Interr. de Guion. G
80 LES l'RÉOICAXTS PIIOTESTANTS
vait plus à propos d'aller de famille en famille pour instruire le peuple». Brousson alléguait vainement au contraire les ordres de l'Ecriture, la grandeur de la moisson et le petit nombre des ouvriers, montrait un grand peuple qui périssait faute de pasteurs. Il valait mieux, pour lui « que ce pauvre peuple s'exposât à quehjue souffrance en ce monde pour être éternellement bienheureux dans le Ciel, que de conserver le repos et les avantages de la terre, et d'être éternellement malheureux dans l'enfer»'. A ces arguments Guion opposa sans doute le danger auquel les assemblées publiques exposaient les pasteurs, car Brousson jugea bon de lui dire « que jusqu'à cette heure la Providence l'avait conservé, quoiqu'il eût fait plusieurs assemblées », et de lui parler « de la quantité de gens qui lui étaient affîdés : il lui offrit, en cas (\n"\\ voulut faire comme lui, de lui donner un gar(;on qui le mènerait partout où il avait accoutumé d'avoir retraite ». Guion [refusa net, et Brousson, là dessus, rompit f entretien. Guion dit même «qu'il croit que le refus qu'il lui lit. lui donna méfiance de lui ».
Il est cependant probable que le prédicant parla du ministre sans défaveur, car Guion quelques jours plus tard avait trouvé asile dans la ville, chez le protestant Rousset, mangonnier [épicier], vis-à-vis la porte de la Cathédrale. Le 6 aoi'it, un soldat, passant sur la place, fut accosté par une femme qui lui désigna la maison. Klle y avait vu, dans une chambre. «un homme qu'elle croyait être Brousson, parce qu'il se cachait». Le major Darthaut, prévenu, vint se saisir du ministre. La femme de Rousset fut arrêtée avec lui. en même temps que le marchand de soie Ducamp, coupable d'avoir facilité la correspondance de Guion avec sa femme, le marchand P. Devillas (originaire de Saint-Hippolyte du Fort) qui avait introduit le pasteur chez son voisin Rousset, et la fennne d'un facturier de laine, «qui avait suivi partout Guion, pendant son séjour ».
Nous venons de rappeler comment le pasteur se défendit devant Bàville, et de transcrire le récit qu'il fit de sa conférence avec Brousson, dont l'intendant n'avait rien soupçonné". Deux jours après son premier interrogatoire, le 13 août, Guion fouinit encore des réponses enveloppées, où nous retrouvons les idées diverses des pasteurs du refuge, et grâce auxquelles il
!. Jîelat. des Merveilles, p. 51 (L. Nègre, p. 73. Douen, II, iii).
2. Vn arrêt du Conseil du C février 1693 avait conféré à Bàville le droit de juger lui-même dans sa province les ministres rentrés dans le royaume. C. 160.