C. i~'2. Dossier Gouderc
3 C. 172. Dossier Gouderc.
12 LES rRKDICANTS PROTESTANTS
par l'abbé du Chayla en personne se fait ouvrir la porte'. Cou- (lerc lâche deux coups de pistolet. Un coup de baïonnette le jette à terre. La lampe est éteinte, les assistants s'enfuient, l'abbé et les soldats font deux prisonniers qu'ils ramènent avec le blessé à Saint-Germain. Gouderc reconnut comme lui appartenant deux pistolets, un couteau à deux pointes, une épée, et aussi des livres : la Bible et le Psautier, Vingt Sermons de Daillé, Y Abrégé des controverses et la Persévérance des saints de Drelincourt, les Saintes prières de Jacques Merlin. Des manuscrits, dont aucun ne nous est parvenu, nous intéresseraient davantage : un recueil de paroles bil)liqucs, un cahier de prières, huit cahiers de sermons, « plusieurs chansons sur le chant de divers Psaumes » et une Relation fidèle du martyre de J.-P. Boisson proposant dit Lalcmant et de Jean Domhres. Son bagage comprenait enfin, chose inattendue, un « Livret d'arithmétique ». Gouderc prétendit n'avoir écrit de sa main que deux noms que portait ce dernier vohime, <i tout le reste lui ayant été baillé en diverses fois par Vivens pour son instruction et celle des fidèles qui voudraient en profiter ».
Gouderc ne voulut pas se dire ministre, « n'en étant pas capable ». Mais il ne nia pas avoir prêché. « Il portait des armes pour se défendre, et il lui semblait que N. S. Jésus-Christ lui commandait de prêcher et de professer sa religion ». G'est à ceci que se borna sa profession de foi. Sommé de découvrir les retraites des compagnons dont la liste lui fut lue sur le récent placard, il déclara simplement avoir vu dans un bois du Yivarais Roman, et au Bas-Languedoc Laporte, qu'il avait accompagnés. Quant à Vivent, dont il parle comme sil ignorait sa mort, il proclama avec un certain orgueil « qu'il allait souvent le visiter dans des bois ou des cavernes », et il reconnut s'être trouvé avec lui aux bois de Salièges et de Rampon lors de l'w attroupement» de 1089.
Le prédicant, grièvement blessé, fut conduit au fort d'Alais, où il fallut lui amputer le bras. Bàville, comme le porte une note du dossier, se contenta de l'envoyer à Aigues-Mortes. Bastide apprit plus tard à Court que Gouderc, à la fin de la guerre des Camisards, avait pu sortir de sa prison sur les instances de son frère Salomon, 1" un des chefs des révoltés, lequel « l'avait demandé aux Puissances ». Il serait mort avant d'avoir atteint les fron-
1. Le quartier était surveillé. Le 19 août 1691 un aide-major du régiment du Chayla avait arrêté à Vieljouves un fugitif, Jacques Privât, de Blannaves, porteur de livres prohibés et de sermons manuscrits. C. 171.