‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 68 sur 346 · Opusc. p. -249 (Douen, II · texte numérisé non relu

Opusc. p. -249 (Douen, II

3. Voir Douen, II, 252-269. A notre connaissance, aucun détail nouveau n"a été, depuis Douen, publié sur ce voyage. Peut-être faut-il rattacher au passage de Brousson dans la Champagne, une enquête touchant des cultes secrets, qui commence en ocfobre 169ô aux environs de Vitry-le-François. (A. Hérelle, Documents sur le Prot. à Vitry-le-François).

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Vers l'époque où Brousson reprenait la vie itinérante, deux de ceux qui l'y avaient précédé, pris comme lui du désir de parcourir des contrées nouvelles, avaient quitté leurs quartiers ordinaires du Bas-Languedoc ou des|^vennes.

Lapierre, soupçonné d'avoir prêché le 10 septembre 1694 à Aigrement ', et que nous avons vu à Montpellier au « Synode » tenu à la fin de décembre, était, quelques mois plus tard, dans les montagnes du Castrais. En octobre l()î)o, le prédicant. qui se donnait pour « un ministre ayant reçu la main d'association de Claude Brousson » (45 ans, clignant des yeux lorsqu'il parle, perruque châtain, taille médiocre), prêchait dans le bois du Roc de Brczes, près de Lacaune, devant 200 personnes. Un de ses auditeurs résuma son exhortation, en rapportant sans exactitude le texte qu'il avait choisi : « L'Eternel étendra son bras pour délivrer son peuple et le peuple donnera des cris de joie ». Il était accompagné d'un « proposant », petit de taille, les yeux noirs, maigre, les cheveux noirs abattus, qui comme lui déclarait être « du côté de Nîmes ». Tous deux censurèrent les protestants de Lacaune d'être allés à l'église, et « les confirmèrent dans leur première religion ». L'assemblée de Lacaune fut dénoncée. Barbara, le subdélégué de Castres, fit emprisonner deux hommes et trois femmes et transmit les procédures à Bàville '.

Lapierre redescendit dans le Bas-Languedoc, après avoir, à ce qu'il semble, séjourné aux environs de Bédarieux. Marc Triol, de Graissessac, qui avait entendu Fulcran Rey en 1083. et assisté comme enfant aux catéchismes que faisait alors le proposant de Nîmes, parla à Antoine Court, en 17.32, du passage de (( ce certain M . Lapierre», et de l'impression qu'il produisit. « Le malheur du changement était fait », « le mal était déjà pris ». Cependant « il toucha beaucoup, en représentant pourquoi on avait abandonné le bon Dieu, ce qui faisait verser beaucoup de larmes ». Nous savons déjà, par le baron de Fontarêclies, avec quelle puissance Lapierre émouvait les cœurs.

Le prédicant n'était plus à Graissessac, quand David Gazan y parut à son tour (1693 ou 1696), pour moissonner où son prédécesseur avait semé. Ce « La Jeunesse », « faisait lever la main, dans les assemblées, de n'aller point à la messe. Bien que la promesse fût difficile à tenir, Triol se rendit le témoignage

1. Le fait est connu par Tinterrogatoire de Pierre André (voir plus haut). Il ne reste du dossier que deux pièces. C. 173.

"2. C. 174. De Robert Labarthe, Hist. du Prot. dans le Haut Languedoc... de i6S5 « 178g, I 232. Lapierre n'est pas nommé dans Tenquète.

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que <c quoique jeune » [alors], « le bon Dieu lui avait fait la grâce de ne pas violer son serment ». Gazan « courait tantôt de çà, tantôt de là, jusques aux environs de Montauban ». Il devait rester dans le Haut-Languedoc jusqu'à la fin de 1697 '.

Les autres prédicants n'avaient pas quitté leurs domaines liabituels. Celui de Roman, d'où il ne sortait guère, s'étendait de l'Aigoual au Mont Lozère. Nous l'avons perdu de vue depuis le voyage qu'il fit à Genève après la mort de Vivent, et l'assemblée qu'il tint à Fereirettes l'année suivante (mai 1693). Il n'a marqué dans sa Relation que les circonstances les plus graves de sa vie, encore avons-nous de la peine à les dater. En 1694il fut découvert dans un bois du Bougés, aux environs du Mijavol. Un faux frère fit marcher contre lui les deux compagnies de milices du Pont de Montvert avec l'abbé du Ghayla, celle de Florac (commandée par le vicomte du Ghayla), et une compagnie d'infanterie de Barre, du régiment de Chambonas. Le bois fut investi, mais Roman, prévenu à temps, en était sorti deux heures auparavant. Les soldats, furieux, firent auMijavol c< bien du ravage » ,

L'année 1094 encore, le prédicant passa par une épreuve plus terrible.

Auprès de la montagne du Bougés, dans une nuit fort obscure, ditil, allant à l'assemblée faire les fonctions de mon ministère, je reçus un coup de balle à la jambe, proche de la cheville, si Inen que mes frères furent obligés de me transporter d'une caverne à l'autre, ce

1. Bull. XLI, 270, reproduisant Pap. Court 17. F. f° 191. Marc Triol, avec sa femme Marguerite Touren, sortit de France avant 1698 (Rouquetle, III, 130). Triol parle d'une assemblée qui se serait tenue chez Jacques Touren, qui n'était pas encore son beau-pére, et à la suite de laquelle son père, et cinq autres habitants de Graissessac furent conduits à Aig-ues-Morles, et déportés en Amérique. La maison fut rasée. Les faits se rapportent évidemment à l'année 1687, la dernière déportation datant, au plus tard, du début de 1688. Cependant la plume malhabile de Triol, laisserait croire que, suivant lui, l'assemblée dénoncée aurait eu lieu «environ trois années» après l'arrivée dans le quartier du prédicant «La Jeunesse », lequel aurait été déjà précédé de Lapierre, et auparavant encore de Fulcran Rey. La chose paraît impossible. Comme les indications de Triol sur le séjour du prédicant « La Jeunesse » à Graissessac, concordent avec ce que nous savons par ailleurs des courses de David Gazan en 1693 et 1697, il semble qu'il convienne d'identifier les deux personnag:es. Il faudrait dire alors soit que la mémoire de Triol lui a fait défaut, soit qu'il a prétendu exprimer autre chose que ce qu'il a écrit. Les « trois années environ » pourraient être comptées, dans ce dernier cas, depuis le passage de Rey.

2. Relation Sommaire..., p. 29. Le même fait est rapporté par un habitant du Pont de Montvert {Pap. Court, BB, f» 48 [reproduit Bull. XXXII, 218J, qui le place au 2 février 1697. La date de 1697 paraît fausse, car Roman rapporte son aventure avant une autre qui est antérieure à 1095. On pourrait accepter le mois et le quantième, qu'un paysan retien t mieux que le millésime. Mais s'agit-il de 1693, ou de 1694 ?

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qui dura plus de trois mois, parce que mes ennemis faisaient jour et nuit de fort exactes recherches pour m'attraper. Outre la plaie fort dangereuse que j'avais, Dieu m'aflligea dune lièvre maligne, en sorte que l'on désespérait de ma guérison. Mais, par le secours du Ciel, je recouvrai ma première santé contre toute espérance. Sitôt que je me sentis un peu de force, je me fis porter d'un lieu à un autre, pour départir à mes frères le pain de vie duquel ils étaient alfamés. Plusieurs, qui m'avaient cru mort, furent fort surpris de me voir, et de joie qu'ils en avaient, je fondais en larmes. J'étais encore tout défait de visage, et ne pouvais m'appuyer sur ma jambe, ce qui m'obligea de prêcher assis pendant fort longtemps. Ma plaie demeura deux ans ouverte et il en sortit vingt et d(;ux esquilles. Cependant j'ai été assez heureux pour ne pas rester boiteux, mais je ne pouvais pas faire une lieue à pied^.

L'année suivante, continue-t-il [1G95], je fus découvert dans une maison par un faux frère, qui y fit venir un détachement de soldats. Et quoique personne ne m'cAt averti, je sentis néanmoins au môme instant un frisson extraordinaire dans tout mon corps, et une telle inquiétude, qu'il me fut impossible de rester là plus longtemps. Ce fut comme un avertissement secret, qui me fît partir sur l'heure, contre le gré de tous les assistants. Et en effet, à peine me fus-je éloigné d'une portée de fusil, qu'en me retournant, je vis, à la faveur de la lune, tous ces soldats qui environnaient déjà la maison-.

Le prédieant dauphinois, nommé par les uns Monsieur Roman, désigné par les autres sous ses divers noms de guerre : Le Mercier, Le Marchand, Le Marchandou, auxquels il allait ajouter celui à' Antoine*, était accompagné le plus souvent de Rev de Massevaque, dit Le Reynet ou Frère David. Celui-ci, qui suivait les prédicants depuis huit ou neuf ans, commençait à prêcher lui-même. Le soir du lundi de Pâques de l'année 1095 (4 avril), Roman, souffrant encore de sa blessure (un de ses auditeurs rapporte qu'il marchait en boitant, n'appuyant que la pointe du pied), célébra un culte au-dessus de Saïgas (près de Vébrou), « au Grand Castanet, dans la claie de Claude Lapise ». Le valet d'un capitaine au régiment de Castres, en garnison à Vébron, mis en éveil par un mot de l'hôte du Pont de Saïgas, Annibal Thérond, avertit le prieur Ranchin. Quelques jours

1. Relat. Sommaire, p. "29. Il est parlé, dans des informations de 1695, de deux assemblées de Roman, tenues, Tune eu 101(3 ou 1694 au Bois Noir, sur l'Aig-oual, l'autre, sur la lin de 169'i, « le long- d'un ruisseau, entre les Curiéres et Mijavol (près de Cassagnîis) «. C'est sans doute vers l'époque de la dernière que le prédieant fut blessé. C. 174.

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