BROUSSON EXCUSE LU MEURTRE
la terre, et comme cela faisait encore de la peine à La Yérune, M. Brousson le rassura en lui disant de lire les douze et treizième chapitres du Deutéronome » '. Gavanon rappelle à la fin de son récit que M. Arnaud, le pasteur colonel des Vaudois, ne lui parla pas autrement l'année d'après. « Je ne devais pas croire d'avoir fait un péché en ôtant un persécuteur de dessus la face de la terre, et Dieu m'avaittiré de la prison pour cet effet-là ». Brousson, n'était pas aussi rigoriste pour les autres que pour lui-même. Avec un mélange curieux de candeur et d'habileté que nous avons relevé en d'autres occasions, il osa soutenir la même cause devant la Cour. Il adressait à un secrétaire d'état, le 31 décembre 1692, en même temps qu'un ouvrage dont nous parlerons plus loin, la lettre suivante, qui est caractéristique ' :
Monseigneur,
Après que j'ai eu fermé et envoyé le paquet que je prends la liberté d'adresser à Votre Excellence, j'ai appris que l'on tâchait de nous rendre fort odieux à la Cour au sujet de la mort du S' Lambert, l'un des consuls d'Anduze. Mais, premièrement, il ne serait pas juste d'imputer à plusieurs innocents la faute d'un seul homme qui est coupable. Secondement, il serait à souhaiter qu'il fût le bon plaisir du Roi d'ordonner à MM. les marquis d'Anduze et de Tornac, qui sont des gentilshommes d'honneur et qui étaient bien informés de la vie du défunt, dédire quel homme c'était; car nous sommes persuadés qu'ils n'en rendraient pas un bon témoignage.
En effet. Monseigneur, c'était un homme sans jugement, sans conscience, ardent pour la proie, vivant de cela, i-enieur et blasphémateur du saint nom de Dieu. Un tel consul n'était pas fort propre pour donner de bons exemples au peuple. Il n'y a pas longtemps qu'un des principaux seigneurs qui sont revêtus de l'autorité publique dans cette Province, disait en parlant de cet homme : Nous savons bien que c'est un coquin, mais nous en avons besoin. C'était l'homme du jésuite Ribot, fameux persécuteur qui, en divers temps, fit pendre dans Anduze plusieurs personnes qu'on accusait seulement d'avoir été dans les saintes assemblées pour prier Dieu, et qui mourut ensuite désespéré, ayant toujours devant les yeux des hommes pendus '.
1. Bull. XL, 331. Di'uléronomc, XIII, 5 : « Tu ràck-ras le méchaiil du milieu de toi ». Le mot de racler est, dans raiicienne version, celui dont Dieu se sert pour annoncer quil détruira les hommes par le délu};e (Genèse, \ll, 4). « Je raclerai de dessus la terre toute chose qui subsiste >>.
2. C. 191. Dossier Brousson. Publié en partie Douen, II. 1%, et in extenso Rouquette, II, 98.
3. Ribot est nommé par Elle Benoit, Hist. Ed. de Manies, V, 97-2
50 LES l'RIiDICANTS PROTESTANTS
Psaumes et des Prophètes, une puissante ferveur qui se manifestait dans « des prières admirables », donnait aux prédicantes une force spéciale. « Elles n'administraient pas les sacrements, mais elles allaient de lieu en lieu, faisant des assemblées où elles exhortaient le peuple à se convertir... à sortir de l'impure Babylone, à donner gloire à Dieu, et à lui être fidèles jusques à la mort ».
Isabeau Redourtier dut comparaître devant Daudé au début de décembre. Brousson raconte qu'elle fut conduite devant Bàville, à qui elle avoua avoir prêché, si l'intendant appelait prêcher « faire des exhortations à ses frères et prier Dieu avec eux », déclarant au surplus qu'elle voulait obéir k Dieu plutôt qu'aux hommes. Comme son juge observait qu'elle ne devait pas attendre d'autre traitement que celui des prédicants, elle aurait déclaré qu'elle était prête à la mort. En l'absence de toute trace du procès, nous transcrivons sans trop de doute ces fermes réponses qui convenaient à la jeune inspirée. Elle fut condamnée à la réclusion perpétuelle dans Aigues-Mortes. Pintarde, arrêtée quelque temps après, aurait été enfermée pour toujours au château de Sommières'.
A côté de ces deux condamnées, Brousson mentionne encore une troisième prédicante, qui aurait entrepris, autour de Saint-Hippolyte, de prêcher « et même de faire des prédictions ». Vivent et lui, cependant, refusèrent, malgré de vives instances, daller l'entendre. Son attitude à l'égard de La Jeunesse « quelle sollicitait immodérément au maiùage, le menaçant de le faire pendre s'il n'y consentait, ses discours frivoles, bientôt impertinents » auraient fait découvrir que « c'était une coquine apostée par le clergé pour découvrir la retraite des ministres »'. Enfm, toujours selon Brousson, après les précédentes. Dieu aurait suscité dans les Basses-Gévennes trois autres a fdles » qui édifiaient le peuple par des prières excellentes. Nous nous demandons s'il faut prendre son expression à la lettre, et s'il ne place pas parmi elles Poussielguesse.
1. Rel. des Merv., p. 47 (Doueu. II, 103, lOi). Gaiibert {Pap. CourL 17. B, î" 47i bis) parle d' « Izabcth Rcdorlièrc. fille de Millicrinc, voisine du prédicant La Voix. Elle fut, dit-il, arrêtée après deux ou trois ans d'activité, par hasard, sur le pont de Gasquet (Valleraugue) venant du mas de la Valette et allant a Ardaillers. Conduite à Montpellier, puis à la Tour de Constance, elle y resta 10 ans et y mourut ». Gaubert paraît avoir confondu Tarrcstation d'une prédicante sur le pont de Gasquet (Pintarde?) avec celle d'Isabeau, qui semble bien avoir eu lieu à Anduze.