‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 135 sur 284 · BROUSSON A LAUSANNE · texte numérisé non relu

BROUSSON A LAUSANNE

zélateurs, pasteurs ou laïques, réfugiés en Suisse, qu'il avait entrepris sa triple publication. Les p]tats évangéliques devaient être prévenus des malheurs qui se préparaient. Une Epitre des protestants de France affligés pour la cause de V Evangile à tous les autres protestants ctjrères en Jésus-Christ précéda une édition nouvelle où l'Apologie était jointe aux deux parties précédentes. L'auteur, qui gardait l'anonymat, se donnait l'honneur de dédier l'ouvrage complet à Louis XIV. Il se disait persuadé de la bonté et de l'équité naturelle de son prince, et n'incriminait que les mauvais conseillers du roi '.

En IG80, dans le temps qu'il envoyait au Languedoc les feuilles volantes dont nous avons parlé, il essaya d'agir auprès du clergé catholique assemblé à Paris. Il expédia par la poste à tous les ecclésiatiques dont il put se procurer les noms, six Lettres ' où il plaidait la cause de ses frères. Il y défendait la foi, le culte, la discipline et la morale des réformés et justifiait son intervention (sans se nommer encore) par l'indignation qu'il ressentait devant « le préjudice mortel que l'Etat recevait par la persécution, et qui se ferait bien mieux remarquer par la suite ». Il ne spécifie pas encore les maux qu'il redoute. Nous aurions lieu de penser simplement aux désastres matériels qu'un homme versé dans les choses administratives prévoyait devoir sortir de la dragonnade et de l'exil, si nous ne savions qu'à cette date déjà Jurieu, Claude et Gautier travaillaient à rendre définitive l'alliance du prince d'Orange et de l'Electeur du Brandebourg. Brousson à son tour allait entrer dans des négociations où la religion devenait de la politique.

En octobre, témoin des premiers embarras financiers provoqués en Suisse par l'arrivée des immigrants, l'avocat partit pour l'Allemagne avec le pasteur La Porte, du Collet de Dèze. Ils allaient demander pour les exilés, un asile, des secours, des

1. Doueu, II, 440, 141. Nous n'avons jias vu la première édition de VEtat des Rtlfonnés, non plus que Douen. La première édition del'Apolotrie{A Cologne chez Pierre du Marteau, 1684) est en notre possession. L'-4po/o^7>, parue sans nom d'auteur, comme les deux volumes qui l'avaient précédée, vint rcnl'orcer l'exposé du Tableau naïf, dont nous ignorons l'auteur. Sagnol de la Croix, à Zurich avait présenté une apologie analogue devant le Conseil de la ville (30 oct. ItiSiî), et le 8 février 1080, à la diète d'Aarau, il communiqua un autre Mémoire, i)areil au sien, qui émanait d'autres pasteurs, réfugiés à Genève (Jaccard, pp. 118, 120). Les zélateurs du Languedoc rendus responsables de la Révocation, tenaient à se défendre. Brousson, comme on le verra plus loin, était nommément accusé d'avoir déchaîné la tempête contre ses frères.

-2. Lettres au clergé de France .. (composées du '2S mai au 28 juin). Douen, II, 144, 4V1. Bull. XXXIV, 433.

22G LES PRÉDICAMS PROTESTANTS

terres à défricher. Les deux députés se heurtèrent avec stupeur à Tétroitesse confessionnelle de la plupai't des luthériens, et Brousson dut Qonsacrer ses efforts immédiats à renouer les liens d'une confraternité religieuse où il voyait le seul salut de la Réforme. Pour défendre la cause d'une union nécessaire, il allégua en même temps que des raisons théologiques, des arguments d'oi'dre temporel. En quatre Lettres publiées à Berlin' il dénonçait aux Princes allemands la politique de l'Eglise catholique dont Louis XIV était l'instrument.

Ces cruels persécuteurs n'ont qu'un môme cœur et un même conseil, disait-il, agissant de concert dans toute l'Europe pour l'exécution de leur dessein. Mais parce que les protestants ont encore trop de puissance pour pouvoir être opprimés conjointement, on ne songe maintenant qu'à les détruire les uns après les autres. C'est une vérité dont les moins éclairés sont convaincus. Cependant comme s'ils avaient aujourd'hui oublié l'intérêt de leur propre conservation, ils vivent dans le schisme et dans la discorde, et par là ils fournissent à leurs ennemis l'occasion de les perdre séparément et sans peine.

L'Electeur entra dans les vues de Brousson, fit imprimer ses Lettres et les adressa à tous les ambassadeurs évangéliques. Après quelques mois de séjour à Berlin, l'avocat partit pour la Hollande, où il était en août 168G, sollicitant l'organisation de collectes qui permissent aux réfugiés de la Suisse de subsister d'abord, puis d'avancer plus loin. Il demeura à Amsterdam chez son frère Daniel, parfumeur, qui avait quitté Montpellier à la Révocation", et eut plusieurs fois l'honneur de voir le prince d'Orange, et le Grand Pensionnaire Fagel « selon les sujets qui s'en présentaient ». A la fin de l'année il regagnait Lausanne.

Pendant que Brousson était en Hollande, le recès d'Augsbourg avait été signé, et V Accomplissement des Prophéties avait paru. Nulle part il n'a fait mention de ces deux événements, non plus que des conversations qu'il eut alors avec Jurieu. Il paraît hors de doute que les deux hommes se rencontrèrent. Tous deux animés d'une foi inébranlable, d'un conservatisme doctrinal et rituel pareillement intransigeant, dune même horreur pour l'Eglise romaine, d'un égal émerveillement superstitieux pour les oracles divins où ils découvraient l'avenir, ils communièrent dans les mêmes grandioses certitudes.

1. ...à tous les autres protestants évangéliques et frères en Jésus-Christ... 1C86. L. Ncg^re, pp. 'A, 167. Doiicn, II, 155, 441.

:2. N. Wciss, La sortie de France de Daniel lirousson, p. :!1.

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