‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 63 sur 346 · Bull. X · texte numérisé non relu

Bull. X

2. Pap. Court, 17, B, 43i. Cette reliition ne conteste pas la pnrelé des mœurs des lilles Pauque.

3. Le dossier de Papus est à peu près muet sur son arrestation. Les pièces font mention seulement « d'un jrarçon qui habite chez la nommée Canongre [où Papus aurait logé] >),garfon arrêté dans la rue en même temps que Papus, et que le juge crut être d'abord le prédicant qui avait été signalé. Serait-ce Balade? Il ne parait pas qu'il ait été poursuivi. Le nom des filles Pauque ou Paupc, ne paraît pas dans les pièces du dossier.

PROCÈS DE l'AlTS 121

conti'e celui d'Olivier. Mais le nom de Rouvière, ou de La Rouvière, figurait sur un certain nombre de lettres saisies sur lui, qui contenaient également des phrases dangereuses. Loys releva les paroles du jeune Papus, de Copenhague, demandant à Clarion des nouvelles de son frère « qui était avec Vivens dans les Gévennes », celles de Clarion, qui engageait son correspondant c( à prendre garde à lui » ; et il s'autorisa des 28 petits billets couverts de passages de l'Ecriture, pour conclure du tout qu'il avait aft'aire à un prédicant, Papus plusieurs fois nia contre l'évidence, prétendit qu'à l'exception de quelques feuilles, tous les papiers dont il était porteur avaient appartenu à un sien frère, mort depuis deux mois dans le lieu du Puy de Septi, proche de Moncuq [vers Bergerac] ; enfin, par une nouvelle maladresse, il signa ses premiers interrogatoires du nom d'Olivier.

Le môme jour, l'amie de La Rouvière, Suzanne Baillet, était saisie et interrogée'. Je crois, avait-elle écrit à Papus, dans une lettre du 2 novembre, que celui-ci avait trop soigneusement gardée, «je crois que vous me ferez l'honneur de m'écrire à tout le moins une fois par semaine, pour ne me voir pas privée de toute consolation... Je me repasse tous les moments du jour vos aimables conversations, c'est de quoi je fais toute ma joie, et qui me tarde beaucoup d'en pouvoir profiter une seconde fois ». Le post-scriptiim où « elle assurait Monsieur Henry de tous ses respects » était plus compromettant encore. Le juge devina dans cet Henri — et avec raison — l'ancien valet de Brousson. La jeune fille, d'ailleurs, n'en voulut pas convenir, soutint qu'Olivier était un écolier en médecine, et se contenta de fournir quelques détails insignifiants sur les habitants de Montpellier que nommait sa lettre ou celles de Papus. L'instruction fut alors suspendue quelques semaines, pendant lesquelles Bà ville décréta de prise de corps tous les correspondants saisissables du prisonnier.

Dès que les réformés de la ville furent informés que les preuves décisives manquaient aux juges contre le jeune prédicant, ils essayèrent de « solliciter pour lui ». Ce fut inutilement. Bà ville étudia les papiers saisis, fit venir les hommes dont il avait besoin, et le o mars, dès la première question qui lui fut posée, Papus put comprendre qu'il était découvert, L'in-

1. De Clei'raont Lodève, âgée de 2i ans, ayant fait abjuration à Notre-Uame de Montpellier, nonobstant laquelle elle fait profession de la R. P. R.

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tendant était certain d'avoir devant lui La Rouvière, revenu de Hollande avec Vivent, complice de l'assassinat de Bagars. Le malheureux prédicant, comme Paul Plan et Colognac , avait nié obstinément tout ce qui se rapportait au meurtre, et même ses relations avec Vivent, quand Bà ville, après lavoir vainement confronté encore avec l'interrogatoire de Valdeyron, le mit enfin en présence de Guillaume Ducros, de Lasalle, qui reconnut l'avoir vu avec Vivent; du valet de Bagars, Gervais, qui retrouva en lui l'un des assassins de son consul, « ayant donné au cadavre dos coups de ba'ionnelte, en ayant une à la main dont le manche était rompu », et enfin de Fabre. de Montredon. qui, en allirmant l'identité du prisonnier avec La Rouvière, prit sa revanche de l'insuccès de sa trahison de 1GÎ)2 au Moulin d'Kspaze.

Les âmes lidèles f[ue Papus avait consolées, essayèrent encore de le sauver, en niant qu'il eût célébré le moindre culte, et en persistant à l'appeler Olivier ; l'issue du procès n'était pas douteuse*. La Rouvière n'avoua et son surnom et ses rapports avec Vivent que le 8 mars, dans l'interrogatoire dernier, qui précédait le prononcé du jugement, mais il pensa encore que des réticences adouciraient sa peine, et prétendit ne pas s'être embusqué au col du Mercou, étant demeuré avec Vivent à Pomaret. Bâville ne se soucia guère du rôle religieux de Papus. Quelques questions à peine abordèrent ce sujet :

« S'il a été aux assemblées ? — A celles de La Jeunesse, la dernière a été tenue dans un bois des Cévennes dont il ne sait pas le nom. 11 y a un an qu'il la quitté. — Comment il a subsisté? — 11 avait quelque argent, qu'il a ménagé autant qu'il a pu. — S'il a prêché ? — Non, mais il a lait quelquefois la prière. »

Bàville en revient encore à Bagars : «S'il ne savait pas qu'on devait le tuer? — 11 le savait, mais il ne pouvait pas l'empêcher, y Et comme l'intendant lui remontre « qu'il devait quitter ^'ivens puisqu'il faisait faire des assassinats », le prédicant réplique par la phrase que nous avons transcrite ailleurs, où il rappelle que Vivent, la Bible à la main, enseignait que les méchants devaient

1. On interroge lo 7 mars : Isabeau Forcade, aO ans. «Nouvelle eonvcrtie. mais elle a toujours promis à Dieu d'être de la R. Réformée.» — Jeanne Fourcadc, l'emme du nommé Villar, «Nouvelle convertie, mais ne croyant pas à la Religion catholique»: et Jean Puravisol, marchand brodeur. Les amis de La Rouvière, à Montpellier, sont presque tous unis par des liens de parenté. Ils disent avoir connu Olivier chez Raillette.

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être exterminés, et qu'il fallait tuer le loup qui dévorait le troupeau. Il signa : Olivier. Une dernière question s'inscrivit encore au bas du procès- verbal : « Qui était à l'assassinat de Bagars? — A dit que les Plan y étaient, avec Espaze, et Colognac. dit Dauphiné ». Puis reprenant la plume, l'ami et le confident de Vivent signa cette fois du nom sous lequel il avait combattu avec lui : « L'Olivier la Rouvière. »

Bàville le condamna (8 mars) à être rompu vif à Montpellier, comme assassin et perturbateur du repos public, après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire « pour avoir révélation de ses complices ». La torture ne le fit pas convenir qu'il avait été des meurtriers du consul*. Avant d'aller au supplice, il tomba à genoux dans sa prison, et prononça à voix haute une de ces prières dont les Relations sont unanimes à rappeler l'intensité et l'onction. Le prêtre qui l'assistait convint « qu'elle aurait tiré des larmes d'un rocher ». Il entonna le Psaume 121, repoussa le crucifix que lui tendait l'abbé Fraisse, de l'église Saint-Pierre, et pria encore une fois au pied du gibet. Par une diminution de peine que ne mentionnait pas le jugement, il fut étranglé sur la roue avant les sept coups de barre que lui donna le bourreau. Son corps fut enterré dans un fossé de la citadelle. « Mais il y avait des fidèles qui suivaient de loin, pour voir oîi on le mettrait, et ayant découvert là où on l'avait mis, ils y furent la nuit même pour l'emporter. Et l'ayant pris, ils l'enveloppèrent d'un linge et furent l'ensevelir ailleurs » '\

1. Il déclarii à la quesUou que les coupables étaient « les Plan, Esjiaze, Pierre Gay, Dauphiné et Languedoc ».

2. Relation des Pap. Court. Celle du Bull. X, 277, dit: « Trois tilles, dont le nom se taira maintenant, prirent son corps, le lavèrent et l'ensevelirent ».

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