LA TYPOLOGIE DE BROUSSON
explication des types et des figures de V Ancien Testament, que des restaurateurs convaincus et abondants de la « typologie », n'osèrent réimprimer à Genève, en 1825, qu'après en avoir retranché des symboles « qui leur semblaient trop forcés ». Quant à l'interprétation spéciale qui permettait à Brousson de découvrir l'Eglise romaine dans Babylone ou dans la Bcte apocalyptique, il la devait non pas même à Jurieu, mais à celui que ce dernier n'avait fait que ressusciter, à Pierre Du Moulin.
Il ne faut point chercher non plus la nouveauté des sermons de Brousson, dans leur forme. Ils sont régulièrement construits à la façon d'alors. Ecrits en un langage simple, sans métaphores et sans ornements, le style en est lâche, et les répétitions y sont nombreuses. Ses admirateurs de Hollande y relevaient « une certaine naïveté, qui souvent fait plus d'effet et d'impression que les figures les plus magnifiques ». Mais leur seule grandeur tient avant tout, comme nous l'avons dit plus haut, à la foi rayonnante de l'homme qui les a composés et prêches.
Devant les manuscrits de Montpellier, dont quelques-uns sont les minutes originales du prédicant, couvertes de ratures et de renvois, la critique n'a qu'à se taire. Ces sermons ont été écrits, corrigés, sur la petite planche que Brousson portait avec lui dans les bois et les cavernes. Ils ont été prêches « dans le désert », la nuit, à la lueur de quelques lanternes, dans une grange, un fond de ravin, une clairière écartée, devant des auditeurs que pouvaient surprendre les soldats du roi. Le ministre les a récités avec la même sérénité d'esprit qu'il avait mise à les composer, sans autre crainte que celle de trouver insensibles à sa voix, des âmes qu'il voulait ramener à leur Dieu. Ce furent là les vrais armes d'un pasteur qui, même quand il appelait Schomberg au secours des Cévenols, savait que la victoire dépendait avant tout de l'Epée de l'esprit.
Il usait en effet, on l'a vu, de ses prédications comme d'un constant moyen de propagande.
Il les donnait à ses compagnons d'œuvre. Colognac, Gompan, Carrière, Papus, Pourtal en récitaient ou en lisaient des copies. Il les expédiait par la poste, hors de la province, aux adresses qu'il jugeait favorables; les faisait transporter par liasses'; les
1. Pendant que Colognac était en prison à Montpellier, le boulang-er Armantlès reçut un paquet de ce g-enre que lui fit remettre Pourtal, C. 173. Les sermons saisis manquent au dossier. Le carton C. 181 contient une liasse de copies diverses qui sont de la main de Pourtal, en particulier le sermon sur la Colombe mystique [Cant. II, 4, le 1" de la Manne mystique], la Lettre de consolation et (finstruc-
remettait à la fin de ses assemblées, à des auditeurs bieu disposés, en les suppliant parfois de les recopier et des les répandre à leur tour'.
Nous ne parlerons point ici à nouveau des Lettres diverses qu'il composait pareillement « dans les déserts», et qui sont aussi des prédications, aussi sévères à leur manière, aussi pressantes, que ses sermons. Elles n'offrent aucun trait spécial qu'il y ait lieu de signaler. Nous mentionnerons seulement, en finissant, les Prières qu'il écrivait pour ses frères et pour l'Eglise. Celui qui chaque jour célébrait trois fois, seul ou avec ses hôtes, un culte intime, qui paraissait au Révérend Quick qui le vit à Londres ■ « un de ces puritains de l'ancienne Eglise », qui « se serait plutôt privé de sa nourriture quotidienne que de la lecture des Saintes Ecritures », vivait aussi près de Dieu que des hommes. Renouvelant sans cesse sa foi dans la prière, il pensait servir la cause sainte en écrivant ses propres effusions, ses supplications, ses certitudes. Une de ces Prièi-es, jointe à un sermon sur la Colombe Mj^stiqiie a été publiée déjà^ Nous avons transcrit à notre tour la Requête à Dieu. . . des fidèles persécutés et massacrés en France pour le service de Dieu, qu'il composa au milieu de mai 1G92*. Ces longues pages, où le croyant, meurtri, s'humilie devant la Justice de Dieu, et crie à sa Miséricorde, adore sans comprendre, et se confie au plus fort de l'épreuve, livreront le secret dernier du courage du pasteur et des succès du missionnaire.
Lors du tricentenaire de la révocation de l'Edit de Nantes, le professeur A. Viguié montrait dans les plus grands héros du Désert, l'incarnation de quelques-uns des principes du protestantisme. Il fut particulièrement bien inspiré quand il peignit
tion... datée du 20 juillet 1693, la Lettre aux Réformés de France... de 1684, et aussi quelques prières, celle en particulier qui a été publiée Bull. XXXIV, 437. Nous ne savons d'où proviennent ces pièces. Elles ne sont point paraphées. L'affirmation de F. Tcissicr (Bail, ibid.), que le tout aurait été saisi en 1701 dans le Vivarais, est gratuite. Aucun des dossiers du carton, dont quelques-uns en effet se rapportent au "S'ivarais, ne l'ail mention de ces copies.
1. Le sermon manuscrit (autographe ?) retrouvé à Nîmes (Bull. XIV, 29) sur la Sainteté des Elus, porte au bas : » Ceux entre les mains de qui ce sermon tombera sont conjurés par le Dieu vivant de le communiquer à leurs frères, afin que chacun de nous, se détournant de son mauvais train, nous apaisions la colère de Dieu qui depuis longtemps est embrasée contre nous ».