Jacques Fabre, S' de Mondredon étaient condamnés aux; galères, et trois femmes, Jallaguiéresse la Pressaïre, la femme de Gervais dit Gapon et « Poussielguesse » de Saint-Jean du Gard, bannies à perpétuité. Les maisons de Martin, Soubeiran et Fabre devaient être « abattues et rasées jusques aux fondements » parce que Vivent y était entré '. Nous avons mentionné les amendes dont avaient été frappées onze communautés des environs de Lasalle. Une ordonnance de Broglie, du 12 février, chargea de nouveaux frais toutes celles des Gévennes et du Bas-Languedoc, en leur imposant de faire murer les cavernes et baumes de leur territoire '.

Les dépositions des prisonniers, et les rapports des espions' permirent à Bàville de dresser une liste minutieuse des prédicants qui vivaient encore et des hommes qui les suivaient. Un placard fut afliché dès le mois de mars, qui mettait à prix la tête de quinze fugitifs*. 5,000 livres sont promises à qui livrera Brousson, mort ou vif, et 300 livres pour chacun des autres. Le tout sera payé avec la même ponctualité que l'ont été les o,000 livres promises pour Vivent. Suivent les signalements de personnages que nous avons déjà presque tous nommés, «tous meurtriers, assassins et perturbateurs du repos public». Henri [Pourtal] valet de Brousson, David Gazan dit La Jeunesse, Laporte, Lapierre, Labric [Massai], Roman, La Rouvière natif

i. C. 191. Fabre el Poussielguesse reparaîtront dans l'histoire des prédicanls. Les autres condamnés étaient Grail, Soubeyran de Simonet (Lasalle), et Mej^nadier, de Saint-Laurent de Trêves (entre Barre et Florac). Pierre Faïsses sut en Suisse que les maisons de Cabanis (Les Sognes), de Teyssonnière à Lasalle, des D"" de Rouville, et «celle de M. de Saint Bonnet appelée Las Combes» (où habitait Puech) avaient été également rasées. (Pap. Court, 43, f' 9).

2. C. 160. Les Papiers Farelle contiennent une copie de la délibération de la Comm. de Saint-Michel de Déze (6 avril) où les cavernes de la paroisse sont exactement inventoriées par les soins des principaux habitants.

3. A cette époque, au dire de Brousson, Bàville se vantait d'en avoir 800 dans la province (Rel.desMerc, p. 39.)

4. Voir Bull. LI, 412, le texte complet du placard, dont un exemplaire est à la Bilb. du Prot.

rUISE DE COUDERC 11

de Guyenne [Papus, qui était de Bergerac], Gavanon dit La Vérune, Colognac dit Dauphiné, David [sic pour Etienne], Paul, et Pierre Pian, La Victoire [Etienne Bon, de Saint-Félix de Pallières] et Villeméjeanne dit Campan [sic pour Gompan, des Bousquets, par. de Soudorgues, accusé d'avoir blessé le vicaire]. Bâ ville, on le remarquera, ne distingue pas entre les prédicants et leurs accompagnateurs. Il lui suffit que ces hommes aient été complices du meurtre des prêtres, de la mort de Bagars ou de Gautier, et surtout (mais il garde son secret) des machinations de Vivent et de Brousson avec Schomberg, pour qu'ils soient passibles des mêmes peines.

Le nom de Roman et son signalement figurent au placard. Bâville avait écrit en Cour le 19 février : « 11 est certain qu'il est mort de maladie, et que tous ses émissaires ont été pris », mais Anne Baudoin lui apprit que « le pacquetier » vivait encore. Roman raconta plus tard qu'il avait eu dans les Gévennes 4 pour ennemi juré et implacable » l'abbé du Ghayla, qui pi"ononçait contre lui des sermons « remplis d'injures et de calomnies ». L'abbé incriminait sans doute ses mœurs, en exploitant contre lui l'affection qui l'unissait à quelques jeunes protestantes. Il avait fait courir plusieurs lettres, dit Roman, publiant que le prédicant avait été « effigie » (exécuté en effigie) à Genève, qu'il n'osait plus y retourner, et que cette seule raison l'avait poussé à venir prêcher en France'. Roman redoutait si peu d'aller à Genève, qu'il s'y rendit en mars 1692. A Langogne il acheta un cheval et partit par la route du Puy-. Est-il téméraire de penser qu'il allait annoncer la mort du chef sous lequel il avait été « principal acteur », et conférer avec ses correspondants des affaires du protestantisme cévenol ?

Peu de jours après son départ, le prédicant Gouderc, dont le nom manquait à la dernière affiche, était saisi par les soldats ^ Le soir du 28 mars, à La Roche (Saint-André de Lancize), près du hameau de Vieljouves dont il était originaire, il prêchait dans la maison de l'un de ses oncles, devant une dizaine d'auditeurs. « Courage ! enfants, disait-il, je passerai les fêtes de Pâques avec vous autres, et y mangerai quelques pistoles que j'ai ! » Un détachement venu de Saint-Germain de Calberte et conduit

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