‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 125 sur 284 · janvier 168". Rousset. III · texte numérisé non relu

janvier 168". Rousset. III

•2. Roques lut arrêté dans une «croie» (voûte) de la maison de Jean Bourdarier, du Serre. La « croie » avait été aménag'ée spécialement pour servir de cachette. On y entrait par un trou fait dans la muraille de l'écurie. La maison de Rourdarier fut rasée.

3. Le dossier Manoél et Roques est C. 16G. Les conclusions et le jugement manquent, un dernier interrogatoire est du 2j juin. Manoël dit avoir erré autour de l'Aigoual, ayant avec lui un petit garçon, Rej', de Massevaque (vers Vébron), qu'il envoyait chercher des vives à Valleraugue, Meyrueis ou Vébron. Roques, lors de son arrestation, était avec Calmel, de Saint-Etienne, ancien compagnon comme lui de Vivent. Calmel (ou Gaumel) sortit do France en août (Bull, LV, 130).

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gaîment sur réchelle, et devant que d'être jeté en bas il pria Dieu pour ceux qui le faisaient mourir, et il exhorta ses juges et les autres persécuteurs à ne plus faire la guerre à Dieu' ».

Jean Roques mourut avec la même constance. Alheure où il disparaissait, fidèle à la foi de son enfance, un de ses frères était aux galères ; sa femme, ses deux petits enfants, sa mère, et lune de ses sœurs erraient aux environs de Lasalle. dans les bois. La famille entière de son oncle, Jean Roques de Frécliaussel (Lasalle) était anéantie : le père et le fils morts à la Tour de Constance, une fille morte sur le vaisseau qui la transportait aux Antilles, la mère et les deux autres filles noyées dans le naufrage qui perdit le navire en vue de la Martinique.

Le troisième fugitif qui fut saisi à la même époque que Manoél et Roques, était un « pauvre charpentier i>, (luillaume Berthezène (35 ans). Nous n'avons pas retrouvé son nom dans les pièces judiciaires. D'après Brousson. il aurait été d'abord condamné à mort pour avoir « prêché l'évangile » ; mais il se serait défendu avec tant de véhémence devant Bàville et La Trousse que ceux-ci l'aurait simplement destiné à la déportation. Daudé, qui se vantait de l'avoir fait prendre en juin 1687 dans les montagnes d(^ Valleraugue en même temps que sa femme, le donne comme un prédicant '. Il est probable que l'intendant ne vit en lui qu'un des huguenots réfractaires dont il voulait à tout prix purger la province.

Combien restait-il à cette heure de ces irréductibles que la dragonnade avait arrachés à leur demeure depuis plus d'un an? Leur nombre diminuait sans cesse. Les uns étaient capturés et condamnés. D'autres faisaient leur souuiission, et nen partaient pas moins, quelquefois, pour les galères, ouïes vaisseaux d'Amérique. D'autres enfin, comme Faïsses, quittaient le Languedoc pour la Suisse où les appelaient déjà des centaines tl'exilés.

i. .]nv[e\\,Lt't. l'ast., Il, IT (l.eltro de Nîmes du -27 juin l(i.S7) ; Uist. ApoL, II,-21'i. (Jaulliei- {llist. Apol., II, -21-2) nipi)orlc (pie lJ;irl)iilet Milliiisse avaicnl élc pendus «par la lilk; «lu houiroau eu habits dli«jiuine. » Le bourreau, malade alors, était mort bieutùl après, « de douleur, dirent les prolestants, d'avoir été oblif^é de faire mourir quelqu'un de nos martyrs ».

2. /Ifl. des Merv., p. '.• ; Hibard, p. i'.). Manoël déclara connaître le prédicant « Berlhc/éne, de la Bastide [Lasalle] >.. 11 s'agit d'Antoine, sans doute (voir ciaprés), «|ui était sûrement de la Bastide. S'il était <iuestion d<- Cuillaume. les deux prédieants auraient été Iréres peut-être, ou tout au moins parents. Mais Brousson ignore celle particulariti-, et il parait bien q\ie les amis d'Antoine ne la lui auraient pas laissé ignorer (Bel. des Merv., pp., 9, 10). Guillaume aurait été déporte a Terre-Neuve avec ses deux lillos (Bull. LV, 13 i).

DHCOURAC.EMENT DES CKVENOLS !20o

Vers le mois de juillet 1G87, Bàvillc ordonna qu'un rôle général des absents fût dressé dans toutes les communautés des Cévennes. Daudé envoya ses instructions dans les lieux des vigueries de Sauve. d'Alais, d'Anduze, du Vigan, et du diocèse de Mende*. Les listes, certifiées véritables par les consuls et les curés devaient grouper les absents sous trois chefs : 1" ceux qui étaient « errans et vagabonds dans le pays » ; 2° ceux qui avaient quitté le royaume ; 3" ceux enfin qui n'étaient point « soupçonnés pour la religion ». Les « fugitifs», c'est-à-dii'e les leligionnaires des deux premières catégories tombaient sous le coup d'une mesure spéciale. Leurs biens, du fait seul qu'ils étaient absents, devaient être confisqués au profit du roi, ou tout au moins mis sous séquestre '. Mais les états que réclamaient l'intendant n'étaient pas destinés au service de la Régie. Daudé notait que Bàville avait voulu savoir les noms des fugitifs « afin de prendre les mesures pour les faire prendre ». Les vagabonds le préoccupaient pour l'heure plus que les exilés. Il réclamait «leur nom, leur domicile, leur âge, leur taille, la couleur de leurs cheveux et autres marques » et la date de leur départ. Jacques Vidal, de Saint-Hippolyte, partit au nom de Daudé pour aller recevoir des mains mêmes des consuls de li29 communautés les « certificats » qu'ils auraient établis.

Pendant son voyage, un nouveau placard de La Trousse, du 14 juillet, menaça d'un logement de dragons les communautés dont les consuls et habitants n'auraient pas arrêté et livré dans la quinzaine. Vivent, Bringuier et les autres prédicants '. Cette tleï'iiière mesure mit le comble au découragement des Cévenols.

En dix-huit mois, depuis les derniers jours de l'année 1685, dans le Bas-Languedoc ou la montagne, pour avoir convoqué des assemblées pieuses ou y avoir assisté, vingt-quatre condamnés avaient été régulièrement exécutés, (juarante galériens avaient pris la chaîne, trois cents religionnaires au moins s'étaient vus déportés en Amérique, ou attendaient leur prochain embarquement '. A la série funèbre de ces victimes de Louvois,

i. Uibard, pp. :2'J, IJO, résurauiit sans nelleté un inamistTit de Daiidù doiil nous iiavons pas su retrouver l'original.

'1. Le détail de la léfjislation relative aux biens des lugitifs, <'t de l'adminislration des biens confls([ués, est encore mal connu. L"ouvra};-<; de Rou((uctte consacré aux Fugitifs est conl'us. (Voir cependant p. 'i et chap. IV).

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