‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 127 sur 284 · Pap. Court, 17, lî, f · texte numérisé non relu

Pap. Court, 17, lî, f

208 LES l'RÉDICAN'T:? PROTESTANT:»

savons rien des hommes qui s'entremirent pour faciliter lentente. Dui;ua les trouva sans aucun doute à Lasalle où il était depuis quelques mois. C'est là que Vivent se remit à lui, « chez Madame de Viij^nolles oii le commandant faisait sa demeure » (fin juillet).

Après avoir consenti aux négociations, ou les avoir inspirées, Bàville allait user de procédés odieux. Les prédicants furent autorisés à dresser une liste de 300 fugitifs que l'intendant s'engagea à faire conduire hors du royaume. Le rôle fut établi à Lasalle même, sous la direction de Vivent qui ne put accueillir toutes les demandes dont il fut assailli. Un fugitif de Banières (Saint-Jean du Gard), Soubeyran l'ancien, dit La Perruque sollicita vainement par exemple son inscription sur la liste des privilégiés. Les trois cents noms furent ceux des prédicants des Cévennes, des membres de leurs familles, de leurs amis les plus fidèles.

Mais il était plus facile de noter les noms des fugitifs que de les atteindre. La concentration à Lasalle de trois cents religionnaires révoltés parut à Bàville fort dangereuse. Aussi n'attendit-il pas que les intéressés fussent tous réunis. Il mit en avant la nécessité où il se trouvait, pour éviter l'éclat, de diviser tant de gens en diverses bandes : et il constitua immédiatement autour des prédicants un premier convoi de 4o personnes (30 hommes et lo femmes ou jeunes filles) qui partit sous la direction du baillif de Lasalle Pierre de Bagars, et d'un oflicier.

Si nous comprenons bien une allusion de Vivent, la troupe évita les grands chemins et ne voyagea même pas de jour, en certaines régions du moins. Elle serait passée de Lasalle à Valleraugue. conduite par les dragons de M. de Saint-Michel, et ne serait demeurée que trois heures de nuit dans le bourg natal du prédicant. Vivent fut même heureux de cette traversée rapide et obscure dans une communauté oii il n'avait pas éveillé les sympathies qu'il espérait. Nul n'est prophète en son pays\

Le convoi fut aclieminé vers les frontières d'Espagne, probablement par les routes de la montagne, toujours «pour éviter

i. C'est dans une lettre du 9 septembre lO'.U iqu'on trouvera ailleurs), que Vivent dit n"être pas revenu dans sa vallée natale depuis la Révolte « a la réserve de lannée 1687 à Valleraugue quand les dragons de M. de Saint-Michel y m'y conduisirent (sic), n'y ayant pas même resté plus de trois heures de nuit ». C. 191, Dossier Brousson. M. de Saint Michel était ca])itaine dans les drajrons de Tessé (Ribard, p. âCO).

LES l'KKDIC.ANTS SOUTEXT DE IKAXCE 201)

l'éclat». II quitta Lasalle vers le milieu d août, car le il, était dressé le Contrôle des fagilifs des diocèses de Nîmes et Mende en Céçennes, qui doivent être conduits en RoussiVon pour passer en Espagne, avec leurs portraits et si g naux\ sorte de passeport collectif de cette première bande de religionnaires à laquelle Bàville permettait l'exil. La liste nous apprendra le nom de quelques prédicants que nous n'avons pas encore rencontrés, et dont l'activité silencieuse nous demeurerait, sans elle, inconnue.

François Vivent (24 à 25 ans) est en tête. Il est hors de doute qu'il tenait déjà parmi ses « confrères » la place principale. Quatre jeunes filles sont désignées comme ses « maîtresses ». Le terme ne doit pas nous tromper. Il n'est pas question ici d'amour, mais d'amitié. Le mot s'emploie encore (bien que rarement) dans le patois méridional pour désigner, en tout bien tout honneur, une <« bonne amie». II suffit d'ailleurs, pour mettre les choses au point, de constater que les maîtresses de Vivent sont d'abord trois sœurs. Jaquette, Jeanne et Madeleine (34, 28 et 26 ans), llUes de Pierre de Gautier, du lieu du Roucou, d'une des bonnes maisons protestantes de la paroisse de Soudorgues ", et une autre jeune fille d'origine aussi honorable, Jeanne de Galizard (25 ans), fille du S" Marignac, de Vézenobres.

Antoine Bringuier (27 ans), marchand facturier, est noté comme étant de Lasalle (il est en réalité de Colognac). Il a égament, dans la compagnie, « une maîtresse », Bernardine de Falguerolles (21 ans), fille de Jean de Falguerolles, de Monoblet ^ Avec lui s'exile sa belle-sœur, Marie Soulier, veuve de Jean Bringuier, tué par les dragons en 1685, et la fdle de celuici, Marie (18 ans). Le signalement de la jeune lîlle porte qu'elle a l'air fort doux. En face du nom de la mère, une main inconnue a écrit : « c'est une diablesse » *.

Nous avons nommé déjà le prédicant Isaac Chapus (24 ans), facturier de laines des environs d'Anduze, qui se donnait pour

1. C. -27!). Publié IJuU. LV, I2'J, mais sans les signalcmcnls.

'2. Deux d'entre elles, on Ta vu, élaient connues déjà pour suivre les assemblées de Vivent et de Manoéi.

:>. D'une poi-lion de la paroisse de Monoblel qui louche Colog'nac.

V. Elle a cependant abjuré à Lasalle le 13 mars 1686, le même jour (pie sa bellemère, veuve d'Annibal lîrin^■uier^80ans). «MarieBringuier, de la Gardelle, 12 ans», avait ai)juré à Lasalle le '.) mars 16S7.

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le frère de Fulcran Rey. Il emmène avec lui son père (Pierre GO ans), son frère (Jean 22 ans) et sa so^ur (Suzanne 20 ans)*.

Trois prédicants nouveaux nous sont maintenant indiqués.

Antoine Berthezène est un travailleur (de terre), du mas de la Bastide (Lasalle), de 42 ans, « vivant de quelques héritages qu'il exploitait lui-même ». Il sort de France avec sa femme Claude Fesquette (Fesquet) et sa sœur Jeanne. Brousson a connu son nom, et Manoël l'a rencontré".

Charles [ou Jean] Lapierre, de Lasalle (30 ans), cordonnier, était connu également de Manoël. Nous le retrouverons plus tard, dans les Gévennes. Brousson qui le vit longtemps, le dit « d'une vie pure et sainte, plein de zèle et de courage, et bien versé dans les divines Ecritures »^

Transcrivons encore le nom de Joseph Charrière [Carrière], natif de Valréas, au Gomtat Venaissin, «habitué à Lasalle depuis quatre ans, âgé de 35 ans, ci-devant catholique, ensuite huguenot, chantre et maître d'école ». Carrière est formellement noté sur la liste comme prédicant. Sa femme Esther Durand, parente sans aucun doute du régent P. Durand alors aux Antilles, quitte le royaume avec lui'.

1. Cliapus s'était trouvé en relations avec Serein, qui parla de lui à (lenève au proposant Lal'oux, de Durlorl.

2. liel. des Merv., p. 10. Manoël (C. lOG) dit seulement Berthezène, de la Bastide. A. Berthezène est noté sur une liste de l'agi til's antérieure à 1G88, comme étant « revenu)!. Il est possible qu'il soit revenu d(; son exil; mais on peut entendre aussi qu'il était ■< revenu» chez lui, à ime époque antérieure à son départ du royaume, qui aurait été délinitif (Rouquette, III, 184).

3. « De petit taille, les cheveux châtains et plats, le visage rond et assez blanc, un peu marqué de petite vérole, les jeux petits et gris, le nez assez grand et large, les dents malpropres ». Deux signalements de Lapierre, de 1690 et UVJ'2, concordent assez bien avec celui-ci (Bull. XLIX, 636 ; et LI, 'il2). t;'est par suite d'une erreur de lecture commise i)ar A. Court, que M. Fonbrune-Berbineau (comme il nous en a averti lui-même), a cru pouvoir affirmer ([u'il y eut deux prédicants du nom de Lapierre: Charles et Jean. C'est au même prédicant en effet que sontattribuésles deux prénoms : 1° « Jean Lapierre, cordonnier» abjure à Lasalle, le io ocl. lG8j. Une liste des fugitifs de Lasalle le désigne aussi de la sorte (Rouquette, III, 18'i,oii le mot de « proposant » appliqué à Lapierre doit être entendu au sens de « prédicant. » Ibid., III, 196| : '2" Le Contrôle dit : Charles Lapierre, ainsi que le signalement de 1690 (Bull. XLIX, 636) (fui peut-être en dépend, l'ne lettre entin du prédicant (C. 170, Dossier Quet) porte la signature nette : C. Lapierre. Lapierre habitait Lasalle et avait du bien à Saint-Hippolyte (Rouquette, loe. eit.). L'activité de Lapierre à Graissessac {Bull. XLI, 270), malgré la chronologie apparente du récit qui la rai)porte, doit être reportée à 1695. L'apostat Quesnot, en 1698 (Dossiers X. Weiss), parle d'un fils de Lapierre qui aurait eu alors au moins seize ou dix-sept ans. Lapierre l'aurait donc laissé en France en 1687.

4. « 4 déc. 1684. Mariage à Lasalle de Jean-Joseph Carrière, natif de Valréas avec D"" Esther Durand native de la ville de Pai'is, demeurant à Lasalle » (Reg. prot. dans D' Malzac, Les Lasallois, leurs origines).

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