C. 173. 5 octobre IG
2. Ibid. i2 octobre. Paul Plan, eu termes analogues, avait dit en 169"2 « qu'il était ministre de Christ et qu'en cette qualité il pouvait administrer les sacrements, Dieu lui ayant révélé son Saint-Esprit ». (G. 172. Voir Bull. XLVII, 608).
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rentré dans le royaume avec lui, n'était pas faite pour fortifier à ses yeux le prestige du caractère ecclésiastique dont celui-ci était revêtu. Les catholiques du royaume, les pasteurs exilés, pouvaient aiguiser leurs arguments. Appuyé sur sa conviction personnelle, aidé peut-être aussi de quelques consultations théologiques qui vinrent de Suisse', il fournit à ses compagnons de quoi répondre à leurs détracteurs ou k leurs juges. Quand un homme avait « la crainte de Dieu, et la connaissance de sa Parole », les auditeurs qui venaient recevoir de lui instruction, consolation et réconfort, avaient le droit de l'appeler au Saint Ministère. En ce qui concernait « l'imposition des mains », il partageait les vues révolutionnaires que Jurieu, dès 168G, avait émises, à propos de l'assemblée de Cézas : (c La mission d'un pasteur par Vautre n'est qu'une forme, qui doit être observée dans le temps de la paix de l'Eglise, mais dont on peut se passer dans les temps de nécessité... Il est constant que la véritable i'ocation dépend du peuple et du choix des assemblées »".
Pour Brousson, comme pour Jurieu, la « vocation » du peuple chrétien, l'appel qu'une réunion de fidèles adresse à un homme, suilit à le constituer pasteur. Pour Brousson, comme pour Jurieu, l'imposition des mains est une forme dont on peut se passer. Nous sommes persuadé que sous l'influence de cette théorie nouvelle. Vivent renonça à imposer les mains aux prédicants, comme il l'avait fait en 1686, et qu'en particulier il ne les imposa point à Brousson, quand celui-ci, en 1690, devint ministre à son tour.
Les historiens du protestantisme ont cru jusqu'ici le contraire, sur la foi même d'une page de Brousson. Mais si l'on relit avec attention le récit de la Relation des Men^eilles où celui-ci a fixé le souvenir de la cérémonie qui le transforma en pasteur, on constatera qu'il concorde entièrement avec le témoignage que Colognac nous a fourni plus haut de sa propre entrée dans le ministère. Vivent n'y intervient que comme un ministre extraordinaire, revêtu sans doute en Hollande d'un caractère particulier, mais dont l'action se réduit à appuyer par ses supplications personnelles les sollicitations de l'assemblée \
Brousson, depuis son retour, s'est borné k « instruire et k consoler quelques-uns de ses frères [le cercle étroit des prédi-
I. Voir au Dossier Colognac, C. 173, l'exlrait intilulé : Justijication des Pasteurs extraordinaires .
i. Lettres Pastorales. 1, iv. (1j octobre 1G8G.)
:!. Bctat. des Mcrv., p. l'J (voir Doiien, II, 184).
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cants avec lesquels il vit] par de petites exhortations ». Sur la montagne où il passe l'hiver, il habite quelques jours dans une bergerie avec plusieurs de ses frères [quelques prcdicants et leurs hommes]. Là, tous ces fidèles le prient et le conjurent de prêcher et de distribuer la Gène. Vivent l'exhorte aussi à cela lui-même. Brousson « voyant que ses frères le conjurent unanimement. . . et qu'un serviteur de Dieu [un pasteur] le sollicite aussi », leur déclare qu'il voit bien que Dieu leur met cela au cœur, et se prépare à leur donner la consolation qu'il souhaitent. Au jour fixé, Vivent « avant la prédication », c'est-à-dire, sans doute, avant que l'assemblée soit formée, mais publiquement, et « au milieu des autres fidèles », demande à Dieu, par une prière fervente, d'accorder à Brousson le secours de son esprit. « Laquelle prière, dit Brousson, il [Vivent] réitéra même souvent dans la suite », par où il faut entendre que Vivent a souvent prié pour son compagnon ; qu'il l'a, dans la suite, plus d'une fois « consacré » à Dieu, et que par conséquent, en ce jour solennel, il ne l'a point a consacré » par un acte unique et définitif. « Les fidèles étant donc assemblés pour entendre la Parole de r)ieu », Brousson leur demande si c'est bien leur désir qu'il leur annonce l'Evangile, et qu'il leur administre le sacrement de l'alliance de Dieu. Sur leur réponse affirmative, il déclare qu'il se rend à leurs souhaits. « Puis, ayant fait liii-nicnie sa prière de consécration^ il leur prêcha l'iMangile et leur administra la sainte Cène ».
Peut-être objectera-t-on que Brousson, en un temps (1694) où il opposait sa douceur à la violence de Vivent, éprouvait quelques scrupules à déclarer ouverteuient qu'il avait reçu de lui l'imposition des mains? Qu'il convient, dès lors, de suppléer à son silence? Il faut noter cependant que jamais il n'a renié la part que Vivent a prise à la cérémonie dont il vient de parler, et que les diverses allusions qu'il y a faites concordent entièrement avec notre interprétation.
A Lausanne, lorsqu'il voulut obtenir des Académies de Berne, de Lausanne et de Genève, la « confirmation de son ministère extraordinaire», voici, en effet, les seuls arguments dont il usa. La vocation qu'il a eue durant quatre ans entiers, « par le zèle et les autres grâces qu'il a plu à Dieu de lui accorder, suffit, pour les pays où le ministère ordinaire n'a pas lieu, suivant l'article 31 de la Confession de foi. . ., d'autant plus qu'il a eu la vocation du peuple, et celle même d'un pasteur extraordinaire, dont le
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ministère a été approuvé par le Synode de Hollande » '. Quatre ans plus tard, à Pau, retraçant devant Pinon tout le cours de sa vie, Brousson déclare spontanément que « venu de Suisse dans le Bas-Languedoc, il y fut appelé par le peuple, et par un ministre, à y exercer le Saint Ministère ». Le « ministre » était Vivent qui avait reçu sa vocation du Synode de Hollande; le « peuple y) une petite assemblée des Cévennes'. Le langage que Brousson tient à Bàville est plus clair encore : « Une petite assemblée de ses J'rères, dit-il, conjointement avec le S" Vivent. qui avait reçu sa vocation du Synode de Hollande, l'appelèrent au Saint Ministère selon les principes de la Confession de foi de la lî. R. » '. 11 n'est point question ici de la Disci{)line, (|ui mentionnait l'imposition des mains, mais bien de la Confession de foi, dont le fameux article 31 légitimait le pastorat irrégulier.
Si maintenant Brousson ne voulut point pour lui-même d'autre « appel » que celui qui émanait du peuple, nous ne saisissons pas pourquoi il aurait cru nécessaire, ensuite, d' « imposer les mains » à aucun de ses compagnons.
La Lettre de 1695 affirme cependant que, <t reçus dans les assemblées du peuple», les prédicateurs du désert étaient « confirmés dans leur vocation par le ministère des autres»^. Elle entend par là qu'ils recevaient a l'imposition des mains», et cite, avec dates à l'appui, le nom de quelques pasteurs qui ont été ainsi ordonnés, dans les formes requises par la Discipline ancienne. Indépendamment des observations qui précèdent, l'énumération de la Lettre n'est pas sans prêter àquelques difficultés. Brousson, suivant l'auteur, aurait imposé les mains : 1'^ à Lapierre, en 1G90, dans la ville dUzès (Brousson et Lapierre se sont trouvés ensemble, en elTet, dans la région d'Uzès, mais à notre connaissance, en 1603 seulement) ; 2" à La Jeunesse (Gazan) ; 3" à Laporte ; 4" à Roman ; o" aux trois frères Plan. (Des trois frères, le second seul, Paul, avait en 1692 donné la Cène, et il déclara à son juge que a quoique n'ayant pas reçu l'imposition des mflms, cependant il était ministre de Christ». Le dernier, Pierre,
1. Défense... (oonlrc .NFcu-lal) KWl. (l)cuoii, II, 419). Dans le même i)assa;îc, Brousson parle de la double im])Osiliou des mains, qu'il a reçue à Lausanne et en Hollande, et justifie celte répétition d'un même acte par Icxeraple de Saint Paul (Actes IX, 17 ; XIII, 3). Il ne parle pas d'une triple imposition des mains, comme il y serait obligé, s'il l'avait reçiu' déjà de Vivent.