‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 27 sur 346 · Rel. des Merv., p. 49 (Douen. II · texte numérisé non relu

Rel. des Merv., p. 49 (Douen. II

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La jeune femme, dont nous avons déjà transcrit le nom, était fille de François Daudé, du mas de Maliestre (près de Lasalle). Mariée à un Poussielgue, de La Baume (paroisse de Peyroles, près de Saint-Jean du Gard) elle était déjà veuve en novembre 1691, quand les enquêtes de Daudé révélèrent qu'elle avait assisté dans la grotte de Rouville à une assemblée de Vivent, auquel d'ailleurs elle avait, en 1689, offert Thospitalité à LaBaume\ Décrétée de prise de corps, elle « prit les bois » en même temps que Fabre, de Montredon, dont elle était la cousine germaine. Nous l'avons vue à Nîmes avec Gavanon, à feuzièrc de FalguerollesavecDumasseetlesprédicants,quirappelaient«masœur», et c'est pour la conduire encore à Nîmes que Gavanon venait de risquer sa vie à Anduze. La cousine de Fabre était notée comme prédicante en octobre 1692, car Daudé, qui instruitalors le procès de l'assemblée de la Cam de Monoblet, dirige une information « contre la Vérune et autres qui ont assisté aux assemblées faites par la nommée Poussielguesse » -. Devant l'audace criminelle de cette femme, qui priait Dieu et exhortait ses frères, La Vérune, dont pourtant la tête était mise à prix, était passé, ce jour-là, au second plan ^

La maison natale de Poussielguesse, le mas de Maliestre, situé près du chemin de Lasalle à Saint-Hippolyte, était surveillée depuis longtemps. François Daudé et sa femme, malgré leurs cinq mois de détention au fort de Saint-Hippolyte, avaient rouvert leur demeure aux prédicants. Le mari, la femme et leur plus jeune fille s'étaient risqués à porter des vivres à Vivent dansla cerclièred'Olivet. Dès les premières dénonciations d'Anne Baudoin, Daudé prit le chemin de Montpellier, d'où il passa en Suisse*. Les deux femmes restées au pays, conservèrent les traditions de la maison : le fils Puech, de Claveirolles qui surveillait

1. Le Mém. de Régis au début de 1690, l'avait déjà signalée à Bàville comme une auxiliaire de Vivent,

2. Ecrit en tète d'un interrogatoire de Fabre, de Montredon du 3 octobre 1692. C. 172.

3. Nous pouvons nous faire une idée exacte de l'instruction biblique et du langage de ces prédicantes par les relations que Blanche Gamond et Jeanne Terrasson nous ont laissées de leurs tribulations en France, particulièrement aux prisons de Valence. Un juge de Grenoble dit à 81. Gamond : « Il est impossible qu'une fille parle comme vous, car vous répondez comme un ministre )).i?eu.vft<;roïnes..., p. 83. Voir des prières, pp. 63, 85, 107, 226; de la controverse, p. 276; et un sermon véritable, p. 365.

4. Un Pierre Jallaguière de Maliestre est déjà noté comme fugitif de Lasalle, en

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réformée, dans laquelle elle veut vivre et mourir, et refuse de prêter serment, « parce qu'elle a lu en l'Ecriture qu'il ne faut jurer ni pour (par) le ciel ni pour la terre ». « Elle n'a que trop fait abjuration, qu'on la lui fit faire par force devant le curé de Boisset )>,et cependant, comme beaucoup d'autres clients du bon vicaire, elle ne s'est pas présentée devant lui, « son mari l'ayant fait comprendre dans le même billet qui lui fut donné ». Gomme Daudé lui demande si depuis sa première arrestation elle a assisté à quelque assemblée, elle répond « qu'elle n'a pas été assez heui'euse d'en avoir la rencontre ». Sa maison, dans Anduze même, autant qu'en dehors des murs celle de la femme Bourguet, est un asile connu des fugitifs. Une femme de Monteils (près de Florac) s'y est retirée depuis peu, qui venait de voir son mari, « aux galères pour fait de religion ». L'interrogatoire nous fait connaître que les soldats y ont pris non seulement l'accusée, mais, en même temps qu'elle, « Dumasse de Soudorgues, et une jeune fille nommée Isabeau », que divers renseignements nous permettent de considérer comme deux des prédicantes dont la foi de Brousson s'émerveillait '.

Dumasse, de son vrai nom Marie Laune, veuve de Pierre Dumas, du Gros, paroisse de Soudorgues, était fugitive depuis les Conversions'. Depuis sept ans, par conséquent, elle errait dans les Gévennes. D'autres femmes étaient, comme elle, fugitives pour n'avoir pas voulu répondre à des décrets de prise de corps. Il est naturel qu'elles se soient rapprochées des prédicants. Assujetties à la même vie anormale, elles en sont venues quelquefois à s'agréger aux troupes qu'ils formaient. Une femme Gaumel était demeurée huit jours dans la baume de Garnoulès avec Vivent. Nous avons vu Dumasse. en août et en septembre 1692, avec Dauphiné et La Verdure. Elle a même, comme eux, son surnom, on l'appelle La Veuve \ Elle est devenue, comme eux encore, capable de parler et d'exhorter. Daudé la considère comme « fugitive et prédicante ». Pendant les quinze jours qu'elle est demeurée malade, à Anduze, cachée dans la maison de la femme Bourelly, « elle lui a fait souvent la prière, et à plusieurs voisines ». Ses compagnons ont d'ailleurs tant d'affec-

1. Nous avons pas retrouvé le dossier de ces deux prisonnières.

-2. Elle ligure au placiu-d de La Trousse avec son fils ou son beau-fi'ère : Marie Laune veuve de P. Dumas, du mas del Crou. Jean Dumas, dumasdel Cros. Bull. LV, pp. 141, 14-2.

3. Le fils Puech la vit le "2i septembre à Pascalou. Elle disait être « du côté du Vigan». (C. i'± Dossier de lass. de la Cam).

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tion pour elle, que la femme Bourguet, quand elle l'a sue enfermée dans la ville, n'a plus compté recevoir ses hôtes ordinaires ; « elle a dit en manière de plainte que ladite Dumasse était cause que les prédicants ne venaient plus chez elle »'.

La jeune Isabeau, « sans père ni mère, qui est des Plantiers », également fugitive, et suivante des prédicants, est venue aussi chez la femme Bourelly et y a été saisie. Elle nous arrêtera davantage. Nous n'avons plus, malheureusement, les pièces de son dossier, Mais Brousson, qui l'a connue, nous permet de l'identifier avec Isabeau Redourtière [fille de Redourtier] (20 ans en 1G89), née à Milherines, au pied de la Montagne du Liron".

Le Liron avait été souvent parcouru par Vivent au début de son activité, et il semble que ce soit délibérément que la jeune lîUe se soit jetée dans les bois. Le 27 mai 1688, sa sœur Marie et elle se faisaient « émanciper » par leur père, afin sans doute qu'une condamnation éventuelle prononcée contre elles ne pût porter atteinte aux biens de la maison ^. Isabeau est certainement « la fille » comprise au nombre des onze ministres ou proposants que Méjanel avait comptés dans l'assemblée convoquée en août 1689 près de Lasalle par Vivent et Dubruc. Suivie souvent « d'une autre demoiselle plus âgée », dit Brousson (c'était peut-être Dumasse) elle parcourut les Cévennes, présidant de petites réunions religieuses, mal vue par Roman qui, en décembre 1689, au Gastanier, la blâme publiquement de prêcher, s'imposant au contraire à Avivent et surtout à Brousson, « par sa modestie, son humilité, sa simplicité et sa piété ».

Une autre jeune fille, Pintarde [fille de Pintard], native de Gros, dont nous ne savons rien de plus que ce que Brousson a rapporté d'elle, s'était consacrée à la même œuvre dès avant 1689. Elle n'avait, dit-il, que seize à dix-sept ans (en 1689 sans doute). Il l'entendit avec stupéfaction, une nuit qu'il s'approchait d'une assemblée tenue vers Saint-Hippolyte, réciter convenablement un sermon de controverse qu'elle avait appris par cœur. Une pratique assidue de la Bible, en particulier des

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