‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 214 sur 346 · Art. 31 (Voir plus haut, I · texte numérisé non relu

Art. 31 (Voir plus haut, I

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que sa conscience l'y obligeait. David Berthezène affirma, avant toute question, « qu'il avait le don de consolation par le Saint- Esprit, d'exhorter et de prêcher aux fidèles depuis la Révolte ».

Toutefois, la vie protestante au xvii*" siècle, était enfermée dans un cadre trop rigide, et les réformés connaissaient trop bien les règles de leur organisation, pour qu'ils aient pu, en 1686, faire fi des formes traditionnelles, et se laisser aller entièrement aux impulsions de l'Esprit. Le chapitre De la Cène, dans la Discipline, débutait par les mots : « Oii il n'y a point de forme d'Eglise, il n'est pas permis de faire la Gène du Seigneur». Pour obéir à une stipulation aussi formelle. Vivent, au Pré de Montvaillaut, établit Roques comme ancien, avant de donner la Communion, et le chargea de tenir la coupe.

Mais, pour distribuer le pain, et pour désigner un ancien, il était nécessaire qu'il se considérât lui-même comme ayant été fait ministre. La Discipline, ici encore, était venue à son aide. Elle exigeait qu'un pasteur fût admis à la sainte charge du Ministère « par le Synode provincial ou le Colloque, composé de sept pasteurs pour le moins», ou, dans le cas de nécessité, />ar le Consistoire du lieu et trois pasteurs. Cependant le Synode, ou le Consistoire, n'était point le maître absolu de la nomination. L'Eglise à laquelle le pasteur était destiné, devait l'entendre prêcher trois fois, et « il ne pouvait point être donné au peuple contre son gré, ni même au mécontentement de la plus grande partie ». « Le peuple » avait donc le dernier mot dans l'élection d'un ministre. Les Synodes, en 168G, étaient anéantis, les Consistoires également, mais a le peuple » de l'Eglise locale subsistait, constitué logiquement par les « fugitifs » fidèles qui. dans chaque quartier, venaient s'édifier aux premières assemblées publiques. A ce peuple restait donc le pouvoir et le di'oit de procéder à Yélection exigée par la Confession de loi. C'est à lui qu'en appelèrent les premiers prédicants. Vivent et Vidal, au dire de Jurieu, furent « élus par le peuple».

L'élection des ministres, disait la Discipline (chap. I, art. S), « sera confirmée par prières et imposition des mains, toutefois en évitant toute superstition». Un « formulaire » indiquait la manière ordinaire de procéder. Deux pasteurs étaient députés par le Synode ou le Colloque. L'un d'eux prononçait une exhortation, qui visait à la fois le candidat et l'Eglise qui l'avait choisi, et il la terminait par une prière en faveur du nouveau serviteur de Dieu. « Et alors il lui mettra [à ce dernier] les mains sur la tête, celui qui prie étant debout au bas de la chaire.

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et celui pour lequel il prie, à genoux. Et après la prière faite, le nouveau pasteur s'étant relevé, les deux députés. . . lui donneront deçant tout le peuple, la main d'association. . . »

Un premier prédicant, élu par une assemblée publique, ne pouvait naturellement recevoir de personne ni « l'imposition des mains », ni « la main d'association». Mais des prédicants, élus ensemble ou séparément, étaient en mesure de s'imposer les mains l'un à l'autre. Vivent, qui passait pour avoir été consacré par trois autres ministres ' , imposa les mains à Vidal dans la grange du prieur de Cézas ".

Nous ignorons si dans les Gévennes d'autres pasteurs furent ordonnés de la sorte, en 1686. Nous ne savons pas non plus si Bonfils et Faucher, dans le Bas-Languedoc, eurent le souci de se mettre d'accord avec la Discipline Ecclésiastique, Au lendemain de la Révocation, la spontanéité religieuse, la colère et l'enthousiasme, parlèrent seuls pour commander à l'Eglise persécutée les actes qui la sauveraient. Il ne paraît pas, par exemple, que les auditeurs des prédicants, ni les prédicants euxmêmes au début de leur activité, aient usé de termes nets pour désigner ceux qui annonçaient l'Evangile interdit. Le nom générique de « prédicants », est appliqué par les autorités royales à tous ceux qui contribuent à la reprise du culte réformé. Quant aux religionnaires, s'ils emploient parfois le mot de « ministres » en parlant des prédicateurs, ils se servent plutôt du titre, plus modeste, de « proposants » (étudiants en théologie), qu'ils appliquent d'ailleurs à tous. A la Bèbe, Vivent est dit «un proposant », et il a donné la Communion, dans le quartier, dix jours auparavant \ Faucher, vers Uzès, s'attribue le même titre, dans l'instant qu'il convoque le meunier Martin à venir de ses mains « recevoir la Manne» '. Le nom de « proposants ou prédicants » est encore appliqué dans le Castrais, après 1715, à ce tous les zélés qui ont [vers 1688] couru le royaume pour consoler et affermir les protestants »',

Quand la première effervescence fut calmée, que les cultes secrets parurent moins étranges, et les k prédicants » moins

1. Nous ne savons qui ont pu être ces trois « ministres ». Peut-être Bringuier et Manoël en étaient-ils. Vivent, ainsi, aurait été appelé, conformément à la discipline, par trois « ministres » et un « consistoire ».

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