‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 25 sur 346 · Jean Lemoine, p. 'i'i · texte numérisé non relu

Jean Lemoine, p. 'i'i

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encore hors de peine. Accouru aux cris de Lambert, son plus jeune fils, qui rentrait chez lui, et qui d'ailleurs ne reconnut pas son père, se jeta après le fuyard, auquel il lança quelques pierres. Celui-ci s'abattit. « Il se trouva, dit-il, que le bouton de mes chausses fut cassé, et mes chausses étant sur mes pieds, je tombai tout étendu sur le pavé » '. Le lils Lambert le saisit alors par les cheveux, et Gavanon, à genoux, se vit entouré de quelques soldats de bourgeoisie. Lambert eut beau leur dire que son prisonnier venait de tuer un homme, les miliciens, qui venaient, dirent-ils le lendemain, de passer la soirée ensemble, hésitèrent à intervenir. L'un d'eux répondit : « Laissez ce pauvre homme, ce sont des gens qui badinent! » Gavanon, lâché par Lambert, fut relevé par le sergent. Tenant ses chausses dune main, il se dressa, payant d'audace. « Monsieur, laissez-moi aller, je vous prie! » Le sergent le lâcha à son tour, et quand le lils, ayant enfin reconnu le cadavre du père, qui s'était traîné à une vingtaine de pas de la maison de la veuve, revint, l'épée à la main cette fois, poursuivant l'assassin, Gavanon était déjà sorti de la ville par la Porte du Château et s'était jeté dans les vignes -.

Le lendemain soir, près du terroir de Leyrac, à un demi-quart de lieue d'Anduze, une jeune lille rencontra un inconnu, pâle et effrayé, qui lui demanda « si M. Lambert était mort ». Il avait les deux mains meurtries et ensanglantées, la culotte percée à chaque genou. Nul doute que ce ne fût La Yérune qui, avant de partir pour Nîmes, avait cherché dans le voisinage des armes pour la route. A chaque poche de son justaucorps il portait un pistolet, et sous le justaucorps, il dissimulait, en même temps qu'un autre pistolet, une baïonnette. Gavanon marcha toute la nuit, te J'arrivai à Nîmes, dit-il, environ les neuf à dix heures du matin, jour de Sainte Catherine. l2o novembre 1689 (lire 1692), sans continuer mon voyage de Saint-Jean. Alors MM. Brousson et autres furent plus étonnés que jamais de voir que j'échappais de partout, et ils me dirent qu'ils avaient été fâchés de m'avoir imputé que l'on m'avait laissé sortir de laprisonpour les vendre».

La conscience de Gavanon n'étant pas absolument en repos, ce fut Brousson qui calma ses scrupules. « Ils furent tout joyeux de voir qu'un si grand persécuteur fût raclé de dessus la face de

1. Nous corrigeons légèrement dans ce qui suit, le récit de Gavanon, daprés la déposition du lils Lambert.

2. Il semble que la porte ait dû cependant être close. Mais la Relation de Gavanon et les enquêtes atllrmenl le lait.

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