‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 67 sur 346 · BUOUSSON DANS LE NORD DE LA PRANCE · texte numérisé non relu

BUOUSSON DANS LE NORD DE LA PRANCE

bras de la chair ». Il ne possédait plus à La Haye la liberté d'allures dont il avait joui dans le désert, ni l'autorité incontestée que lui avaient accordée les Nouveaux Convertis auxquels il rendait l'Evangile. Devant son auditoire de réfugiés d'élite, dans la chaire d'oii devait tomber plus tard la parole majestueuse de Saurin, sous la robe pastorale qu'il revêtit quand le peintre Peter A^an Bronkhorst fixa son image, en un tableau un peu solennel et apprêté ', l'ancien prédicant fut pris de la nostalgie de la vie missionnaire. Il avait dit plusieurs fois en Languedoc, « qu'il espérait que Dieu lui ferait la grâce de l'employer à prêcher sa Parole dans d'autres lieux où elle ferait plus de fruit, et où il en recevrait plus de consolation ». Le refuge ne répondait pas à son attente. Pourquoi ne se tournerait-il pas vers des provinces à lui inconnues ? Après quatre mois de ministère régulier à La Haye, le pasteur, retournant à sa tâche aimée, rentrait en France par Sedan, sans vouloir, suivant sa coutume, recourir pour sa sûreté à une escorte de compagnons armés.

(( Je ne saurais, écrivait-il à un ami le 20 septembre [1695]-, vous exprimer la joie et la consolation que je sentis à l'entrée, la première fois que je fus obligé de marcher à pied, de nuit et dans les déserts, cela me remettant d'abord dans l'esprit l'idée de mes premières pérégrinations, et des grâces que Dieu m'avait d'abord accordées ».

Brousson allait consacrer près d'une année à visiter les protestants du nord du royaume, traversant successivement la Thiérache, la Picardie, la Champagne, l'Ile de France, la Normandie, le Perche, les rives de la Loire, l'Orléanais et la Beauce, le Nivernais et la Bourgogne ^

1. Le portrait de Brousson par Bronkhorst a été donné en 1858 au musée de Ninies par le marquis d'Arbaud Jouques. Nous ne savons d'où celui-ci le tenait, ni par conséquent comment il a été identifié. Brousson, à mi-corps, est presque de face, en perruque châtain et en robe. Les mains potelées, et très tines, répondent au sijrnalement qui fut affiché en Langruedoc en 1691. Cependant il faut avouer que rensemlile représente mal un homme désigne généralement comme « de taille moyenne et assez menue «, maigre, avec le nez grand, et le visage basané. (Sur le portrait, voir Uouen, II, 249 ; Bull. VII, 3).

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