‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 243 sur 346 · LETTRE SUR LES SACREMENTS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LES SACREMENTS

Prétendra-t-on qu'un pasteur doit savoir les langues ? Cela n'est point nécessaire, puisque l'Ecriture est traduite. Qu'il est tenu d'être philosophe ? orateur éloquent ? versé dans les histoires et les lettres humaines ? Brousson a déjà donné son avis sur la ([uestion, dès 1G87, dans ses Lettres aux pasteurs réfuj^iés. Il sullit qu'un ministre ait la crainte de Dieu, une vie pure, du zèle, qu'il soit propre à instruire ses frères, et enfin « quil connaisse le salut qui est en Jésus-Christ ».

Il est naturel que Brousson ait réclamé des pasteurs, l'adhésion explicite h a la foi de V Eglise y). Mais on peut s'étonner néanmoins qu'il ne renvoie pas, sur ce point, au seul document qui fit alors autorité parmi les Réformés, à la Confession de foi de 1559, que les prédicants du Languedoc avaient lue à Montpellier dans leur « Synode w de 1G94. Il se permet de résumer en sept articles à la fois de doctrine et de controverse (dont l'orthodoxie paraît inattaquable), les croyances fondamentales et nécessaires. Que les pasteurs les méditent, qu'ils lisent avec soin les Ecritures, qu'ils implorent sans cesse les dons de l'Esprit Saint ; ils seront propres à leur œuvre. Et même. « si dans la suite il plait au Seigneur de ramener et rétablir les pasteurs réfugiés, les uns et les autres pourront travailler à V édification de V Eglise, chacun selon le talent qu'il aura reçu du Seigneur.»

L'élection du pasteur, ou des pasteurs (Brousson donne ce titre aux fidèles qui seront choisis), aura lieu dans une assemblée des chefs de famille et des anciens, et suivant les formes que Brousson a fixées pour l'élecliondes anciens eux-mêmes. Il propose ici encore deux prières spéciales, l'une qui précédera le vote, l'autre qui le suivra. Cette dernière, qui est en somme une « Prière de consécration », sera prononcée non par le nouveau ministre, mais par un ancien, au nom de tous les autres anciens et de toute rassemblée des fidèles. Brousson, avec une légère modification, établissait en coutume et en règle ce qui s'était passé lors de sa propre introduction dans le ministère extraordinaire. L'ancien qui prie pour le pasteur élu, tient ici la place qu'a occupée Vivent dans les Cévennes en décembre 1689. Il n'est que le porte-parole de l'assemblée. L'autorité du ministre ne lui vient que de Dieu, et du troupeau qui le choisit.

En codifiant ainsi la Discipline du Désert, Brousson sentait les dilïicultés que rencontrerait son établissement dans des régions qui depuis onze ans ne connaissaient plus qne la prière individuelle ou le culte domestique. Si la création des pasteurs extraoï'dinaires était ici où là retardée, les anciens pouvaient

du moins réunir des assemblées publiques. Mais la célébration des sacrements n'étant point leur fait, qu'adviendrait-il des enfants ? demeureraient-ils sans baptême ?

De nouvelles méditations amenèrent Brousson à pi'oposer une solution où il rompait une fois de plus avec le formalisme. Dans sa seconde Letti^e Pastorale il en avait déjà jugé du baptême comme de l'imposition des mains. Signe excellent de la grâce du Saint-Esprit, il nest quun signe. La grâce du Saint- Esprit n'y est pas tellement attachée, que Dieu ne puisse nous la communiquer sans son intermédiaire ' . c< Le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui étaient dans la maison de Corneille, avant qu'ils eussent été baptisés (Actes, X, 44, 48). Le voleur qui se convertit sur la croix, reçut aussi la grâce céleste, et fut sauvé, sans avoir i^eçu le baptême». En l'absence d'un pasteur, le père et la mère d'un enfant doivent donc, dès sa naissance, «lui donner le nom qu'ils ont choisi, et le consacrer eux-mêmes par la prière». Si le prêtre catholiqiie réclame le nouveau-né, les parents le refuseront. Si l'enfant est pris de force pour être porté dans l'église, les fidèles n'entreront point dans le temple des idoles, et ne désigneront pour la cérémonie, ni parrain ni marraine.

Quant au mariage, si les fiancés ne peuvent ni le retarder, ni le faire bénir hoi's du royaume, ils considéreront qu'il n'est point un sacrement. «Il n'y a que le consentement de l'homme et de la femme, avec celui de leurs pères et mères, et la consommation du mariage, qui fassent le mariage selon la Parole de Dieu.» Il suffira donc, en ce temps de désolation, après un contrat dressé devant notaire, d'une déclaration publique des deux fiancés, soit en présence d'un juge, soit et dans la place publique au milieu du peuple», soit même «au milieu des personnes invitées à la noce». Deux ou trois témoins protestants dresseront de la déclaration des conjoints une attestation écrite. «11 serait bon pourtant que dans quelque assemblée des fidèles, celui qui fait les prières publiques, ou même le père de l'époux ou celui de lépouse, dans leur maison, en présence d'une petite assemblée, leur lût la Litui'gie du mariage ».

La Lettre Pastoi'ale qui traitait spécialement du mariage et du baptême, achevait l'œuvre ecclésiastique de Brousson. Il ne la rédigea qu'en 1697, après avoir consulté, à ce qu'il semble.

1. L. Nègre, p. 182. Bronsson dans ce passage parle en même temps du Baptême et de la Sainte Cène.

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