D'après un témoignage du 28 janvier 1698. C
PIERRE PLAN AU SBRUE DE LANCIZE 131
plus tard, douze prisonniers étaient conduits au fort de Saint- Iiippolyte\ Pendant que le procès suivait son cours. Roman passait sur la Cani de l'Hospitalet, revenait le 1-'" mai prêcher « avec un autre » à l'Aigoual, et se retirait vers Meyrueis. Une assemblée qu'il convoqua près de Campis, au valat des Grallets (20 mai), put se dissiper avant l'arrivée des soldats de Meyrueis ".
Onze nouveaux CéA'enols, coupables également d'avoir assisté k un culte interdit, furent bientôt écroués à Saint-IIippolyte. Le soir du 1" mai, le lieutenant de la compagnie bourgeoise de Saint-Germain de Calberte avait vu passer aux Ayrcs cinq jeunes fdles. qui suivaient la crête de la montagne en se dirigeant vers le Pereyret. Il réunit les consuls de Saint-Germain, une quinzaine de fusiliers, et le valet de l'abbé du Chayla. La troupe partit pour le Serre du Pradel, dans la direction du Ranquet. Au point du jour elle arrêta huit filles de Saint-Privat, de Saint-Frézal, de Frugères (sur la Lozère) ou de Fraissinet de Fourques (vers lAigoual) (toutes localités situées à 2, 4 et {) heures de marche) qui retournaient chez elles, après l'assemblée, accompagnées par trois hommes. Le culte, présidé par Pierre Plan, s'était tenu sur les terres de Saint-Martin de Boubaux, au Serre de Lancize, dans une jasse \ On avait chanté <( Miséricorde » [le Psaume 51], le prédicant entonnant luimême. Il avait lu quelques chapitres de l'Apocalypse, et pris son texte dans l'Evangile selon Saint-Jean, pour exhorter ses auditeurs à n'aller point à la messe et à être fermes.
Daudé interrogea au fort les 23 prisonniers de Saïgas et de Saint-Germain. Quelques-uns furent ensuite conduits à Montpellier, entre autres le tailleur Nogaret, de Saint-Privat, qui avait raconté l'assemblée de Plan sur promesse qu'on lui ferait grâce, et la femme de l'hôte de Saïgas, qui avait hébergé Roman '.
Une autre information, parallèle aux deux précédentes, mais dont nous ignorons les détails, concerna une assemblée réunie à la même époque entre Saint-Etienne Yalfrancesque et Saint-
I. C. IT'i. (voir jikis bas). I/;isscml)léc aur.iil rU' vendue par Vernol, de Rccoiilcs, « après qu'elle lui faite », dit Gaubert. (Paii. Court, 17, B, Mi bis).
"2. G. 173, C. 170. Informalions sur les assemblées de Campis el de IMeyrueis.
:i. Dans la jasse de .Jacques Lause, de Prades (Sainl-Marlin de lîoubaux).
'i . Le dossier constitué par Daudé. considéral)le, porte au dos les mots : « Arli^:ncs dit Laporte, et Roman ». Il ne concerne cepeudanl que Roman et Pierre Plan. C. 17'i.
132 LES PUKDICANTS PROTESTANTS
Jean du Gard, aux Poussiens (Poussiels), sur le bord du Gardon de Mialet '. Les accusés comparurent encore devant Daudé.
Le même subdélégué, revenu au Vigan, trouva une fois de plus de la besogne. Laporte la lui avait taillée à Saint-Laurent le Minier (entre Ganges et Le Vigan). Quelques jours après la Pentecôte, (fin mai), le prédicaiit avait donné la Gène, à dix heures du matin, dans la vaste grotte d'Anjau, au pied du Pic d'Anjau, entre le mas de la Combe et la Font du Carteiral. De ses cent auditeurs, la moitié avaient communié. Plusieurs jurèrent de ne plus retourner à la messe. Le lecteur avait été Montfajon, de Saint-Laurent. Peu de jours après (1*'^ juin, veille de la Fête-Dieu), dans la môme baume, une autre assemblée avait été convoquée par le même prédicateur. On s'arrêta, en revenant, « crevant de soif », au mas de la Combe. Les enquêtes commencèrent en juillet. En aofit, le fort de Saint-Hippolyte recevait son quatrième convoi de prisonniers -.
Le 2 septembre, Broglie, pour achever les procédures, condamnait aux galères cinq Nouveaux Convertis, trois en raison de l'assemblée de Poussiels, et deux pour celle de la baume d'Anjau ^ (Les procès de Saïgas et de Saint-Martin de Boubaux s'étaient terminés aussi par deux condamnations aux galères)^.
Le même jugement du 2 septembre, à la suite d'interrogatoires auxquels avait procédé Bâville lui-même, envoya aux galères perpétuelles Jean Mounier dit Lacroix. Nous ignorons dans quelles circonstances ce dernier fut pris à Nimes le 10 août. Conduit à Montpellier devant Broglie et l'intendant, et menacé de la corde, il se défendit « d'être des prédicants », mais reconnut avoir lu l'Ecriture et fait la prière devant ses frères. 11 appela a perversion », la conversion au catholicisme à laquelle l'avaient autrefois forcé les dragons, et persista dans son dire, malgré la colère
1. Le dossier manque. Le juj;eiuenl du -2 septembre l'ail iillusion à celle assemblée. Les Papiers Farelle oui j^ardé Tindicatiori du lieu où elle se tint.
'2. C. 17i. Assemblée de Saint-Laurent le Minier. Dossier incomplet.
3. Le jugement est C. 17'i. Les condamnés sont : 1" pour l'assemblée de Poussiels : Jacques Sabatier dit Cadet ou Soleyrol (corrijfer Bull. XXXIV. 'iG2; de Saint-Etienne ; Jean Martin, cordonnier, de Saint-Etienne et Henry Bordarié de Saint-Jean du Gard ; 2° pour rassemblée de Laporte : Antoine Fleissiéres. et Xadal, de Saint-Laurent le Minier {coyîï^cv Bull., ibid.). L'a JuUian, de Saint-Etienne, enfermé aux prisons d'Aigues-Mortes, en sortit le 31 décembre 1695. La communauté de Saint-Etienne dut payer 300 livres d'amende (Pap. Farelle). Le 9 septembre, Jean de Saint-Julien Tomeyrolles rencontra prés de Sumène un ancien preffier de Daudé. Tomeyrolles, exaspéré par les récentes affaires de Saint-Laurent, l'injuria violemment et le menaça de son pistolet.
4. Agulhon, de Recoules, et Mejcan, de la Roche, condamnés les 13 et -22 juin.
MOUNIEn DIT LA CROIX 133
de ses juges'. Ces détails proviennent sans doute de quelque ettre, que le galérien lui-même, ou l'un de ses compagnons de chaîne, écrivit plus tard en Suisse.
Mounier (ou Moynier, ou Mognier), qui avait été berger, allait bientôt « faire tomber dans l'admiration », les forçats protestants de Marseille, par sa piété, son sang-froid, ses connaissances pieuses. « Ses pensées si élevées, ses expressions si nettes et si pleines d'érudition [biblique, naturelleuient] », étaient celles (( d'un très habile proposant ». « Sa constance, sa patience, et sa résignation, avaient quelque chose d'exemplaire, jointes à son humilité ». « C'est évidemment le doigt de Dieu, écrivait le galérien Serres l'aîné, qu'un homme sans éducation, ayant fait un métier très vil, parle en théologien et en homme éclairé, avec des sentiments qui expriment l'heureux état de son ûme et la sincérité de ses mouvements » -. Les auditeurs des prédicants, et Brousson, lui aussi, avaient souvent déjà contemplé des « Merveilles » de cet ordre.
Pendant que les Gévennes étaient agitées comme nous venons de le voir, dans le bas pays, plus tranquille en apparence, les espérances persistaient, encouragées par les moindres événements. En juillet, un dimanche, trente personnes étaient assemblées, l'après-midi, dans une maison de Montpellier. Un locataire catholique, nommé Toulouze, qui avait longtemps supporté le voisinage de ces cultes clandestins, jugea bon cette fois de dénoncer le scandale. Avec un certain Bonnier, son ami, secrétaire de l'évcque, il ferma à clef la porte de la maison où les coupables étaient entrés, etcourut chez l'intendant. (ï Ne l'ayant point trouvé, ils parlèrent à son fils, qui ne les voulut point écouter, et les menaçant, il leur dit d'aller ouvrir vite à ces gens-là, et de ne parler point même de cette affaire à qui que ce soit. Sur cela ils vinrent ouvrir les portes. Mais il faut remarquer que l'action pour laquelle nous étions assemblés se fit, malgré la rage de nos ennemis, le peuple n'ayant jamais voulu sortir avant d'avoir entendu la Parole de Dieu. Si vous me demandez conmient est-ce que j'ai pu savoir cela, je vous répondrai que la personne même à qui le fils de l'intendant la raconta, m'en fit à moi-même le récit le lendemain »^
1. Notes Bertrand sur les galériens protestants. (Comni. Fonbrune Berbinau).
2. Lettre d'avril 1699, niiU. XVIII, 36. Voir encore Bull. XVII, 117 et 341 et M. Leliévre. De la Révocation..., pp. -277, 318.