‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 222 sur 346 · Bull. L, 33S · texte numérisé non relu

Bull. L, 33S

364 LES PRKDICANTS PROTESTANTS

était dans les Gévennes en 169B, alors que Roman disait ne connaître à côté de lui-même qu'un seul ministre, lequel pouvait être Laporte. Dès lors Pierre Plan aurait été en 1696 au nombre des étudiants); 6" Roux, dit la Lettre, aurait reçu l'imposition des mains de Lapierre, et ne l'aurait point quitté depuis ce temps-là. (11 serait surprenant que Roux [Carrière] n'eût pas exercé ses fonctions indépendamment de Lapierre, s'il avait été ministre comme lui. Les pasteurs n'étaient pas assez nombreux pour pouvoir cheminer ensemble.) 7° Lacroix (Mounier) et Julien, et «d'autres», dont la Lettre ignore les noms, auraient été confirmés par l'un ou l'autre des ministres précédents.

Si allirmatil'que soit son témoignage, l'auteur — et ce sera notre dernière observation — se charge de se réfuter lui-même. Il nomme Golognac parmi les ministres qu'il a connus, qui ont accompli «dignement toutes les fonctions de leur charge», et il ^ne dit point qu'il ait reçu l'imposition des mains. Si Golognac n'a point été ordonné par un autre ministre, poui-quoi la Lettre représente-t-elle l'imposition des mains connue la ratification nécessaire de la vocation conférée par le peuple ? Nous reconnaissons là, chez notre auteur, l'ambition de peindre l'Eglise du désert mieux réglée qu'elle n'était en fait.

On peut se demander pourquoi Rrousson n'a pas séparé Vivent du «peuple», dans les mentions qu'il a laissées de son entrée dans le ministère, et pourquoi il les a cités «conjointement », comme une double garantie de la légitimité de sa charge. Peut-être trouverons-nous l'explication du fait dans une expression de la Discipline, qu'ont reproduite certains prédicants. Le pasteur appelé au ministère, recevait « la main d'association » des deux collègues qui l'avaient assisté dans la cérémonie dernière. Par là, il devenait leur frère, et était publiquement agrégé dans leur corps. Le k peuple » a appelé Brousson, et Vivent lui a donné la main, en qualité de pasteur déjà appelé lui-même, qui accueillait dans le ministère un nouveau serviteur de Dieu. G'est en ce sens, très probablement, que Brousson, à son tour, « donna la main » à d'autres prédicants, comme ils en témoignèrent euxmêmes. En octobre 1690, à Lacaune, Lapierre se dit « un ministre, qui a reçu la main d'association de Brousson»'. Bas, qui a vu Brousson seulement en 1698 et quelques jours, dit à Gourt, à la fin de sa vie : « Ge glorieux martyr, défunt M. Brousson, m'ayant donné la main de société, voulait m'obliger daller en

j. Voir plus haut, II, 128.

l'imposition des mains (?) 365

Poitou»'. Roman use des niêiues termes et il laisse entendre que l'intervention de lîrousson la élevé à une charge nouvelle. Mais il commet une erreur manifeste de dates, qui rend douteux, son témoignage. II écrit au Comte d'Ysenburg et Bûdingen, le 19 novembre 1701, qu'il a « reçu les mains de société du glorieux délunt martyr Brosson (sic), et, depuis ce temps-là, a toujours administré les sacrements en France l'espace de quatre ans »'. Roman étant sorti de Fi'ance en octobre 1(599, il faudrait que Brousson lui eût adonné la main » en lG9o, or à cette époque Brousson était loin du Languedoc. D'ailleurs, en 1G97, Brousson opposait Roman « très habile, et qui administrait les sacrements », aux prédicants du Yivarais, qui n'avaient pas osé s'emparer des suprêmes prérogatives du ministère. Il nous laisse deviner par là que Roman est devenu « pasteur v sans sa participation, ou avant qu'il ait cru intervenir (s'il la fait) par un acte spécial où il lui aurait «donné les mains ». Enfin Martel nous apprend que Brousson, à Poët Laval, en 1G98, a morigéné sa timidité, et « lui a ordonné de donner la communion là où il trouverait le peuple disposé ». Il n'est encore question, en aucune façon, d'un acte dont Brousson aurait accompagné sa bienveillante injonction.

Nous ne croyons point, par conséquent, que Brousson ni aucun de ses «confrères », depuis 1689, aient imposé les mains à aucun prédicateur du désert. Peut-être, tout au plus, pourrait-on admettre que les ministres élus par les fidèles dans quelque assemblée écartée, ignorée de leurs couipagnons, ont eu l'occasion, en certaines circonstances préméditées, de faire part à ceux-ci de leur nouvelle dignité, et obtenu d'eux une sorte de ratification du vote populaire, et comme une reconnaissance oflicielle de leurs fonctions. Une affirmation de la Lettre de 1093 nous mènerait à cette supposition. « Il faut remarquer, dit-elle, que ces gens ici [ceux qui ne prêchent pas, mais font seulement des prières] sont obligés de rendre raison, à ceux qui prêchent, de leur conduite, au moins une fois l'année, et pour cet efl'et, ils se donnent un rendez-vous dans une ville ou à la campagne, et là ils traitent du moyen d'avancer la gloire de Dieu, le succès de la Réformation et la conversion des pécheurs»'. Nous avons noté, en effet, depuis la réunion de 1689

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