‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 12 sur 284 · LE LOYALISME PROTESTANT · texte numérisé non relu

LE LOYALISME PROTESTANT

thète de faux frères, étaient retenus dans leurs méfiances moins par leurs illusions que par leur horreur de l'insurrection. « Nos vies et nos biens sont la propriété du roi. L'Evangile ne commande que la patience et la résignation » '. Tel était le langage des modérés. A quoi le pasteur zélateur du Languedoc dont nous avons déjà fait mention, répondait: «Les réformés ne sont point tenus d'obéir aux déclarations qui les privent des emplois et des charges publiques, et surtout ils ne doivent point obéir aux déclarations qui les privent de l'exercice de leur religion, parce quen ce faisant ils se privent d'un droit que leurs pères leur ont acquis au prix de leur sang, et que le temps a rendu incontestable d '.

Cétait le cri dune àme ardente, et telle était bien la doctrine qui avait inspiré le Projet de Toulouse. On notera cependant que ni Brousson ni aucun des Directeurs n'avaient osé donner à leur pensée une forme aussi abrupte. Leur loyalisme, à eux aussi, était tenace. Ils posaient un problème angoissant, mais ils ne le résolvaient pas. La séparation qu'ils prétendaient établir entre leurs devoirs de sujets et leurs obligations de croyants était incompréhensible pour le roi et ses inspirateurs. L'intendant Foucault, au Poitou, devait donner en une phrase lapidaire le secret de leur défaite : « C'est une illusion qui ne peut venir que dune préoccupation aveugle, de vouloir distinguer les obligations de la conscience d'avec l'obéissance qui est due au roi, dans une occasion où ces deux devoirs sont inséparables, puisque S. M. agit uniquement dans l'intérêt de la religion »^ Brousson, avec des milliers de ses coreligionnaires, devait périr victime dune confusion des pouvoirs à huiuelle les temps modernes seuls ont nettement mis fin. Ses amis et lui sentaient déjà qu'ils se débattaient dans un implacable étau. Il ne pouvaient se résoudre ni à l'obéissance, ni à la révolte.

Il leur restait, nous l'avons vu, à conseiller le martyre. Mais les protestants tendraient-ils le col au couteau ? Un certain nombre de théoriciens du parti tentaient de passer condamnation sur les saintes colères du xvi« siècle, et d'oublier les

1. Paroles des pasteurs de Saintonge au proposant Jacques Fontaine qui les excite a résister par la l'orce des armes à la dragonnade de lOS.;. Fontaine répli<[ue en rappelant les guerres du xvi« siècle (Mémoires de J. Fontaine, Toulouse, 187T, p. 143).

Page 1