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lîROUSSON REVENU DANS LE CANTON OE BERNE 'KJ
Le 17 décembre 1G93, il arrivait à Lausanne, (peut-être avec Henri Pourtal). La Rouvière (Papus) y parvenait aussi vers la même époque. Sans doute ils avaient fait le voyage ensemble'.
Plus de quatre ans s'étaient écoulés, depuis le jour où Brousson , Vivent, Pourtal, La Rouvière et leurs amis avaient quitté la Suisse pour venir en France préparer les voies à la restauration divine du protestantisme. Quand il pensait à la mort de tant de ses compagnons, et à ses propres tribulations, Brousson fléchissait le genou. « Les merveilles que Dieu a faites en ma faveur sont si grandes et en si grand nombre que je ne saurais les exprimer. Elles font le sujet de l'étonnement de nos ennemis et l'admiration de tous les fidèles. Dieu a voulu faire voir, en me conservant si longtemps au milieu des ilammes, et en m'en délivrant heureusement, ce qu'il sait faire en faveur de ceux qui le craignent et qui mettent en lui leur confiance. Je bénirai sans cesse son saint nom pour tous les bienfaits dont il lui a plu de me combler » '.
Brousson trouva sa récompense dans l'intérêt qu'il éveilla dès son arrivée. Le pasteur Antoine Clarion, ancien ministre de Graissessac, fixé à Lausanne avec sa femme, et qui connaissait particulièrement la femme du prédicant, était déjà « un intime ami et unique confident des voyages » du mari '. Brousson compta bientôt d'autres admirateurs parmi la foule des réfugiés. Mais l'élan ne fut pas unanime, et il s'en aperçut.
1. Dans une lettre que Papus écrivit eu iM-iiice. el dont il garda la niiiuile sur lui (C. m. Dossier Papus), se trouve une « route » (un itinéraire), qui nous apprend les étapes de son voyage : Orange, Valence, SaintMarcellin. Voiron, Saint-Etienne, les Echelles, Chambéry, Marlio/. le Mont de Sion. — La surveillance s (tait relâchée aux frontières. Cabrol, dont nous avons si souvent prononcé le nom, et qui banni de Genève était retourné » en Suisse o, passa en France en 1(394. « Considérant, dit-il, (jne plusieurs réfugiés allaient et revenaient de Genève à Lyon sans aucun em])ècheraenl, au mois de juillet il se hasarda dy aller pour tâcher dy tirer [par les banquiers] de quoi subsister en Suisse. Mais il était « noté » par la Cour de France. Le prévôt Tarrèla... « Heureusement, dit-il, « comme son arrêt de mort allait de Paris à Lyon, Dieu le délivra de sa prison par le moyeu de plusieurs draps de lit >.. Cabrol était en Hollande le 2 février 1G95, et demandait une i)ension aux Etats-Généraux, en rai)pelanl qu^il avait été aux ordres de MM. de Convenant et Fabrice, et qu"il avait perdu toute sa fortune en secondant des projets approuvés par le prince d'Orange. (Bail. XXXVH, 470).
-2. L. Nègre, p. 77 ; Douen, H, ±2>i. Lettre écrite de Lausanne à son cousin Abrenéthée, pasteur à Orbe, du -25 fév. 1694 (Pap. Court, 17, E.). Brousson venait de faire un séjour de cinq semaines à Berne.
3. Voir Bull. XXXVI, :2.i8. Clarion avait eu son jjasseport le 2 nov. 1C85 : « Antoine Clarion, ci devant ministre de Gresses (sic), M" de Vize fDevèzeJ son épouse, Antoine et Scipion,ses fils, âgés de quatre ans et demi et vingt-deux mois. Va en Suisse sortant par Genève et passant par Lyon ».
1)4 Li;s l'HKDICAXTS IMIO TESTANTS
II ne se considérait plus comme avocat, mais uniquement comme un fidèle ministre de Jésus-Christ, et son premier souci tut de faire authentiquer sa «vocation» par des corps réguliers. Il avait été, disait-il, appelé au ministère évangélique d'une manière extraordinaire, par une assemblée de fidèles du Languedoc, et consacré là par la prière de Vivent, ministre, autorisé par les pasteurs de la Hollande. Il avait rempli depuis lors toutes les fonctions d'un pasteur. Il ne demandait que la confirmation d'un fait — et offrait seulement, de surabondance , de se soumettre à un examen qui ferait reconnaître sa capacité. Il s'adressa à Berne. Les autorités accueillirent sa requête et recommandèrent à l'Académie de Lausanne de lui donner l'iniposition des mains. L'Académie de Lausanne en référa à la Vénérable Compagnie de Genève, dont l'avis fut également favorable. Berne et Genève enfin emportèrent l'assentiment de la majorité des ministres de Lausanne, entre lesquels la discussion fut vive. Brousson eut avec ses collègues de la ville un entretien théologique ; il prêcha devant eux, et reçut deux enfin l'imposition des mains, non point à titre de consécration, mais à titre de confirmation, connue le portait sans doute l'acte authentique qui lui fut alors remis, et que nous n'avons plus (21) janvier- 21) mars KJDi. Cette dernière date marquant sans doute le jour de la dernière cérémonie) '. A ne considérer que les circonstances extérieures, Brousson fut traité, quoi qu'il en dise, comme un pi'oposant ordinaire. Mais l'essentiel était, pour lui. que toute son activité pastorale de France ne fût pas désavouée par les autorités constituées de l'Eglise ■. Consacré publiquement à Lausanne, il était désormais pasteur reconnu, et la décision théologique prise à son égard, lui permettait en même temps de déclarer, sans contestation possible, qu'il l'avait été déjà dans le Bas-Languedoc.
L'examen qu'il eut à soutenir touchant sa doctrine, fut sévère. Il avait dû imprimer, pour garantir son impeccable orthodoxie, la Confession de foi raisonnée envoyée par lui en Cour, dès
I. Sur cos évéïicinonls voir Doiicn, II, iiS et siirloiU VIO (419). qvii donne le témoignage de Brousson. Voir aux P. J. la suite des laits reconstituée daprcs les documents de Lausanne et Genève. La date du •!'* mars, donnée par Douen comme celle de l'imposition des mains, doit être reportée au 21).
'2. Le i'I août 171.S, les pasteurs de Zurich objecteront au prédicant P. Corteiz qui vient leur demander de lui imposer les mains, que «par une consécration nouvelle toute son activité antérieure est frappée de nullité ». Corteiz se contentera de répondre «qu'il n'y a pas de danger». (Jaccard, p. 73).