‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 133 sur 284 · oir Bull. XIV, "20i · texte numérisé non relu

oir Bull. XIV, "20i

"2. D'après Jurieu lui-mèmo. Le livre (dont le fond datait de 1080) aurait paru en 1687 à Utrecht en français : « Lettre adressée d M. J. touchant le règne de Jésus- Christ sur la terre par H. U. {Dict. de Chauffepié ; Let. Past., II, 351).

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système de l'interprète, mais surtout à ce qu'il disait du « règne des Juifs » \ L'auteur anglais se trouva soutenu par les autorités ecclésiastiques. Jurieu avait défendu avec beaucoup de feu la croyance au règne de mille ans que Jésus établirait sur la terre pour la gloire de ses élus. Le dogme était « très odieux aux Eglises de Hollande )),ence qu'il leur rappelait les anabaptistes d'autrefois. Le synode de la Nord-Hollande protesta, communiqua ses délibérations au Synode Wallon (sept. 1680) et l'assemblée nomma des enquêteurs. Les protecteurs de Jurieu apaisèrent l'aflaire, et le Synode de Middelbourg (avril 1087), tout en déclarant orthodoxes ses propositions « souhaita que l'auteur eût pu être plus retenu )i.

Un libelle enfin, intitulé Lettres des Rabbins ..., qui passa pour l'œuvre d'un protestant hollandais, accabla Jurieu de sarcasmes et d'injures '.

Le pi"ofesseur ne s'alarma point. H publia une seconde édition de son livre ', un peu modifiée, puis un second ouvrage : Suite de l'Accomplissement des Prophéties, où il a})portait de nouvelles preuves de l'identité du papisme avec l'antichristianisme. et i^efusait de contester avec ses adversaires touchant ses explications sur l'avenir. « Après tout, il faut laisser faire le temps et la Pi'ovidence. Si cette dernière ne se déclare pas pour l'auteur de V Accomplissement , tout ce qu'il pourrait dire pour sa défense ne servirait de rien. »

Le polémiste reprit cependant bientôt le dessus. U Accomplissement avait été traduit en hollandais. Le libi*aire, au moment d'éditer une seconde édition de la version flamande, pria instamment Jurieu de répondre au gentilhomme anglais. Cette fois Jurieu céda. Il crut utile de combattre du même coup l'auteur des Eclaircissements, et publia son Apologie pour V Accomplissement des Prophéties '. Le théologien de Hambourg difterait de

1. Le rétal)lissemcnl temporel du peuple d'Israël, sii^ne préparaloirc, à la tin des temps, du retour du Christ.

-2. Lettres des Rabbins des deux Synaffogiies d'Amsterdam d Monsieur Jurieu. Traduit de Vespag-nol. Imprimé chez Joseph Athias. Bruxelles (sie) 1086. Petit in-4» de l'.t pages. Voir llull. Egl. Wall., 1' série, II, 247.

:i. Nous ne l'avons pas vue. Elle contenait une ^Iddition à V Avis à tous les chrétiens... qui en formait l'Avertissement. C'est dans cette Addition ([ue Brueys (Uist. du Fan. de notre temps) relève une j)hrase qu'il exploite habilement: « Il est eertain que souvent les prophéties supposées ou véritables ont inspiré à ceux pour((ui elles ont été faites, les desseins d'entreprendre les choses qui leur étaient l)romises ».

4. Rotterdam 1(587. Le Dietionnaire de Chaufl'epié place à tort cet ouvrai^e avant la Suite de l'uecomplissement . . .

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lui « sur le seul endroit des fioles, prétendant que ces sept fioles [de la colère céleste] non seulement ne sont {)as toutes versées, mais quelles sont toutes à verser, et que pas une des sept plaies n'est encore arrivée. » ' La question était pour Jurieu considérable. Il la discuta donc copieusement. Pour le reste, René de Lussan et lui étaient d'accord. « Il met la lin du papisme précisément l'an 1705. Je la pose seulement depuis 1710 jusqu'à 1720. » Ce n'était point une aiïaire.

Quant au passage relatif aux Deux Témoins, encore que René de Lussan eût proclamé l'identité de leurs deux interprétations, Jurieu relève à cet égard entre le liambourgeois et lui une nuance :

Je n'oserais définir qu'il faille précisément compter la mort des Témoins depuis la suppression de l'Edit de Nantes, quoique j'aie assez d'inclination à tourner de ce côté là. Et c'est pourquoi j'espère quelque chose de grand dans Tannée 1(389. Mais cela ne va pas au delà de l'espérance ou de la conjecture. Et n'était que la place de la grande cité me paraît être la France, comme je l'ai expliqué et même en quelque sorte prouvé, je craindrais que la mort des Deux Témoins ne fi\t pas encore arrivée, parce que nous ne sommes pas apparemment au comble des malheurs qui doivent arriver à la religion protestante.

Jurieu note avec insistance qu'il a écrit : « Il y aurait de la témérité à dire : c'est précisément une telle année que la délivrance doit arriver, »

Quand cela n'arriverait pas, conclut-il, on ne me pourrait accuser que d'avoir eu de fausses espérances et non d'avoir fait de fausses prophéties. C'est une chose admirable comme les gens se sont émus sur cette désignation du terme de trois ans et demi, jusqu'à me faire dire par le faiseur de libelle- que déjà les nôtres m'appelaient imposteur, dans la certitude où ils étaient que cela narriverait pas •'.

Une dernière apostrophe concerne les adversaires du inillenhini. Le pasteur ne veut pas se refuser à un mot de justification contre ces accusateurs importants. Mais ici il ne discute plus, et d'une seule phrase qui va loin, il légitime tout le réalisme de sa théologie apocalyptique et nous eu révèle les fondements proprement religieux. Par là se trouve expliqué le retour dans

1. Apocalypse, \AI. 11 s'aj;it des scpl aniics qui vcrseiil sur la terre « les sept phioles (le lire de Dieu ».

-2. Sans doute dans la Lettre des Itahhiiis.

'.i. Apologie pour 1,'Accomplisseinent..., pp. Sel Oi).

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l'Eglise réformée d'idées dès longtemps effacées, dont la piété Israélite s'était nourrie dans le livre de Daniel, et que les premiers temps du Christianisme avaient embrassées avec passion. Par là se trouvent en même temps l'estaurées dans leur sens profond et indestructible des spéculations qui risquent aujourd'hui de nous paraître autant d'insanités. Ceux qui ne veulent point de règne de mille ans, dit Jurieu, « ce sont ceux qui en général ne veulent point du règne de l'Eglise sur la terre, qui prétendent que ses calamités doivent durer jusqu'à la fin du monde et qu'il n'y a point d'antre règne de Jésus-Christ à attendre que celui de gloire dans les cieux (p. 108) ».

En luttant pour l'Eglise, en acclamant par avance ses victoires, le prophète de Rotterdam n'oubliait pas qu'il s'agissait avant tout de sauvegarder l'avenir d'une vie chrétienne plus pure. Le nouveau livre qu'il lança en 1688, sur les Présages de la décadence des Empires ' est à cet égard caractéristique. Jurieu a en vue, évidemment, la France de Louis XIV, quand il énumère les signes auxquels se devine la chute prochaine d'un Etat. Il note successivement la longue durée, la longue prospérité, l'orgueil du prince, sa perfidie, l'oppression quil fait peser sur les faibles, la terreur qu'il inspire aux étrangers, les vices de son peuple et la flatterie dont on le i*epaît. Il relève l'esprit de persécution, les présages fournis par l'idolâtrie qui s'étale, par la puissance incontrôlée du clergé. 11 aflirme en outre que la décadence des Etats arrive ordinairement par « un des fléaux de Dieu », « principalement par les guerres et les confusions de gouvernement ». Il proclame que « le plus sûr, par conséquent, pour ceux qui attendent la délivrance, c'est de sortir des lieux qui leur paraissent menacés ». Puis, au moment oii vont s'ache- A'er des considérations où l'apocalyptique se mêle à la froide raison, des réflexions d'un autre ordre apparaissent brusquement. Il est question de la piété sans laquelle Dieu n'agira point.

Je ne vois rien qui me puisse donner d'assurance de la paix des chrétiens. . . pendant que je ne les verrai pas convertis. . . Et ainsi, avant que de les flatter d'une paix et d'une prospérité toute prochaine, je voudrais les exhorter puissamment à une prompte et parfaite repentance ... et je choisirais de prêcher sans cesse une sanctification nécessaire, plutôt que de promettre à contre-temps une délivrance mal assurée (pp. 2G1, :262).

1. ... où sont mêlées plusieurs obser^•ations curieuses louchant la Religion et les affaires du temps.

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