‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 126 sur 284 · Bail. LV · texte numérisé non relu

Bail. LV

4. Peut-être le nombre des naléri«^ns doit-il ("tre majoré. Les dossiers de Pinlendance sont incomplets. Les frères Haag ont pu dresser une liste tlf i.s'i personnes déportées. Fr. Prot., Iiull.\l, 38-2).

206 LES l'RÉDICAXTS PROTESTANTS

de Bàville ou de La Trousse, il faut ajouter les malheureux qui ont succombé aux violences de la dragonnade continue', les morts du Glauzelet, du Mouné, de la Combe du Coutel, du vallon de Balquines, des prisons d'Aigues-Mortes, de Sommières, de Nîmes et de Montpellier, et ceux aussi qui ont péri de misère dans les bois. Les villes et les villages avaient perdu de nombreux habitants, passés à létranger. Des biens considérables étaient saisis, des industries locales anéanties. Le commerce, gravement afTecté par la disparition du numéraire emporté par les réformés notables, se mourait. Le logement des troupes, les amendes, écrasaient de contributions les Nouveaux Convertis. Les régiments, attentifs aux moindres manifestations protestantes, étaient prêts à dévorer les dernières richesses du pays.

D'autre part, les inquiétudes de La Trousse et de Bàville croissaient toujours. Lintendant avait communiqué à la Cour le plan de trois forts à construire aux trois portes des Cévennes : Nîmes, Alais et Saint-Hippolyte. Le 16 février 1687. il avait organisé à Nîmes une perquisition générale chez tous les N. C, pour y découvrir non plus seulement les fugitifs, mais « toutes les lettres qui découvraient les commerces qu'on pouvait avoir avec ceux qui [étaient] hors du royaume ». Dans les bureaux de poste, disait-on, avaient été commis des gens qui ouvraient les lettres. Bàville redoutait que les protestants de sa province ne fussent trop bien instruits de la guerre qui se préparait en Allemagne.

Il n'est pas surprenant qu'en ces circonstances, des négociations se soient établies entre l'intendant d'une part, et de l'autre les prédicants, qui étaient l'àme de la résistance huguenote. D'où partit l'initiative ? Il est malaisé de le dire. Bàville, s'il fit les premiers pas. soumit son amour-propre à une trop rude épreuve pour qu'il ait jamais voulu présenter l'incident sous son vrai jour. Cinq ans plus tard, écrivant en Cour pour rappeler les faits, il déclarait qu'en 1687, au mois d'août. Vivent lui avait a fait proposer de demander grâce au roi, et la permission de sortir du royaume avec cinquante personnes qui l'avaient toujours suivi et qui étaient capables de gâter tout le

l . Le 29 mars 1686, à Lasalle, Etienne Doulmet, du Puech de Clarou, fait son testament. Il est blessé d'un coup d'épée dans la poitrine, qui la d'abord laissé sans mouvement. Trois soldats de la compag-nie logée à Soudorarues étant venus lui demander le chemin de la Lironenque, il a voulu « reprendre l'un deux qvii reniait et blasphémait le saint nom de Dieu ». et le dragon s'est jeté sur lui. (Bousanquet, notaire).

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pays par leui' opiniâtreté »'. Bàville commet une erreur volontaire en ce qui concerne les chilfres, comme on va le voir. Il pourrait donc aussi bien nous tromper sur les origines des pourparlers.

Vers la fin de 1688 ou le début de 1689, l'opinion générale parmi les réfugiés de la Suisse était que Vivent avait quitté la France sur les vives instances de ses auditeurs. « Nous voyons, écrit alors un ministre, que les laïques qui ont fait la fonction de pasteur avec quelque succès, ont été obligés de se retirer. Ceux-là mêmes qui les allaient écouter les ont priés de vouloir se mettre en sûreté, et de venir attendre dans ce pays que le temps fût plus favorable »'.

Brousson, dans sa Relation des Merveilles', rapportant sur ce point le témoignage des premiers prédicants et des habitants des Cévennes, affirme que ce furent les officiers du roi qui offrirent à Vivent un passeport pour sortir de France, et que celui-ci ne l'accepta qu'à la condition de pouvoir emmener avec lui ceux qui voudraient le suivre.

Il est probable que le maréchal de camp Dugua ' eut le premier l'idée d'une démarche dont il laissa à Vivent l'honneur, et à l'intendant le profit '. Gavanon, de Lasalle, qui pensa un instant suivre Vivent dans son exil, rapporte ainsi les faits : « Voyant qu'on n'en pouvait venir à bout et que tant de familles entières étaient encore errantes, M. Dugua prit le parti d'écrire une lettre à M. Vivent en lui accordant une anniistie. M. Vivent lui en écrivit une autre, avant que d'accepter ce que JM. Dugua lui promettait. Enfin, après plusieurs lettres écrites de part et d'autre, M. Vivent s'alla rendre. . . sur la parole que M. Dugua lui avait donnée qu'il répondait de sa personne ' ». Nous ne

1. Bull. LUI. 4:};». Nous ne tenons, dans celle discussion, aucun comple de la leltre de Vivent publiée JiulL XL, GiO, par 1). IJenoîl, et <iui provient (par les Papiers Fraissinet) des Archives du Lani;uedoc. On verra plus tard, qu'il faut la dater de I6'J1 et non de IGS".

■2. Pap. Court, 17, L, f ■ 263. Nous reviendrons sur celle leltre.

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4. « Messire Lévy de Rozel Dauriac seigneur du Gua De Lhoiu, maître de camp d"un n'-giment de cavalerie, brigadier des armées du roi, commandant en Cévennes». 11 habitait d'ordinaire son Château de Tllom iSainl-^Iarlin de Corconac, aujourd'hui L'Estréchure).

5. Pour les habitants de Lasalle. c'est Dugua qui a tout lail.Ondisait de Lapierre, par exemple, en 1691 : « M. Dugua le lit sortir du royaume ».

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