‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700 (volume 3)Chapitre 89 sur 346 · BROUSSON RENTRE E.\ FRANCE · texte numérisé non relu

BROUSSON RENTRE E.\ FRANCE

agir seuls ; ceux de Lausanne s'étonnaient qu'on parlât de traiter des alfaires protestantes sans s'adresser ouvertement au roi de France ; ceux d'Angleterre étaient gagnes au Comité modéré des Dix. Cependant les réfugiés de Genève accordèrent pleins pouvoirs au Comité des Huit, pour agir en leur nom. Brousson put communiquer aux plénipotentiaires protestants ses Remontrances aux Puissances Evangéliques, et le Comité des Huit discuta avec eux la teneur d'un Mémoire qu'ils promirent de soumettre aux représentants de Louis XIV.

Le 20 juillet, les ambassadeurs français, lassés de la longueur des conférences, présentèrent un projet de paix générale, et donnèrent aux alliés jusqu'au 30 août pour l'accepter. Seul, entre ces derniers, le roi Guillaume, aux prises avec des difficultés imprévues en Angleterre, était, lui aussi, pressé d'en finir. Le Libérateur de la Réformation, le Protecteur du protestantisme, le nouveau Josué, le nouveau Zorobabel, avait discuté secrètement sa paix particulière, il la fit signer le 2 août. Elle ne contenait pas la moindre clause qui regardât le sort des réformés de France ni des réfugiés.

Dix jours plus tard (12 août), sans attendre la date assignée à la conclusion de la paix générale, Brousson se faisait accorder par le Grand Pensionnaire Fagel, un passeport au nom de Paul de Beauclose' ; les Etats de Hollande lui comptaient les 500 florins qu'ils avaient coutume d'accorder aux pasteurs qui rentraient en France, et il repartait le 14, pour venir reprendre dans le royaume son ministère itinérant.

Son départ était certainement préparé depuis plusieurs semaines. Une fois de plus il s'était senti « pressé par le mouvement de sa conscience, sans pouvoir trouver aucun repos en ce payslà ». Doutait-il enfin de l'eflicacité des démarches prochaines des alliés? Cependant il laissa entre les mains de M. de Beringhen un écrit à communiquer aux plénipotentiaires d'Angleterre, et qu'il désirait voir imprimer. Dans ce petit ouvrage, dont nous ignorons le titre, il protestait encore « contre tout ce qui pouvait être fait ou négocié contre le respect et la fidélité que les protestants de France devaient à leur Prince )r. 11 est difficile toutefois de penser qu'il n'y appelait pas, une fois de plus, le roi Guillaume au secours de ses frères. Il conservait donc l'espérance, mais il ne pouvait plus supporter de vivre en paix, pen-

1. Conservé dans le dossier de Brousson, C. l'Ji. (L. Nègre, p. 195).

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