TENDANCE APOLOGÉTIQUE DE LA LETTRE
mettaient les circonstances, et la vie ecclésiastique du Désert comme aussi réglée que celle de la Suisse ou de la Hollande.
On n'a pas oublié qu'en 1(>94, Brousson, en arrivant en Suisse, avait trouvé des détracteurs comme Merlat, qui mettaient en doute à la fois la validité de sa vocation extraordinaire et la pureté de sa foi. «Un visionnaire anabaptiste », voilà ce que le prédicant risquait de devenir, en suivant ses théories sur l'inspiration directe de chaque croyant par l'esprit de Dieu. Pour défendre contre ses accusateurs la correction de sa doctrine, Brousson dut publier successivement (1C94 et 1095) la Co/i/t?ss/on c?e/of déjà rédigée en 1091, une Apologie personnelle en réponse à un écrit de Merlat', et les sermons qu'il avait prêches en France. Sa Relation des merveilles fut une justification de ses compagnons du royaume, dont également le ministère était jugé tumultueux et l'orthodoxie douteuse. En 1093, Guion était venu à Nîmes, protester contre des assemblées qu'il trouvait séditieuses. Enlin les lettres de Clarion à Papus nous ont révélé qu'en Languedoc même, les Nouveaux Convertis, travaillés habilement par le clergé romain, « faisaient difficulté d'entendre ceux que Dieu suscitait pour consoler ses élus »'-. Il est donc naturel quun réfugié, un pasteur sans doute, désireux de s'éclaircirdans un débat sans cesse renaissant, ait écrit à un ami de Montpellier, qu'il savait en rapports avec les prédicants, pour lui demander des détails sur la restauration de l'Eglise. Mais il est tout aussi naturel que le protestant du Languedoc, en répondant à ces questions successives, ait pensé à la répercussion qu'auraient à l'étranger les renseignements qu'il fournirait ; qu'il ait donné à sa Lettre une allure apologétique marquée ; que dans sa description de l'Eglise du désert, la réalité ait été idéalisée ; et qu'une organisation demeurée rudimentaire ait été peinte par lui sous des traits assurés. Un corps de prédicateurs consacrés, signant la Confession de foi des Eglises Réformées de France, le culte célébré suivant la stricte tradition, un Synode tenu, en somme, réguhèrement, des assemblées convoquées sans témérité, des prédicateurs prudents, des ministres de la Parole de Dieu ne vivant point des quêtes qui terminent leurs cultes : il y avait là de quoi satisfaire les enquêteurs les plus sévères.