GAVANON ET LA ROUVIÈRE
tières de Suisse*. Nous verrons que Gouderc pendant sa captivité d'Aigues-Mortes, forma pour les Gévennes un prédicant inespéré,
Gavanon et La Rouvière, les deux compagnons de Vivent, avaient, on s'en souvient, quitté leur maître avant l'investissement de la baume de Garnoulcs. Ils furent interrompus dans leur travail d'aménagement de la grotte supérieure de Panso par le premier coup de feu tiré au fond du ravin. Laissant vivres et outils, ils se glissèrent en hâte « tout le long de la hauteur de la montagne », d'où ils voyaient en dessous d'eux les soldats amassés. Une marche éperdue les mena jusqu'à Monoblet, sous les chênes verts du mas de Pascalou, où la famille Combes, depuis six ans, faisait métier de recevoir les fugitifs. « Le mère fit d'abord monter à cheval un de ses garçons pour aller à Anduze savoir ce qui se passerait. Mais il n'y fut pas plus tôt arrivé qu'il apprit par des personnes bien intentionnées... la triste nouvelle de la mort de M. Vivens». La Rouvière et Gavanon informés à leur tour, allèrent avertir Brousson, retiré alors dans la cerclière du mas des Gombes (vers Lasalle). Tandis que les deux jeunes gens demeuraient dans le quartier, Brousson descendit immédiatement au pays bas, à Galvisson et Nimes. G'est de là qu'il envoya quelques semaines plus tard son fidèle Henri à Rieumal et au mas des Gombes (début d'avril) pour savoir les conséquences des poursuites engagées, et porter ses consolations au fils Puech dont le père avait été condamné aux galères"".
Vers le mois de mai, les diverses troupes des prédicants reprirent leur activité comme par le passé. Ni la mort de Vivent et de Masbernard, ni l'arrestation de Gouderc, ne les réduisirent au silence. La Jeunesse qui s'était trouvé en février à la Bécède de Bonpérier (Saint-Marcel de Fonfoulhouse) alla à Nîmes. Dauphiné descendit vers Sommières et Montpellier. Gay et Gompan, se séparant, l'un de La Jeunesse, l'autre de Lapierre, s'associèrent pour parcourir seuls les Basses-Gévennes '.
1. Pap. Court, 17, B, 189. Brousson place à tort larreslation de Gouderc avant la mort de Vivent (Rel. des Mevv., p. 31). Salomon Gouderc était de Vieljouves. Un troisième frère, Jacques, devint Camisard sous le nom de Lafleur, ou Lafleurette. Nous ne savons si Pierre Barrafort et Gharles Saunier, arrêtés avec le prédicant furent condamnés.
2. Relations de Gavanon {Pap. Court, 17, B, et 17, R,). Interrog. de Puech fils, du mas de Claveirolles (Lasalle). G. 172.
3. En mars, Gay apparaît seul à Claveirolles, où il vient «contribuer au déplaisir» du êls Puech.
14 LES PRKDICANTS PROTESTANTS
Les trois frères Plan étaient restés autour de l'Aigoual. Ils furent surpris le l*"" juin, après une assemblée, près du hameau de FigueyroUes, au-dessus de la rive gauche de l'Hérault, à trois kilomètres en aval de A^alleraugue. Jean Avid, lieutenant de la compagnie de milices de Valleraugue, rencontré au Mazel par le consul du lieu et averti par lui du culte, réunit seize soldats de la paroisse de La Rouvière, les joignit à ceux qui lui vinrent de Valleraugue même, et à dix heures du soir investit la jasse qui lui avait été signalée comme la retraite des suspects'. Deux hommes d'abord s'en échappent ^ Paul Plan paraît à la porte de la bergerie et crie : « Qui va là ? t> — « Ami ! y^ répond le lieutenant. Le prédicant répond par un coup de fusil et s'enfuit à son tour. L'ofllicier et le tambour La Violette ripostent, et se lancent après lui. Plan, que les coups de feu ont manqué, se retourne vers le tambour : « Attends ! attends ! dit-il, il ne faut mourir qu'une fois ! » Mais c'est en vain qu'il décharge son pistolet. La Violette l'abat d'une nouvelle balle. Il se relève, retombe, et les soldats le saisissent.
La jasse est cernée. On menace les assiégés d'y mettre le feu s'ils ne se rendent. Mais elle ne renferme plus qu'Etienne Plan, qui demande quartier. Les soldats trouvent dans la bergerie des vivres, un pistolet chargé et un canon de fusil, une lampe, un manteau qui fermait une petite fenêtre regardant vers le chemin royal de Bonpérier, enlin une Bible, un Psautier, et quelques feuillets d'écriture.
Le lendemain, à Valleraugue, Daudé, venu du Vigan, demandait à Valdeyron et au cadet Ducros (amenés du fort de Saint- Hippolyte) et à Gervais, ancien valet de Bagars, de répéter ce qu'ils savaient du meurtre du consul de Lasalle. Valdeyron chargea sans scrupule ses anciens compagnons'. Paul Plan avait su le projet, Etienne avait été de l'entreprise ; il avait
1. C. 17-2. Dossier Etienne et Paul Plan. Cétait la jasse de Jcanjean, de Figueyrolles. Gauberl (Pap. Court, 17, B. 474 bis), prétend que les prédicants furent livrés par Jean Tourneille (?) de Taleyrac. « Une femme de Valleraugue, Sanguinédesse [fém. de Sanguinède], contribua à les vendre. Le mari étant au lit, entendit ce qu'on [elle] disait».