‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 122 sur 284 · Sans doute la partie méridionale du bois de Goudargues · texte numérisé non relu

Sans doute la partie méridionale du bois de Goudargues

2. VerJeuil, ou Tun des liameaux voisins : Goussargues ou Mouras.

3. Sans doute l'ancienne « draille » (chemin des troupeaux) qui va de Goussargues à Lussan.

AVENTURES DE l'AUCUER 190

Par un chemin qui lui est familier il gai^ne Audabiac et se présente chez un ami qui l'a reçu autrefois. « Son état, et le récit qu'il fait de son aventure, alarment cet homme » ; l'asile qu'il implore lui est refusé. Le jour n'a pas plutôt paru qu'il faut déloger.

Faucher avait marché toute la nuit et l'après-dînée de la veille. « Où passer? dans ces extrémités l'esprit s'accable, se confond. Faucher est comme troublé. Pressé de la faim, gelé de froid, il marche néanmoins ». Heureusement, il est en pays ami. Au bout d'une demi-heure, un homme qui habite d'ordinaire Saint-Laurent le rencontre et le reconnaît. Il le mène dans un bois, et le campe sous un rocher pendant qu'il ira lui chercher un gîte. Faucher demeure donc immobile... jusqu'à deux heures de l'après-midi. « Cent fois il a cru rester roide sur la place, de froid et de faim. A l'arrivée de son pourvoyeur il prend une bouchée de pain qu'il a peine à mâcher tant il se trouve affaibli, et avale quelque peu de vin». Il est conduit à la métairie de Biensobre (?) qui appartient aux religieux de Bagnols. Mais il y a dans la maison des domestiques papistes. Il lui faut attendre encore, à la rigueur du temps.

Les gêneurs disparus, il entre enfin. Un lit est préparé pour lui. Il porte à ses lèvres le bouillon qui vient de lui être servi, quand les chiens aboient. On court à la fenêtre, et Faucher voit arriver Reboul, avec le prêtre de Gornillon et ses gens, qui cherchent l'homme qui leur a échappé la veille. Le prédicant et son hôte descendent dans la cour, se dissimulent dans un coin, tandis que le curé frappe à la porte. Faucher anéanti, supplie son compagnon de fuir seul. Celui-ci s'y refuse ; il hisse le malheureux par dessus une muraille, réussit à le traîner jusque dans un petit bois, reste avec lui, le réconforte de sa présence. Après quelque repos Faucher consent encore à marcher ; il se laisse guider jusqu'à Saint-Laurent, et franchit à nouveau la porte de la veuve Dizier, dont il a quitté la demeure plus de vingt quatre heures auparavant.

Le lendemain matin, nouvelle alerte. Reboul, le prêtre et son escorte armée viennent s'asseoir chez la veuve, qui vendait du vin. Mais l'ennemi ne fait point de recherches dans le logis, et se contente de « réciter en grinçant des dents tout le mauvais succès de sa manœuvre ».

La joie fut grande chez les fidèles du village quand ils apprirent l'heui'euse issue de tant de souHrances. Ils voulurent garder quelque temps le prédicateur, mais il préféra retourner à Nîmes.

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Le même ami de Saint-Laurent qui venait de lui sauver la vie en risquant les galères ou la potence, le suivit dans la ville, et ne le quitta qu" après l'avoir remis entre les mains de M"* Barjeton, chez qui Faucher allait demeurer quatre semaines.

Il semble que Faucher soit encore resté dans la ville jusque vers les mois de juin ou de juillet. La veuve Barthélémy, près de la porte de la Madeleine, le reçut après M"- Barjeton. Le prédicant courut chez elle un nouveau danger (avril ou mai). Le quartier, un jour, fut investi. Une sentinelle, dans la rue. veillait à ce que personne ne sortît d'aucune des maisons. Faucher «. aimant mieux, s'il le fallait, être arrêté dans la rue que dans la maison de cette bonne lemme, pour ne pas l'exposer », profita du moment où le soldat avait le dos tourné pour se glisser dans une demeure voisine, moins suspecte, où sur la promesse dune bonne récompense, une femme lui permit de se dissimuler derrière le lit de son enfant malade. Deux maisons protestantes « furent mises sens dessus dessous, la paille et le foin percés et repercés à coups d'épée», M. de l'Azile, l'officier qui dirigeait les reclierches, entra par acquit de conscience dans la maison où était Faucher. Il tira le rideau qui cachait le petit malade, fut ému de compassion pour l'enlant et pour sa mère misérable, donna une pièce d'argent à la femme et se retira.

Les amis de Faucher vinrent une fois de plus se réjouir avec lui. Il fut conduit chez M'>^ de Bouzige '. Il y demeura quelques semaines, en sortit (début juillet?) pour célébrer un culte dans la plaine du Vistre, à la métairie de M. de Castelnau, et trouva des fidèles de Calvisson qui l'emmenèrent dans leur quartier.

1. Bull. XXX, ïol (voir 505). Une veuve encore, semble-t-il. La même sans doute que Faucher nomme une première fois Boulitre.

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