LETTRE DES RÉFORMÉS CAPTIFS
sont sur le bord du précipice et qui y tomberont infailliblement s'il ne vient quelqu'un qui leur tende la main et leur montre par son exemple le chemin du martyre ».
La lettre répondait à deux objections possibles : « Ne dites pas, nos chers Pères, que vos peuples étaient des ingrats, et que ce sont eux en partie qui vous ont chassés... Il y avait encore un grand nombre de fidèles qui n'ont pas pris la marque de la Bcte ', que ni la faiblesse de leurs pasteurs, ni les tristes exemples qu'ils ont sous les yeux, ni la fureur de leurs persécuteurs ne pourraient jamais séparer de la profession pure et véritable de l'Evangile. [N'alléguez point non plusj le conseil que Jésus-Christ donne à ses disciples : Lorsqu'on vous persécutera dans une ville, fuyez en l'autre, ni l'exemple de plusieurs saints, et même de Saint Paul. Ni ceux-ci ni les autres n'ont pas été se caclier aux extrémités de la terre pour y rester comme des serviteurs inutiles ; ils n'ont jamais entièrement abandonné leurs troupeaux ».
La Lettre mettait en avant, enfin, un argument dune incomparable vigueur, celui que fournissait contre les pasteurs la reprise par les prédic'ants du culte interdit. Ses auteurs aflirmaient qu'ils ne voulaient point sortir de France.
Nous sommes persuadés que si Dieu avait voulu transporter son chandelier hors de ce royaume, il en aurait ouvert la porte et facilité la sortie à une infinité de bonnes âmes qui y sont restées. Ainsi, ne croyez pas, nos très chers Pères, que nous suivionsle conseil que vous nous donnez de vous suivre dans votre fuite ; nous ne le suivrons pas... Nous tâcherons de retenir dans la France l'Arche de l'Alliance, et de l'y conserver, quand il devrait nous en coûter la vie, comme il a déjà fait à quelques-uns de nos frères, dont le sang crie non seulement vengeance à Dieu, mais vous accuse de peu de fermeté et de zèle à la face des hommes et des anges.
On nous a démoli nos temples, nos pasteurs nous ont abandonnés. Qu'importe ? Les bois et les forêts, les antres et les cavernes nous servent de temples, la sainte Parole de Dieu que nous avons entre nos mains nous est un flambeau à nos pieds, et une lumière à nos sentiers. Dieu donne même au plus idiot d'entre nous la langue des bien appris pour expliquer sa Parole 2... Nous croyons aisément que vous trouvez beaucoup de douceur à fréquenter publiquement et sans crainte les exercices de piété et chanter à haute voix les louanges de Dieu ; mais que cette douceur est peu de chose, en comparaison de