Dossier Papus. C. 17V. (D. Benoit, op. cit., p
LETTRES DE CLAUIOX A l'APUS 109
ni de ce qu'il y a parmi des hommes si corrompus des véritables enfants de Dieu.
Ainsi, donnez-vous patience, mes chers frères, et vous verrez que Dieu sanctifiera bientôt ce malheureux peuple et bénira tous nos frères, ou qu'il les exterminera bientôt et les fera périr tout à fait par ses terribles jugements, pour délivrer enlin son Eglise et ses chers enfants ; et je vous assure que je ne crois pas que cela tarde encore im fort long temps. Cependant quand vous rencontrerez ainsi des i^^randes diflicultés, ne manquez pas de me le faire savoir et je tâcherai de mon côté de vous aider toujours à les surmonter'.
La ûu de la lettre conlirme les relations amicales et délicates qui avaient uni à Lausanne Papus au pasteur. Papus avait dû sans doute recourir à la chétive bourse de Clarion. 11 cherchait à s'acquitter envers lui ; son ami lui laisse entrevoir ingénument un moyen de subvenir à sa pauvreté.
Je vous suis encore très obligé de la bonté que vous me témoignez dans votre dernière. J'en ai de la confusion et je ne sais de quelle manière je le pourrai reconnaître enfin. Je ne veux pas pourtant que vous vous incommodiez pour moi ni vous ni vos compagnons, quoique je sois toujours comme vous m'avez laissé et que je sois exposé continuellement à de grands frais, soit pour les affaires générales, soit pour mes infirmités continuelles. En particulier ce n'est pas à vous, mes chers amis, à pourvoir à cela, et ce serait plutôt à ceux qui ont de grandes commodités, si la Communion des Saints régnait à présent comme elle faisait autrefois. Mais, à la bonne heure ! il faut prendre patience, à vous et à moi, et je vous assure que je le fais de tout mon cœur et que si j'ai du chagrin, que cela ne vient que de la misère de nos frères et de l'extrême corruption qui se trouve à présent si générale partout, parce que cela me fait craindre infiniment pour eux.
Je voudrais seulement que vous prissiez la peine de vous informer de quelque Lydie marchande de pourpre-, s'il n'y avait pas moyen de me faire venir un habit de drap musc par leur [sic] moyen, parce que je m'imagine qu'il pourrait être meilleur et à meilleur marché, et qu'en l'état où je me trouve j'aurais besoin d'un bon habit, aussi bien que d'un bon manteau, car le mien ne vaut plus rien pour me garantir ni de la pluie ni du froid, et vous me feriez bien plaisir de vous en informer et de m'en donner avis au plus tôt, afin de prendre là-des
1. Clarion demande ensuite à Papus s'il a reçu la lettre de son père qu'il lui a envoyée à Nîmes « il y a quinze jours ou trois semaines )i, et dont il a gardé copie ; «et cependant, dit-il, je m'en vais y répondre comme vous me le marquez par votre lettre ».
-2. Actes XVI, 11.
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SUS mes mesures. . . Je vous recommande à la grâce de Dieu, mais je vous prie de vous conserver mieux que vous ne faites et de ne courir pas tant, et de me croire toujours votre très humble et très obéissant serviteur et bon ami. ^
Au nombre des réfugiés dont les salutations terminent sa lettre, Clarion nommait « maître Jean (?) » et « le Cadet »'. Le Cadet, dit-il, m'a lait voir une lettre de Julien % qui [lequel] lui fait espérer d'être [qu'il sera] bientôt ici. Je le souhaite, et qu'il m'apporte de bonnes nouvelles de votre part ».
Nous n'avons plus malheureusement la lettre collective que Clai'ion composa sur la question des mariages, et qu'il envoya à Nîmes à l'adresse de M. Pastre. Il en était content. « Elle dit assez les choses comme elles sont », écrivait-il quelques jours plus tard à Papus, en l'informant qu'il avait fait davantage. f( J'écris aujourd'hui au (sic) même fait à M. de V. . . que vous qualifiez dans celle que vous écrivez à notre frère [BroussonJ de Colonne de l'Eglise, et que vous taxez d'approuver ces sortes d'excès ». Papus n'ayant pas répondu à l'envoi. Clarion redoubla d'eiforts pour l'atteindre. Il prit la peine de recopier pour lui l'exhortation qu'il venait d'écrire à M. de Y... et la lui envoya, sous forme de lettre, par une nouvelle adresse. On verra ailleurs un des fragments théologiques qui nous en restent '. La lettre, après avoir traité du sujet essentiel, à savoir des cérémonies catholiques, s'achevait par une invitation pressante à ne point délaisser les Saintes Assemblées. Par là elle se rattachait à un autre ordre de préoccupations auxquelles Clarion avait déjà jugé bon de répondre dans une lettre un peu antérieure, de la manière la plus passionnée à la fois — et la plus curieuse.
1. Nous ne savons d'où vient ce pseudonyme. Dans un post-scriptiim. le pasteur demande à Papus s'il a reçu ses lettres précédentes, et surtout la lettre imprimée de Brousson. Il s'informe aussi d'une lettre qu'il a adressée à Henri. «Je lui écrivis presque d'abord qu'il m'eût écrit. Je vous prie de le saluer, et de l'assurer de mon amitié aussi bien que tous mes très chers et très honorés frères vos compagnons et tous nos autres bons amis. Nos demoiselles vous saluent... et particulièrement ma femme qui vous embrasse aussi de tout son cœur... Xe vous lassez pas de me donner de vos nouvelles, et de vos amis. »
2. En 1693 « Le Cadet, de Saint-Hippolyle », désigne un compagnon de Dauphiné. (C. 173. Uépos. Auziard, 5 oct., dans le Dossier P. Colognac). Est-il sorti de France avec Brousson ?
3 Sans doute le prédicant dit La Rose.
4. La première page de la lettre a été arrachée. La lettre est signée d'un nouveau pseudonyme de Clarion : Devèze (nom de sa femme). Elle fut envoyée « A Monsieur L. [le nom a été ctfacé par La RouviéreJ, marchand facturier à ?sîmes ».
CLAUIOX Dia'EM) LA VOCAÏIOX DES l'RKDrCAXTS 111
A peine en effet sa lettre du 23 septembre et son épîlre étaientelles parties de Lausanne, que la nouvelle s'y répandait de la démoralisation des réformés de Nîmes, affolés par les récentes arrestations de Lang-lade. Clarion nliésita pas. Le zèle lui fit reprendre la plume pour rappeler à leurdevoirces fidèlestimorés.
A Lausanne, le 26 septembre 1G94.
Messieurs mes très honorés frères, Quoi qu'il n'y ait que deux jours que je me suis donné l'honueur de vous écrire pour dire mon sentiment à ceux d'entre vous qui se relâchent aujourd'hui de la vérité qui est en Jésus, et leur faire voir par la Parole de Dieu que les mariages qu'ils contractent à présent entre eux ou avec des personnes de contraire religion ne sauraient être agréables à Dieu. . . parce qu'ils ne peuvent être ])énis aujourd'hui que par les ministres de l'Antéchrist. . ., néanmoins comme je viens d'apprendre que la plupart se refroidissent encore à l'égard des Saintes Assemblées, sous prétexte que l'on ht quantité de prisonniers il y a quelque temps et qu'ils n'ont pu être relâchés que moyennant chacun une rançon, et qu'il y a un grand nombre de profanes et de mondains qui ne regardent tout cela qu(^ connue des malheurs et non pas comme des é[)reuves de votre foi, où Dieu vous veut examiner pour voir si (jnelque chose sera capable de vous faire relâcher de votre devoir, — j'ai cru, Messieurs mes très chers fi-ères, >que je ne devais pas plaindre ma peine pour vous exhorter et vous inciter aussi puissannnent que je n'en suis (sic) capable, à ne délaisser point vos mutuelles assemblées quoi qu'il vous puisse arriver, et à ne pas laire comme certains profanes qui se rebutent d'abord, et qui ne se contentent pas de les délaisser, mais qui font tout ce qu'ils peuvent pour obliger les autres à en faire de même, ou bien ils les vont déclarer aux Puissances, pour les animer contre les lîdèles et les obliger à les maltraiter pour les dissiper entièrement par ce moyenlà s'il était possible. Mais je vous dirai. . . que h'utn loin d'imiter ces malheureux exemples, vous devez au contraire les fréquenter plus que jamais. . .
Clarion allègue alors « l'exemple de Saint Paul qui faisait la même exhortation aux Hébreux » (Hebr. X), et aussi (en des termes qui se ressentent des polémiques qu'il avait dû soutenir en Suisse contre les amis de Guion), les paroles des apôtres (Actes XIV), qui « au lieu de détourner les fidèles dune si sainte et louable pratique, les encouragent à continuer » malgré la persécution. Il prend alors, avec la même verdeur que Brousson, la défense des prédicauts eux-mêmes.
Et nous vous disons aussi la même chose [que les apôtres |, parce que vous n'avez point de meilleur moyen que celui-là pour témoi-
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gner que vons voulez rclenir le sacré dépôt que Ton vous veut ravir, et que vous voulez l'aire toujours profession de votre religion. Moquez-vous de ce que vos ennemis ont de coutume de dire, au moins à ce que l'on nous écrit, (jue ceux qui prêchent dans vos assemblées ne sont pas de vrais ministres, car je n'en connais point qui aient une vocation ni plus céleste ni plus divine, ni plus légitime I»ar conséquent, dans un cas de nécessité comme est celui où vous vous trouvez à présent.
Et pour vous dire ceci en passant, je puis vous assurer (juc je no connais guère de personnes qui soient plus propres à ce saint emploi que ceux qui s'y emploient maintenant parmi vous, et que Dieu a revêtus d'un si grand zèle et d'un si grand courage. Et à vous dire la vérité, je vous assure (jue je leur porte bien de l'envie, et que je m'estime inliniment au-dessous d'eux, parce que je vois que Dieu lenr fait infiniment plus d'honneur qu'à moi, et qu'à tous les autres ministres, parce qu'il ne nous emploie pas comme eux aux plus hauts emplois, et qu'il ne nous appelle pas là où il y a plus de péril parce qu'il y a plus d'honneur, et qu'il connaît sans doute notre faiblesse et notre lâcheté !
Aussi, bien loin que ces personnes qui s'emploient aujourd'hui parmi vous au Saint Ministère vous doivent faire mépriser ces Saintes Assemblées, que (fiir) j'estime ([u'elles vous les doivent faire estimer davantage, et vous obliger à vous y trouver avec beaucoup plus d'empressement que si c'étaient des ministres ordinaires, parce qu'en effet c'est une chose tout à fait extraordinaire que de pauvres gens connue çà aient entrepris une œuvre si diiricile. Et il n'y a rien (jui fasse mieux sentir la grâce que Dieu a mise en eux, que leur propre incapacité, et je soutiens que jamais l'esprit de Dieu ne s'est peut-être mieux donné à connaître depuis les Apôtres, qu'il le fait à pi'ésent par les diverses exhortations que je sais que ces bienheureux serviteurs de Dieu sont capables de vous adresser ; et au commencement, l'Eglise primitive n'en a eu guère d'autres qui aient enseigné publiquement les lidèles, comme nous ne voyons dans la 1 aux Corinth. i'i, où l'apôtre permet à tous les fidèles de prophétiser, c'est-à-dire d'enseigner publiquement dans l'Eglise, comme le font ceux dont il s'agit à présent.
Ainsi donc, mes très chers frères, qu'il n'y ait rien qui soit capable de vous rebuter, ni de vous obliger à délaisser vos mutuelles assemblées.
L'exhortation écrite, comme on en peut juger, au courant de la plume, se poursuit encore, sans autre nouvel argument que celui de l'approche « du jour de la vengeance.de Dieu ». « Malheur à ceux que Dieu ne trouvera pas ainsi faisant, mais qui se seront relâchés de la sorte de ce devoir... Je voudrais bien pouvoir m'étendre davantage sur le sujet, pourtant il me sem-
TAl'US UEÇOIT LA LKTTRE DE SON l'KIlE ll'6
ble que j'en ai dit assez à ceux qui ont encore quelque reste de crainte de Dieu ». Le pasteur s'excuse enfin de n'avoir pas le temps de se relire, et il signe sa Lettre Pastorale de son vrai nom : « Clarion M.[inistre] ».
Le silence que La Rouvière gardait vis-à-vis de son auii de Lausanne s'expliquait naturellement. Après un court séjour à Nîmes, il avait repris son ministère itinérant. Au début d'octobre, il était à Montpellier, d'où il donna de ses nouvelles à une demoiselle de Nîmes, qui lui répondit aussitôt : « Le bon Dieu, qui ne manque jamais de moyens pour conserver les personnes qui se remettent entre ses mains, a bien voulu nous accorder la grâce que nous lui demandons dans toutes nos prières, qui est votre conservation et celle do vos autres frères ». La Rouvière, les semaines précédentes, avait trouvé « de l'occupation autant qu'il en pouvait souhaiter», tc Je voudrais de toute mon àme, lui écrivait son amie, que vous en eussiez autant dans notre pays, mais selon toutes les apparences, cela ne sera pas, le commerce est tout à fait ralenti, de sorte que nous sommes dans un pitoyable état, si ce bon Dieu (n')a bientôt pitié de nous »*, Malgré le refroidissement du zèle, Henri venait cependant de se montrer à Nîmes. Papus alla l'y retrouver. De cette dernière ville, par un billet dont il avait soigneusement moulé les phrases, et dont il garda la minute ", il remercia, le !2G octobre, une amie, M"« Baillette (Baillet), de tous les bienfaits qu'il avait reçus d'elle à Montpellier, la priant de saluer les fidèles qu'il venait d'y visitera
A cette date furent remis à La Rouvière, en une fois, tous les envois de Clarion. Dans le nombre se trouvait, nous l'avons vu, la lettre de son père, arrivée à Lausanne après son départ, et où le vieillard lassé suppliait le fds enfin retrouvé, de venir à Copenhague consoler de leurs longues épreuves des parents qu'il avait quittés à Bordeaux neuf ans auparavant.
L'ancien suivant de Vivent, l'ami du pasteur Mathurin, malgré les prières paternelles, mit son devoir du côté où l'avaient
1. Dossier Papus. Lotlre non datée signée : Le L... « A Monsieur Olivier, à Montpellier».
"2. Papus portait dans ses papiers toute une page de foruiules épistolaires, copiées peut-être dans quelque « Parlait Secrétaire » du temps.
3. Dossier Papus. « ...Mademoiselle Villar [cousine de Baillette] et sa sceur, MM. Paravissol et Vivian, comme aussi toutes ces demoiselles que vous savez, sans m'expliquer davantage ». Dans la lettre que Baillette lui écrivit le i! novembre (voir plus loin), sont nommées ^lesdemoiselles de (ioadar(s) et Salient, la veuve de J. Séguin, M. Dansagre et sa mère.
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placé ces deux vaillants. Sa tâche en France devenait chaque jour plus rude. Il ne se crut pas autorisé à y renoncer. La répon. se qu'il écrivit en Danemarck, et qui dévoilerait toute l'ànie d'un prédicant dont nous sommes trop souvent réduit à noter les simples gestes, est perdue, hélas ! et nous connaissons seulement les réflexions qu'elle inspirait à Clarion dans une nouvelle lettre envoyée à La Rouvière.
Lausanne, le 28 novembre 1694.
. . .J'ai reçu la vôtre du G courant, avec celle que vous écriviez à M. votre cher père, que j'ai déjà remise au courrier pour la lui faire tenir incessamment. .le ne saurais vous exprimer la salislaetion que j'en ai reçue eu mon particulier, et tous ceux à qui je leur ai fait le plaisir de la leur faire voir, car je puis vous assurer que je n'ai rien vu encore de plus touchant ni de mieux comiiosé, et il paraît manifestement que ce n'est pas vous qui parlez, mais que c'est l'esprit de Dieu qui parle proprement par votre bouche et qui a conduit votre cœur et votre plume pour vous faire dire à M. votre père ce que vous aviez à lui répondre, mais de la manière la plus divine et la plus l'orle qui se puisse imaginer, et la plus propre pour le consoler dans une aussi grande épreuve que le doit être celle où je ne doute pas qu'il ne soit, et pour le faire entrer dans tous vos sentiments, étant aussi homnic de bien et aussi craignant Dieu qu'il me l'a paru par celle qu'il vous a écrit lui-même, et que je vous ai fait tenir. Et ainsi je suis persuadé que votre réponse fera son elTet, et que M. votre père ne s'opposera plus à votre dessein, puisqu'il paraît manifestement que c'est la volonté de Dieu. Ainsi, mou cher frère, je bénis Dieu de ce qu'il vous a mis au cœur de si bonnes et de si belles choses, et de ce qu'il lui plait de vous faire un si grand honneur.
Clarion disait plus loin, en termes délicats, sa reconnaissance à Heni'i et à Papus, qui tous deux ensemble et grâce à leurs amis de Nîmes et de Montpellier, venaient de lui envoyer quelque argent.
J'ai été confus quand j'ai vu par la votre ce que vous avez eu la bonté de faire pour moi, vous et votre très cher frère II. (enri), et en vérité cela m'a donné beaucoup de chagrin, parce que je trouve que ce n'est pas à vous autres à faire ce que vous avez fait, et qu'il vaut mieux me laisser comme je suis que de vous incommoder,.., et s'il y avait moyen de vous rétracter, je vous prierais de le faire, parce que je crains que vous n'en soulfriez vous-même... Cela sulUra, mon cher ami, pour l'hajjit et le manteau dont je vous avais parlé, et je vous prie de laisser cela, et de n'en point parler, car peut-être on croirait que l'on les (?) voulût incommoder, et il vaut
LES rilIKUKS DE l'APUS 115
mieux ({uc nous soullVioiis que si nous donnions occasion à personne de mal penser ou de se rebuter.
Une fois encore, le pasteur, en réponse à la pénible desci'iption que Papus lui taisait des protestants du Languedoc, o lirait à son jeune correspondant ses consolations et ses services :
Vous ne devez pas trouver étrange de trouver de si grandes dillieultés à surmonter parmi ceux où vous vous étiez promis de n'en point trouver. Hélas ! mon cher frère, comment se pourrait-il faire ({ue la chose se fît autrement, après ce que ce misérable i)eupie a déjà lait lorsqu'il a renié si lâchement son divin Sauveur? et ne l'aul-il [tus qu'il paraisse manifestement (jue ce n'est pas sans sujet qu(^ Dieu l'a ainsi abandonné ?... Ainsi, mon cher frère, bien loin de vous rebuter, je vous exhorte à vous donner patience, et à faire encore, s'il vous plaît, tout ce que vous pourrez pour tâcher de le ramener, jusqu'à ce qu'il ait plu à Dieu de lui toucher le cœur. . .
...J"ai envoyé une copie de votre excellente lettre à M. B.frousson] à qui j'espère que cela fera bien du plaisir, et je l'ai prié de ne se lasser point d'écrire à tous les particuliers, de la manière que l'état triste et déplorable où je vois que l'on est le peut demander, sans avoir égard aux plaintes ni aux murmures que l'on fait, et j'en ferai très volontiers de même si vous me faites la grâce de m'envoyer une liste de ceux que a^ous jugerez les plus gâtés ; car cela se pourra faire sans qu'il paraisse que cela vienne ni de vous, ni de moi.., et aussi je vous conjure de le faire sans plus tarder. . .
Clarion transmettait enfin à La Rouvière et à Pourtal les salutations de sa femme, et les embrassait de tout cœur, comme aussi les frères Lap[ierre] et La J[eunesse] et le frère Julien, si Papus (c avait l'occasion de les voir »'.
La résolution de La Rouvière était donc bien prise, de continuer son œuvre en France. 11 n'était pas, à proprement parler, un <<; prédieant ». Il ne prêchait pas. Sa mission était autre. «Dieu, ditRrousson, l'avait fait participant de l'esprit de prière )j, et une Relation écrite api*ès sa mort mentionne également n la véhémence et la ferveur de ses prières, qu'il accommodait selon les temps, les lieux et les personnes auxquelles il parlait, en telle sorte quon ne pouvait qu'être consolé en l'entendant, de quelque afUiction que l'on fût accablé ; ...et même plusieurs personnes se firent un plaisir d'avoir de ses prières par écrit » -.
1. Une note éniî^matique priait Papus d'aller cherchei" une lettre imi)ortaiilc <jue Clarion avait envoyée à Julien «à l'adresse du père de Cadet».
2. Bull. X, 270, 271 : «Ses prières étaient si fréquentes qu'un rhume le prenait de temps en temps, qui lui ôtait la parole».
IKi LES l*Rl';l)ICANfS PROTESTANTS
Papus était, comme ses compagnons, nourri de la Bible. Sur de petites bandes de papier de quelques centimètres de longueur et de largeur, il avait noté de nombreux fragments des Ecritures avec l'indication de l'idée qu'ils exprimaient, et il savait ainsi rapidement retrouver dans le texte sacré la parole convenable aux circonstances. Transcrire quelques-uns de ces thèmes de méditation, c'est peindre la mentalité de tous les prédicants, depuis Vivent jusqu'à Brousson'.
— I Samuel, ch. 20, v. 10, la défense est permise.
— Doutero, ch. lo entier, quy nous enseigne la manière en laquelle on doit traiter ceux quy veulent soliciter les éleus à se révolter contre Dieu.
— |I] Rois, ch. 18, v, W, mort des sacrificateurs de Baal.
— Amos, ch. ."), V. 18 ; Jérémie, ch. 30, v. 7 : Sopho, ch. 1, v. 13, où nous sont représentez les terribles jugemens de Dieu quy seront déployez sur les meschans en la grande journée de l'Eternel.
— Esaye, ch. 17, v. l^i ; ch. 10 entier, contenant la délivrance que Dieu envoyera à son peuple.
— I Cor, ch. 15, V. 33 et 34. 2 Cor. ch. 1, v. 4, 5, 6, 7 et 8, touchant les aflliclions et les consolations. Ch. 4, v. 3, 7, et suivants, persécution aux enfans de Dieu ch. 5, v. 1 et k*.
— Lévitique, ch. 2Gtout entier rempli, de promesses et de menasses très remarcables où il y a de grandes rellections à faire pour notre endoctrinement.
— K[)hésiens, ch. 5 entier, où l'apôtre défend de prononcer les paroles de raillerie pour ce qu'elles irritent Dieu.
— I Epitre de Saint-Jean, ch. 2, v. 9, 10. 11 ; ch. 3 de la mcsme, v. 14, 15, 16 et s. ; ch. 4 de la mesme, v. 7, 8, 9 et S. Ephésiens, ch. 2, 3, 4, V. 31 et 32, contenant l'amour et la charité que nous devons avoir les uns envers les autres.
Ces derniers mots, que nous rapprocherons de certaines paroles de Clarion, nous sont un garant que la Relation mentionnée plus haut dit vrai, en rappelant que ce la charité de Papus était si grande... que l'on remarquait que c'était à lui que les frères nécessiteux s'adressaient, parce qu'ils savaient bien qu'il pourvoirait à tous leurs besoins. »
Tant de piété, de zèle et de bonté, valaient à Papus des aftections touchantes. Un galérien protestant, qui ramait sur la Réale en même temps que Séverac, Gay et Compan, tout en remerciant M^"« Marion de Yestieu, de Ninies, de l'envoi dune lettre « qui avait arraché des larmes de ses yeux et des sou-