Ibid., 3'i
l'auteur de la lettre 349
qu'il fait de sa vie et de sa croyance, ne fait point de difficulté de « l'incorporer dans les assemblées », où il a la joie de le voir se déclarer ouvertement protestant. Nous sommes portés à voir en lui un laïque pieux de la ville, qui n'est pas un prédicant, ni de ceux qui prêchent, ni de ceux qui lisent des sermons'. Il est vi'ai quil dit de l'assendjléc du 23 décend)re : « Nous n'étions en tout que quinze personnes, couq)ris quatre Messieurs de la ville », et qu'il semble se mettre ainsi paruii les prédicants. Mais s'il est un laïque, son correspondant, qui le connaît, n'a pas besoin que le fait lui soit rappelé. Il a besoin, au contraire, de savoir que quatre bourgeois de Montpellier sont aussi zélés que son ami, qui n'est pas, lui, un « Monsieur ». Il est vrai, encore, qu'il rapporte avoir été nommé Modérateur du Synode, tandis que la Discipline réformée exigeait que les Synodes fussent présidés par un ministre. Mais la Discipline que rétablissent les prédicants ne peut, à la vérité, être observée en tous ses articles. Le Synode de 1094 peut bien comporter un élément « extraordinaire », comme le ministère même des pasteurs qui y prennent part. Il est vrai enfin qu'il prononce une « Action de grâces » après la Cène. Mais il relève justement, comme une circonstance caractéristique, qu'il a été à cette occasion « nommé » par les assistants, pour remplir un emploi qui n'est pas le sien". « En paraissant devant le peuple, je leur dis que l'Eglise se trouvant dans le deuil et l'affliction, elle avait besoin que quelqu'un de ses enfants lui tendît la main pour la secourir ; que c'était dans cet esprit que je paraissais devant eux, car autrement je ne me serais pas jugé capable de la charge de ministre de l'Evangile ». Nous ignorons ce que fut cette Action de grâces; s'il faut y voir une simple prière «eu forme de paraphrase », ou une exhortation, mais ce que nous savons, c'est que. pour notre auteur, les « ministres » sont à la fois ceux qui prêchent et ceux qui lisent des sermons \ S'il s'excuse devant l'assemblée, c'est préciséuient parce qu'il va accomplir une fonction religieuse qui, pour lui, demeure le privilège de ces « ministres » dont il n'est pas.
S'il est exact, comme le dit l'auteur de la Lettre, qu'il y eût, à la fin de 1695, dans le Bas-Languedoc et les Cévennes « çingt
l. Sur ce point nous donnerions raison ;i F. Berbinaii contre Hauser et Benoît. Bull. L. 355.
•2. Bull. L. 3;'k
3. Voir p. 3i2 : « La plupart de ces ministres ont un homme avec eux » : et p. 310 : « A l'égard de la conduite que les ministres tiennent dans les villages... »
personnes, de ceux qui prêchent ou qui font des prières », nous sommes loin d'en pouvoir fournir l'énuméiation. D'autre part, si l'homme dont il s'agit est un laïque de Montpellier, qui ne s'absente de la ville que pour ses affaires', nous comprenons fort bien comment il a dressé la liste de « ceux qu'il a connus ». Il a « connu », dit-il, Golognac, qui a en effet séjourné à Montpellier ; Lapierre, Roux, La Jeunesse (Gazan), Pierre Plan, Lacroix (Mounier) et Julien, qui ont assisté à l'assemblée tenue dans la ville le 23 décembre. Il a a connu » Etienne et Paul Plan, morts en 1G92, par ce qu'ont pu lui dire d'eux, à Montpellier également, soit leur jeune frère, soit leurs compagnons. Quant à Laporte et à Roman, ce dernier, « homme d'étude et d'une grande piété », qui ne vinrent point au Synode, ils n'avaient pas fréquenté la ville. (Laporte devait y être pris, mais en I69G seulement, et Roman ne quitta pas les Gévennes). Les prédicants assemblés ont pu toutefois prononcer leurs noms avec orgueil. Il est à noter aussi que notre auteur ne nomme pas Vivent, qui n'avait jamais prêché dans le bas pays, et qu'il ne parle pas de « M. Brousson » (lequel n'est pas non plus entré à Montpellier) comme d'un homme qu'il ait vu. Si notre auteur enfin était un prédicant, on ne s'expliquerait guère qu'il « ne se fût pas souvenu »' du nom de quelques-uns de ses confrères. Rey, compagnon de Roman, et Gras, auraient pu lui demeurer inconnus, mais il aurait assurément nommé Pourtal. et aussi Papus, dont il se borne à mentionner la mort en post-scriptuni, sans avoir rien dit de lui.
Si donc notre homme est un réformé de Montpellier (ses initial A. P... ne nous apprennent malheureusement rien) qui ne connaît de cisii que les prédicants qui sont entrés dans la ville, il n'a donc pas fourni, dans sa Lettre, (à l'exception de ce qui concerne les séances du Synode et les événements de la ville ou des environs) des détails qui provinssent de sa propre expérience. Il a seulement rapporté sur les prédicants ce qu'il tient d'eux, ou ce qu'il a entendu raconter de leur activité. Or, ceuxci, et leurs meilleurs amis, avaient, en 1694 et en 4695, quelque intérêt à représenter les manifestations religieuses du Languedoc comme aussi conformes à la Discipline du passé que le per-
1. C'est ainsi, sî.us doute, qu'il faut comprendre sa phrase (p. 343) : [J'aurais obtenu l'abjuration] de [au heu de Zes] deux autres personnes, si Die-^ ne m'avail appelé ailleurs.
2. Bull. t.. 339 : « Quelques autres, dont il ne me souvient pas de leurs noms ».