‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 215 sur 346 · LES SCRUPULES DES PASTEURS RÉFUGIKS · texte numérisé non relu

LES SCRUPULES DES PASTEURS RÉFUGIKS

mystérieux, la réflexion reprit ses droits. Dans les Gévennes, les prédicateurs itinérants attendirent d'une manifestation spéciale l'autorisation d'ajçir en « ministres ».

David Berthezène, à qui le don qu'il possède est suflisant pour la prédication, n'a point donné la Cène, « ce qu'il n'aurait osé faire, dit-il, à moins qu'on lui eût imposé les mains pour lui donner caractère, ou que ceux de l'assemblée, d'un mutuel consentement, l'eussent requis de la leur donner »'. On remarquera l'alternative. En cas d'élection par une assemblée, l'imposition des mains est superflue. D'autre part l'imposition des mains permet au prédicant de revendiquer devant ses auditeurs, sans autre démarche, toutes les prérogatives du ministère régulier.

Les objections que le fugitif Poujoul présente à Serein, dans le bois de Boucoiran, montrent les inquiétudes persistantes de certains réformés, touchant la légitimité de leurs nouveaux ministres. L'élection par le peuple ne leur paraissait point suffisante. Pour eux, la consécration conférée par un pasteur ordinaire restait la seule marque authentique de la «vocation ».Les prédicants que l'exil conduisit, en 1G87, à Genève ou en Hollande, ne purent demeurer indifférents ;'> ces scrupules de leurs anciens auditeurs, scrupules, d'ailleurs, que partageaient les pasteurs du refuge. Le problème du ministère extraordinaire, violemment débattu à l'étranger, à l'occasion de l'œuvre même des prédicants et des publications de Brousson, travailla à sou tour Vivent et ses compagnons. Auprès de Jurieu, de Gaultier, de quelques pasteurs de Genève ou de Lausanne, ils s'instruisirent de leurs droits et de leur dignité. Les ministres qui leur étaient le plus favorables crurent nécessaire alors, ou utile, de confirmer leur élection dans les formes, en leur imposant les mains. En 1687, Serein, revenu dans le royaume, se vantait d'avoir été ce fait ministre ». Vivent, en 1688, fut « confirmé » dans sa charge par un Synode de Hollande. Lafoux. en 1680. par des pasteurs du canton de Berne. En 1690, le pasteur Dautun, dans sa chambre de Genève, imposait encore les mains à Bonnemère.

n serait bien étrange qu'en 1689 les prédicants n'eussent pas rapporté dans le Languedoc les préoccupations disciplinaires que les pasteurs du refuge leur avaient inspirées. Aussi ne sommes-nous pas surpris d'entendre Méjanel déclarer, le 3 sep-

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