‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 70 sur 346 · Bull. L · texte numérisé non relu

Bull. L

134 LES PRKDICANTS I>ROTESTANÏS

L'aventure nous a été rapportée par le laïque de Montpellier à qui est due aussi la narration du Synode de 1604. Il ne manqua pas d'en informer un correspondant de la Suisse lorsque, vers septembre ou octobre, il répondit à des questions précises qui lui étaient posées touchant l'Eglise du désert. Quelque ami de Clarion, désireux de s'instruire sur les prédicants, fut par notre inconnu renseigné à souhait. Discipline établie entre les prédicateurs, ordre des assemblées, sagesse et prudence des ministres, sécurité relative des cultes, tout était dépeint sous les couleurs les plus favorables ^ Assurément la réalité était moins belle. Et l'avenir était autrement sombre.

A la fin de novembre, un nouveau prédicant, Antoine Gras, dit Fesquet, était pris à Calvisson, peu de temps après une assemblée qui eut lieu aux Combes de Yilletelle(près Aubais)'. Il ne subsiste de son dossier qu'un interrogatoire, où il ne manque pas de hardiesse \ Apres avoir refusé de prêter serment « parce qu'il l'a prêté à Dieu de ne jurer ni par le ciel ni par la terre », il reconnaît avoir été aux assemblées partout où il a pu. Il a entendu Brousson à Colorgues [ou A'^alence], il a vu Laporte, Lapierre, Plan, La Jeunesse, Henric, et aussi le pasteur Guion. Il a tenu lui-même des assemblées, partout où Dieu l'a appelé, mais il ne veut pas dire où. Le juge, qui n'ignore pas qu'il fréquentait au hameau de Vermeil, près d'Alais, dont nous trouverons le nom plus loin, le soupçonne d'avoir prêché dans les environs (à la Tour de Billot), comme aussi à Macaumin (?) et récemment à Villetelle. Mais Gras « ne veut pas dire où il a été, ni qui il a connu, ni il ne le dira pas, s'il plaît à Dieu ». « Ne sait-il pas que le roi défend les assemblées ? — Oui, mais il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes )i. Laporte, lors de son arrestation, qui ne tarda pas, avait sur lui un fragment d'une lettre signée Fesquet, que Gras avait adressée « A tous ses très chers et très honorés frères ». Ni ce billet, ni la liste des livres qu'il reconnaît avoir possédés ^ ne nous ont été conservés. Bien

i. Sur cette Lellrc, signée A. P. (Bull. L, :{37) nous reviendrons en traitant de l'Eg:lise du désert.

2. Les Papiers Fraissinet contiennent une note relative à Guillaume Chrétien, capitaine de bourgeoisie d'Aubais. Une nuit qu'il était au guet pour surprendre les protestants d'Aubais, revenant d'une assemblée tenue à Fonfougassière (entre Aubais et Aigues-Vivcs), il aurait re<;u une blessure au bras. Le fait étant postérieur à Tannée 1C94, jiourrait peut-être se rapporter à cette assemblée de Villetelle, mentionnée dans le seul interrogatoire de Gras.

Page 1