Jhill. XII
•2. Jurieu sail leur noiuln-e le i" juin 1087.
:?. Uil)ard, p. -29.
A. Bull. XXIX, 40'..
f). Ordonnance du 23 mars 1087. C. IGD.
6. Bull. X.KX, 306, 550. Il est seulement fâcheux que Court, eu les résumant, ail substitué son propre style à celui du prédlcant.
AVE.MLllliS UE l AUCIIIiU 197
donner asile. 11 se tourne vers Aygalliers. Un lidèle nommé Sorbier, lui ouvi'e su maison pour quatre jours, puis le conduit chez la veuve Vielle, aux faubourgs d'Uzès. Il reçoit là la visite d'un autre prédicant, Reboul, originaire lui-même d'Uzès, que nous avons vu un an plus tut vers Alais, et qui revient de Saint-Laurent la Yernède où il a fait quelques assemblées. Reboul, bien que passant [)our être dans la démence, ne manquait pas d'astuce. Trouvant trop mince la générosité de ses amis, il avait fait courir le bruit à Saint- Ambroix que le ministre Durand, ancien pasteur de Genolliac, était revenu de Suisse et se tenait caché dans les bois voisins. De la sorte il avait pu «tirer bien des choses» des protestants du quartier. Mais sa ruse venait d'être découverte.
Reboul monti-e à Faucher une lettre qui l'appelle à Saint- Ambroix.ettous deux vont célébrer un culte dans une région que Faucher ne connaissait pas encore. Après l'assemblée, ce dernier est pris à part ; les fidèles se plaignent à lui du mensonge de son compagnon, lui demandent de les débarrasser du fourbe, et de revenir, seul, les visiter. Sur la route du retour, Faucher fuit part à Reboul des sollicitations qui viennent de lui être adressées : il n'en faut pas davantage pour que celui-ci songe désormais à se défaire d'un concurrent gênant.
Les deux prédicants rentrent à Uzès, Sorbier les retrouve chez la veuve Vielle. Le soir, il conduit Faucher chez une autre veuve qui souhaite lui parler. Mais de loin ils voient les dragons investir la maison où ils se dirigent. Ils reviennent à celle qu'ils ont quittée : elle a été cernée également. Ils sortent de la ville, entrent dans une métairie : le fermier les prie de repartir. Ils tournent au Nord, et à Saint-Laurent la Vernède, à une lieue d'Uzès, logent chez la veuve Dizier.
Le lendemain, par une imprudence calculée, Reboul vient les rejoindre u en plein midi ». Il est connu dans le lieu pour être un prédicateur. La veuve n'ose plus garder ses hôtes. Sorbier prend avec lui Faucher, et le mène à Gornillon, au delà de la Cèze, à deux lieues et demie de Suint-Laurent, chez un parent de la veuve Dizier, un peu au-dessous du village. Le maître de la maison est absent. Sa fille allume du feu pour les arrivants, car la neige couvre le sol (nous sommes probablement au milieu ou à la fin de février). Mais Reboula suivi Faucher et son ami. A peine ceux-ci sont-ils uu peu réchauffés, qu'un prêtre entre dans la chambre avec sept hommes, saisit Fuucher à lu cruvute, lui arrache un Psautier dans lequel il vient de lire, sort de
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dessous sa soutane un sabre et lui dit en jurant qu'il lui partagera la tète ! Le prédicant répond en souriant que les menaces sont inutiles, et qu'il suivra le prêtre où celui-ci voudra. L'abbé craint de s'être mépris. Il fait appeler Reboul qui lui a dénoncé la maison suspecte, mais Reboul, qui redoute pour lui-même d'être reconnu, a disparu. Le prêtre, embarrassé, oi'donne à ses gens de relâcher leurs deux prisonniers. Ils n'obéissent qu'à regret, et l'un d'eux observe qu'il n'est pas bien de laisser aller un chanteur de Psaumes. Faucher, qui entend la réflexion, démarre au plus vite, tandis que Sorbier, moins prompt, est retenu. Le prédicant, poursuivi, feint d'entrer dans une maison, le prêtre s'y précipite, et Faucher qui s'est simplement couché par terre sur la neige, dans le jardin, s'éloigne heureusement. La nuit est venue. Au clair de lune il monte sur une hauteur, aperçoit la Cèze qu'il se hasarde à « gaver » (passer à gué). Bientôt l'eau lui monte au-dessus des aisselles et sa seule ressource est de nager ; mais la rive opposée est escarpée et il lui faut longer le bord pour ti'ouver où prendre pied.
« Chargé d'eau, le pays couvert de neige, dans une nuit froide, déjà transi de froid, ignorant les lieux, que devenir? Il faut pourtant prendre un parti, et marcher quand ce ne serait que pour se réchaufl'er ». Faucher suit un chemin au hasard, pénètre dans un village (La Bastide de Goudargues ?). Il est minuit, « mais ce n'est pas dans un village où l'on ne connaît personne, qu'il faut demander gîte ». Il passe donc, rencontre un campement de charbonniers. Au delà, rien que des bois et des précipices où la marche est aflreusement pénible '. Un nouveau « pays » se présente, c'est encore un pays inconnu ". « Ici les larmes coulent des yeux et Faucher ne saurait plus les retenir. On se jette à genoux, on implore le secours du Ciel, accablé de lassitude, se sentant défaillir, et peu s'en faut gelé de froidure ». Les forces cependant reviennent un peu. Faucher se relève et enfin «^ coupe » une route '. Au petit bonheur il prend à sa gauche, marche deux bonnes heures pour avancer d'une lieue à peine, trouve une métairie, et aperçoit enfin un bourg dont la lueur de la lune lui permet de reconnaître la silhouette caractéristique, c'est Lussan.