‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 61 sur 346 · Orlh. originale · texte numérisé non relu

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pirs de son cœur, ce que ses juges avec toutes leurs menaces n'avaient pu faire », la priait de saluer « son cher La Rouvière. Je ne serai jamais content que je n'aie une de ses lettres aussi bien que tous les auti-es »'.

Un soldat de l'armée de Catalogne *', en termes impressifs, écrivit à Papus, pour lui dire l'extrême plaisir qu'il avait eu à recevoir une de ses lettres, et l'engager « à persévérer dans l'emploi où Dieu l'avait appelé ». Mais La Rouvière avait plutôt besoin maintenant d'être ramené à la prudence. Son ami le conjurait de se modérer. « Ne négligez pas les moyens que la Providence vous fournit pour vous retirer en cas de nécessité, car il ne faut pas s'exposer témérairement, ni s'animer d'un zèle indiscret, mais il laut exécuter autant qu'il dépend de nous ce à quoi nous sommes employés, sans que cela choque notre devoir ou l'intérêt de la gloire de Dieu, ou sans que cela nous préjudicie d'une manière qui attirerait plutôt le blâme que l'approbation. »

Sur un point au moins, La Rouvière obéit aux conseils bienveillants du soldat. Celui-ci l'ayant informé que le régiment de Chambonas et de Lanta s'allait mettre en marche pour retourner dans les Cévennes, et y prendre ses quartiers d'hiver, Papus « prit ses mesures là-dessus ». Le bas pays était plus sûr. Ses compagnons profitèrent de l'avis.

Les prédicants, comme nous le verrons en étudiant la discipline de l'Eglise du désert, avaient coutume de tenir des sortes de conférences fraternelles, où ils discutaient les moyens d'accomplir leur tâche, et où les nouveaux ouvriers prenaient contact avec leurs aînés. L'accueil favorable que Papus avait trouvé à Montpellier leur fit concevoir la possibilité de s'assembler dans la cité même de Bà ville. Ils y avaient un aflidé fort précieux, dont nous ne savons que les initiales, A. P., qui non seulement fréquentait les cultes qui s'y tenaient, mais qui poussait le zèle jusqu'à endoctriner, à l'occasion, d'anciens catholiques bien disposés. Il raconte lui-même à un correspondant étranger (Suisse ?) quaprès de nombreuses conversations avec un éco-

1. La lettre avait été remise à La Rouvière par la demoiselle de Vesticu. Elle est au Dossier Papus.

-2. « Campée et cantonnée à Pierrclatte [en DauphinéJ "22 octobre IG'Ji ». Dossier Papus. La lettre est sifjnée G. G. Le soldat vient de faire la campagne et soupire après les quartiers d'hiver. 11 adresse sa lettre « à M. Jonquet, associé de M. Ribes, marchand à Xîmes >', et le prie de la remettre « à M. Olivier. Je prends cette liberté puisque lui-même m'a indiqué cette voie ».

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lier en médecine nommé Grat, originaire Je Montauban, il osa a l'incorporer aux assemblées », et qu'enfin son prosélyte se déclara ouvertement protestant, dans un culte clandestin, par une abjuration en règle, le 2G novembre 1094 '.

L'inconnu reçut avis que les prédicants pensaient à se réunir dans la ville. Il conféra avec deux marchands. Ceux-ci acquiescèrent à la proposition. Ikiville était alors à Narbonne. aux iltats de la province-, ce qui rendait l'entreprise moins insensée. Nous en connaissons les circonstances par une longue relation de l'inconnu, (jue D. Benoit a remise en lumière en insistant sur son importance '.

Le soir du 23 décembre 1694, tous les prédicants des Cévennes et du Bas-Languedoc, à l'exception de Laporte et de Roman, c'est-à-dire Lapierre, La Jeunesse (Gazan), Pierre Plan, Roux (Carrière ?), La Croix (Mounier) et Julien ; quatre de leurs compagnons (dont sans doute Papus [La Rouvière] et Pourtal), notre inconnu, et quatre «. Messieurs» de la ville, eu tout quinze personnes, se trouvèrent assemblés dans une maison secrète, pour y tenir un « Synode » et y discuter des règlements ecclésiastiques. Le ^3 décembre, à 8 heures du soir, aurait eu lieu la première séance, où l'inconnu de Montpellier lut élu « Modérateur ». Dans la journée du lendemain, les lidèles de la ville auraient été avertis des cultes projetés pour la fctc de Noël, et le 2o, depuis l'aube jusqu'à quatre heures de l'après-midi, devant loO auditeurs entrés de nuit dans le logis, trois prédications successives auraient été prononcées par La Jeunesse, Lapierre (qui donna la Cène), et l'inconnu, lequel n'étant point prédicant, lit néanmoins « l'Action de grâces », en s" excusant de sa hardiesse, qu'il croyait commandée parla nécessité. Le lendemain, dimanche, un second service de communion aurait été célébré de la même manière, les trois prédicateurs ayant été cette fois « un jeune homme de Saint-Rome du Tarn, près tie Millau en Rouergue, qui faisait pour lors sa philosophie (François Carrier ?)»% Lapierre, et Roux. Le lundi 27 décembre, enfm, se serait tenue la seconde et dernière séance du S^^node.

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